Tu es dans tous tes Ă©tats avant le bac ? Heureusement pour toi, on tâa prĂ©parĂ© une fiche de cours sur la notion philosophique dâĂtat ! Ătat de nature, de droit, Ătat-providence, raison dâĂtat⊠On tâexplique tout sur ces expressions un peu complexes et sur les diffĂ©rentes pensĂ©es philosophiques Ă ce sujet !
DĂ©finition et origine đ
Pour commencer, tu peux noter quâil ne sâagit pas seulement dâune rĂ©alitĂ© historique : câest aussi une construction thĂ©orique ! De nombreux philosophes ont rĂ©flĂ©chi au rĂŽle de lâĂtat mais aussi aux limites de son pouvoir.
đ Ătymologie : ce mot vient du latin status, ce qui est instituĂ©, qui est lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© du verbe stare, se tenir immobile. Il est donc supposĂ© assurer la stabilitĂ© de la communautĂ© politique.
đ Origine : lâĂtat nâa pas toujours existĂ©. Pendant lâAntiquitĂ©, les Grecs parlaient plutĂŽt de la polis (citĂ©) ou des âaffaires communesâ. Câest dâailleurs le mot polis qui a donnĂ© naissance Ă celui de âpolitiqueâ, qui correspond Ă lâorganisation du vivre-ensemble.
đ DĂ©finition : Il sâagit du cadre institutionnel Ă lâintĂ©rieur duquel sâexerce le pouvoir politique. Il est le dĂ©tenteur de la souverainetĂ© et possĂšde lâautoritĂ© suprĂȘme. Les prĂ©rogatives de la souverainetĂ© sont ce quâon appelle les âpouvoirs rĂ©galiensâ, comme par exemple assurer la sĂ©curitĂ©, Ă©tablir la lĂ©gislation ou Ă©mettre de la monnaie.

Certains estiment cependant quâil ne faut pas confondre indistinctement Ătat et puissance : le pouvoir nâest pas supposĂ© ĂȘtre la propriĂ©tĂ© dâun homme, susceptible dâen abuser, mais le symbole dâune fonction dĂ©diĂ©e Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. ObĂ©ir aux organisations Ă©tatiques ne revient donc a priori pas Ă obĂ©ir Ă un homme en particulier, mais Ă un principe universel.
Attention Ă©galement Ă ne pas confondre cette notion avec la sociĂ©tĂ© ! Les sociĂ©tĂ©s sont des collectivitĂ©s de personnes qui partagent certaines normes, comportements et cultures communes. LâĂtat peut avoir pour rĂŽle dâarbitrer et de gouverner la sociĂ©tĂ©, afin dâĂ©viter que les tensions entre les intĂ©rĂȘts privĂ©s ne dĂ©gĂ©nĂšrent en conflits. Il se distingue Ă©galement du gouvernement, qui est seulement en charge dâexĂ©cuter la lĂ©gislation en vigueur.
La citĂ© antique đș
Pendant lâAntiquitĂ©, on ne parlait pas encore dâĂtat mais de citĂ©. La grande diffĂ©rence est que le premier est artificiel, la seconde est naturelle.
Platon et la citĂ© idĂ©ale âš
La philosophie politique de Platon répond à 2 questions :
- Quelle est la cité idéale ?
- Comment doit gouverner lâhomme politique ?
đ Lâorigine de la citĂ© est Ă©conomique. Il est nĂ©cessaire pour les ĂȘtres humains de sâassembler au sein dâune citĂ© pour assurer la couverture de leurs besoins, selon le principe de la division du travail.
đ Les gouvernants de la citĂ© doivent ĂȘtre les philosophes-rois, qui seuls dĂ©tiennent la connaissance des essences du bien et de la justice.

đ Lâhomme qui gouverne doit le faire en fonction dâun savoir, la technique (technĂš) politique, qui est supĂ©rieure aux normes juridiques.
đ Par consĂ©quent, les dĂ©mocraties sont des rĂ©gimes corrompus, car le peuple qui a le pouvoir va rĂ©gner selon ses dĂ©sirs irrationnels et impulsifs. La monarchie est donc prĂ©fĂ©rable.Â
đĄ Le savais-tu
Le mot âdĂ©mocratieâ vient du grec ancien. DĂȘmos (ÎŽáżÎŒÎżÏ) signifie âpeupleâ, et kratos (ÎșÏÎŹÏÎżÏ) âpouvoirâ. LittĂ©ralement, cela renvoie donc au pouvoir du peuple.
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Aristote et la nature politique des hommes
đ La citĂ© est naturelle. MĂȘme si elle est historiquement postĂ©rieure, la citĂ© (le tout) prĂ©existe aux personnes individuelles et aux familles (les parties) car elle constitue leur fin.
LâĂȘtre humain est par nature un animal politique.
Aristote
đ Aristote est Ă lâorigine dâune trĂšs cĂ©lĂšbre classification des rĂ©gimes selon un double critĂšre :
- CritÚre numérique : combien gouvernent (un seul, quelques-uns, tous) ?
- CritĂšre de la fin visĂ©e par la constitution : intĂ©rĂȘt commun ou intĂ©rĂȘts particuliers ?
| Un seul | Quelques-uns | Tous | |
|---|---|---|---|
| IntĂ©rĂȘt commun (constitutions droites) | RoyautĂ© | Aristocratie | RĂ©gime constitutionnel |
| IntĂ©rĂȘts particuliers (constitutions dĂ©viantes) | Tyrannie | Oligarchie | DĂ©mocratie |
đ Aristote nâexprime pas de prĂ©fĂ©rence marquĂ©e pour lâune des trois constitutions droites. En effet, chaque constitution nâest pas bonne pour toute citĂ© : tout dĂ©pend du contexte et du type de citoyens qui lâhabitent.
đ PlutĂŽt que sur un savoir, lâart de gouverner repose sur les vertus de dĂ©libĂ©ration et de jugement. Aristote admet donc la possibilitĂ© que le peuple gouverne. La souverainetĂ© de la masse a mĂȘme des avantages : de nombreuses personnes sont collectivement meilleures quâun seul individu vertueux.

LâĂtat comme artifice : le contractualisme đ€
Les penseurs antiques pensaient les personnes Ă partir de la communautĂ©. Les penseurs modernes, eux, considĂšrent que les individus prĂ©existent Ă la communautĂ©, dans ce quâils appellent lâĂ©tat de nature.
Hobbes et Le LĂ©viathan đĄïž
Pour Platon et Aristote, la coexistence des humains au sein de la citĂ© Ă©tait le plus grand des biens. Pour ce philosophe anglais du XVIIe siĂšcle, l’Ătat constitue au contraire le moindre des maux face au caractĂšre conflictuel des ĂȘtres humains.
Dans son texte le plus connu, Le LĂ©viathan (1651), il affirme que seul un pouvoir fort, absolu et indivisible, est susceptible de garantir la stabilitĂ© et la sĂ©curitĂ© de la sociĂ©tĂ©. Il est ainsi lâun des premiers thĂ©oriciens Ă poser les fondements rationnels de la monarchie absolue.

đ«§ Pour info
Dans lâhistoire de France, le monarque absolu par excellence est Louis XIV ! Il aurait un jour dit : âLâĂtat, câest moiâ. On ignore sâil a vraiment prononcĂ© ces mots, mais la phrase est restĂ©e cĂ©lĂšbre. Jean-Luc MĂ©lenchon sâest lui-mĂȘme exclamĂ© âLa RĂ©publique, câest moiâ en 2018, au cours dâune perquisition de ses locaux.
đ Avant le passage Ă la sociĂ©tĂ© civile, les ĂȘtres humains vivent dans un Ă©tat de nature, caractĂ©risĂ© par une âguerre de chacun contre chacunâ. Les humains Ă lâĂ©tat de nature vivent donc dans la crainte perpĂ©tuelle de la mort violente. Les trois causes principales de querelle sont alors la rivalitĂ©, la mĂ©fiance, la fiertĂ© : autrement dit, chacun pour soi !
đĄ Le savais-tu
LâĂ©tat de nature est une fiction thĂ©orique et mĂ©thodologique utilisĂ©e par des philosophes du XVIIe et du XVIIIe siĂšcle pour fonder le contrat social. Cette fiction appartient Ă la tradition jusnaturaliste du droit naturel, selon laquelle il existerait des normes naturelles qui fondent des principes immuables et universels, supĂ©rieurs aux normes positives.
đ LâĂ©tat de nature entre en contradiction avec le premier dĂ©sir naturel, lâinstinct de conservation. Il provoque donc un dĂ©sir commun de sortir dâune situation conflictuelle par une âconvention de chacun avec chacunâ.
đ La premiĂšre des lois de nature impose par ailleurs Ă notre facultĂ© rationnelle de chercher la paix par tous les moyens.
đ LâĂtat est instituĂ© en vue de la sĂ©curitĂ© des sujets, et non pas en vue de la vie bonne. Le pacte est passĂ© entre les sujets, non pas entre les sujets et le souverain : celui-ci garde tout son pouvoir illimitĂ© de lâĂ©tat naturel.
đ DĂ©finition
Au travers du contrat, les hommes renoncent Ă certaines de leurs prĂ©rogatives naturelles quâils confient Ă une autoritĂ© supĂ©rieure. Cette notion diffĂšre elle aussi selon les auteurs.
đ Le souverain est une personne morale Ă qui les sujets ont, par un mĂ©canisme dâautorisation, confĂ©rĂ© une autoritĂ© inconditionnelle. Le philosophe anglais parle ainsi du souverain comme dâun LĂ©viathan (monstre biblique) ou encore dâun âglaive publicâ. Bonne ambianceâŠ

Ce grand Léviathan, ou, pour en parler avec plus de déférence, ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection.
Hobbes
đ La seule limite au pouvoir du souverain est le droit de nature (diffĂ©rent de la loi naturelle), qui confĂšre Ă chacun lâautorisation de se dĂ©fendre par tous les moyens si la conservation de sa vie est menacĂ©e. A cette condition prĂšs, le pouvoir du souverain est absolu : lui seul crĂ©e le cadre lĂ©gislatif, et lui seul nây est pas soumis.
đ«§ Pour info
Le concept de souverainetĂ© naĂźt au XVIe siĂšcle en rĂ©ponse Ă un contexte trĂšs violent de guerres de religion, oĂč la stabilitĂ© du pouvoir est mise Ă mal.
Locke et les droits naturels đ
Hobbes nâest pas le seul philosophe contractualiste. Dâautres auteurs ont pensĂ© le contractualisme sous un tout autre visage ! Câest notamment le cas de Locke, qui est aussi un philosophe majeur du XVIIe siĂšcle, cĂ©lĂšbre pour son Second TraitĂ© du gouvernement civil (1690).
đĄ A retenir
La problématique générale du contractualisme moderne est celle-ci : comment concilier obéissance et indépendance ? Pour Hobbes, la contrainte et la liberté sont compatibles. Locke, lui, est au contraire un penseur des limites du pouvoir humain.
đ Locke est considĂ©rĂ© comme lâun des fondateurs du libĂ©ralisme politique, une doctrine visant Ă garantir les droits subjectifs imprescriptibles en limitant les prĂ©rogatives Ă©tatiques.
đ LâĂ©tat de nature lockĂ©en est caractĂ©risĂ© par la libertĂ© et lâĂ©galitĂ©, originellement donnĂ©es par Dieu, et rationnellement accessibles Ă tout ĂȘtre humain.

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đ Mais il y a un hic : lâĂ©tat de nature est trop incertain pour garantir de façon effective que ces principes naturels seront respectĂ©s. Ces derniers sont notamment dĂ©pourvus de garantie juridique.
đ Seul un pouvoir juridique commun est susceptible de protĂ©ger lâindĂ©pendance et la propriĂ©tĂ© privĂ©e. MĂȘme si lâĂ©tat naturel est caractĂ©risĂ© par la bienveillance, une sociĂ©tĂ© politique ne peut se fonder que sur une base contractuelle.
đ La lĂ©gitimitĂ© du pacte est fondĂ©e sur le consentement individuel des contractants. Le rĂŽle essentiel de lâĂtat est donc de garantir les libertĂ©s individuelles naturellement attachĂ©es aux individus.
đĄ Le savais-tu
Les idĂ©es de Locke ont beaucoup inspirĂ© les dĂ©clarations amĂ©ricaine et française des droits de lâhomme, au XVIIIe siĂšcle.
đ Sans plaider pour un rĂ©gime dĂ©mocratique, Locke cherche Ă combattre lâabsolutisme monarchique. Il dĂ©fend ainsi une thĂ©orie de la souverainetĂ© du peuple fondĂ©e sur la reprĂ©sentation : les magistrats et les reprĂ©sentants servent dâintermĂ©diaire Ă leur volontĂ©.
đ Contrairement Ă Hobbes, Locke pense que le citoyen peut rĂ©sister, dans des circonstances exceptionnelles, lorsque les dĂ©positaires du pouvoir soumettent les membres du corps civil Ă leur domination arbitraire.
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Rousseau et le contrat social đȘ¶
Câest un autre penseur ESSENTIEL du contractualisme. Contrairement Ă ses prĂ©dĂ©cesseurs, il refuse de penser que les hommes sont naturellement mĂ©chants ou susceptibles de se faire du mal Ă lâĂ©tat naturel⊠Il voit la nature humaine de façon bien plus optimiste ! On te prĂ©sente ses thĂšses principales, dâabord exposĂ©es dans son Discours sur lâorigine et les fondements de lâinĂ©galitĂ© parmi les hommes (1755). đ
đ Rousseau constate que ses contemporains sont mĂ©chants et malheureux, alors que cette situation entre en contradiction avec leur nature profonde. Les humains sont naturellement bons ; ce sont les institutions sociales et politiques qui les ont dĂ©figurĂ©s.
Lâhomme est nĂ© libre, et partout il est dans les fers.
Rousseau
đ Il est impossible de revenir Ă lâĂ©tat de nature. Il faut donc substituer un nouveau pacte au premier pacte inĂ©galitaire. Ce âfaux contratâ est nĂ© dâune usurpation (lâappropriation des terres par certains au dĂ©triment des autres), il est fondĂ© sur une force illĂ©gitime.

La solution est donnée dans le fameux Contrat social (1762).
Trouver une forme dâassociation qui dĂ©fende et protĂšge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associĂ©, et par laquelle chacun sâunissant Ă tous nâobĂ©isse pourtant quâĂ lui-mĂȘme et reste aussi libre quâauparavant.
Rousseau
đ Le pacte social est âune aliĂ©nation totale de chaque associĂ© avec tous ses droits Ă toute la communautĂ©â. Il Ă©rige donc la âvolontĂ© gĂ©nĂ©raleâ comme expression de la souverainetĂ© du peuple, ayant pour but lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (et pas des intĂ©rĂȘts particuliers). Le pacte crĂ©e ainsi un âcorps moral et collectifâ par lâunion des forces individuelles.
đ Alors que la libertĂ© naturelle nâavait pour seule limite que les forces individuelles, la seconde est limitĂ©e par la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, et subordonnĂ©e Ă lâĂ©galitĂ© de tous les membres du corps social. La volontĂ© gĂ©nĂ©rale doit par ailleurs ĂȘtre absolue, inaliĂ©nable et indivisible, pour ĂȘtre efficiente.
đ Ce contractualisme rousseauiste permet de concilier obĂ©issance et autonomie, puisque les citoyens obĂ©issent aux normes, et non Ă des hommes. De plus, âlâobĂ©issance Ă la loi quâon sâest prescrite est libertĂ©â.
Ce que lâhomme perd par le contrat social, câest sa libertĂ© naturelle et un droit illimitĂ© Ă tout ce qui le tente et quâil peut atteindre ; ce quâil gagne, câest la libertĂ© civile et la propriĂ©tĂ© de tout ce quâil possĂšde.
Rousseau
đ Le rĂ©gime qui rend possible lâexpression de la libertĂ© civile est la rĂ©publique. âTout gouvernement lĂ©gitime est rĂ©publicainâ, câest-Ă -dire quâil sĂ©pare pouvoir lĂ©gislatif et pouvoir exĂ©cutif.
đ«§ Pour info
Au XIXe siĂšcle, de nombreux auteurs libĂ©raux anticontractualistes sont critiques envers les thĂšses rousseauistes : pour eux, articuler souverainetĂ© absolue et prĂ©rogatives de lâindividu est susceptible dâentraĂźner une âtyrannie de la majoritĂ©â, selon la cĂ©lĂšbre expression de Tocqueville. Les libĂ©raux croient en effet par-dessus tout aux libertĂ©s individuelles.
LâĂtat de droit âïž
Cette notion est destinĂ©e Ă empĂȘcher que le pouvoir souverain ne se transforme en despotisme, câest-Ă -dire en pouvoir tyrannique et arbitraire. Câest donc une idĂ©e Ă la fois juridique, politique et philosophique, qui permet de concilier ordre public et autonomie. 3 points sont importants :
đ LâĂ©galitĂ© devant la loi
Un tel Ătat se soumet aux droits fondamentaux des ĂȘtres humains quâil traite Ă Ă©galitĂ©. Il est donc au service du domaine juridique, et limite le pouvoir par le cadre lĂ©gislatif, qui lâoblige.

Il traite les hommes comme des sujets de droit et non comme des individus privĂ©s : câest-Ă -dire quâil est neutre vis-Ă -vis des opinions et des croyances personnelles, et indĂ©pendant de lâĂglise. Selon cette conception, le pouvoir implique donc plus de devoirs que de prĂ©rogatives.
Cette distinction entre sphĂšre privĂ©e et sphĂšre publique implique que lâĂtat ne vise pas Ă rendre ses membres vertueux (contrairement Ă la citĂ© antique). La morale concerne donc seulement la sphĂšre privĂ©e, et pas la sphĂšre publique.
đ La hiĂ©rarchie des normes
Chaque rÚgle législative ou juridique promulguée doit respecter des normes supérieures. Par exemple, en France : la Constitution.
đ La sĂ©paration des pouvoirs
Ce principe vise Ă Ă©viter que le pouvoir ne soit concentrĂ© entre les mains dâun despote. On distingue traditionnellement entre :
- Pouvoir législatif
- Pouvoir judiciaire
- Pouvoir exécutif
Comme tu le sais, câest toujours ainsi que fonctionnent les institutions politiques en France ! Et lâun des fondateurs de cette tripartition, avec Locke, est le philosophe français du XVIIIe siĂšcle Montesquieu. Bravo Ă lui ! đ
Montesquieu et LâEsprit des lois đŹïž
Montesquieu est un philosophe des LumiĂšres qui a accordĂ© Ă©normĂ©ment dâimportance Ă la libertĂ© et au pluralisme des opinions.
Pour quâon ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrĂȘte le pouvoir.
Montesquieu
đ Dans De lâEsprit des lois, Montesquieu vise Ă dĂ©couvrir lâintelligibilitĂ© dissimulĂ©e derriĂšre le chaos empirique des mĆurs et des normes juridiques. Câest pourquoi il part des faits pour remonter aux principes et trouver les lois qui organisent la vie sociale et institutionnelle des hommes.

Montesquieu considĂšre les cadres lĂ©gislatifs dâun point de vue scientifique : pour lui, les lois ont une rationalitĂ© propre, et sont liĂ©es entre elles par des rapports de causalitĂ©. Leur âespritâ correspond donc Ă la maniĂšre dont elles sâĂ©tablissent en fonction de multiples facteurs (gĂ©ographiques, historiques, sociologiquesâŠ).
La loi, en gĂ©nĂ©ral, est la raison humaine, en tant quâelle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent ĂȘtre que des cas particuliers oĂč sâapplique cette raison humaine.
Montesquieu
đ«§ Pour info
Montesquieu est souvent considĂ©rĂ© comme le Newton des lois sociales du fait de son regard scientifique sur les mĆurs sociales et religieuses.
đ Il dĂ©crit 3 types de rĂ©gimes diffĂ©rents, chacun Ă©tant caractĂ©risĂ© par un principe particulier :
- Monarchie (honneur)
- République démocratique (vertu)
- Gouvernement despotique (crainte)
đ PlutĂŽt quâen une monarchie absolue, Montesquieu croit aux bienfaits dâune monarchie constitutionnelle libĂ©rale. Celle-ci est Ă©galement prĂ©fĂ©rable Ă une rĂ©publique, dans laquelle la vertu peut basculer Ă tout instant et se convertir en vice.
đĄ Le savais-tu
Montesquieu est Ă©galement lâauteur des Lettres persanes ! Dans ce roman Ă©pistolaire, il dĂ©veloppe certaines de ses thĂšses politiques⊠notamment concernant sa fĂ©roce critique de la monarchie absolue et de la religion. Â
đ La sĂ©paration des pouvoirs est nĂ©cessaire dĂšs lors que âtout homme qui a du pouvoir est portĂ© Ă en abuserâ. Câest ce qui garantit lâindĂ©pendance des citoyens et la stabilitĂ© du rĂ©gime.

đ La lĂ©gislation permet de donner des limites Ă la libertĂ©, qui est âle droit de faire tout ce que les lois permettentâ (mais pas davantage !). La sĂ©paration des prĂ©rogatives permet quant Ă elle de limiter le pouvoir.
đ Montesquieu est un fervent dĂ©tracteur de lâesclavage – chose encore rare en son temps.
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La raison dâĂtat đ
Câest lâimpĂ©ratif au nom duquel lâĂtat sâautorise Ă transgresser la loi dans lâintĂ©rĂȘt public. Il sâagit donc un principe de dĂ©rogation aux rĂšgles Ă©thiques et juridiques en vertu dâun bien public supĂ©rieur.
Cette notion pose plusieurs problĂšmes :
- Rapport entre politique et morale : lâautoritĂ© de lâĂtat pourrait autoriser des actes immoraux.
- Rapport entre loi naturelle et religieuse : la législation naturelle autoriserait le souverain à transgresser la loi divine.
- Rapport entre pouvoir et lĂ©galitĂ© : le prince pourrait ĂȘtre au-dessus des normes lĂ©gislatives.

đ«§ Pour info
On trouve pour la premiĂšre fois cette expression Ă la fin du XVIe siĂšcle, dans un livre Ă©ponyme de lâauteur italien Giovanni Botero. Ce terme apparaĂźt dans un contexte de guerre civile oĂč la stabilitĂ© de lâĂtat est plus que jamais menacĂ©e.
Pour mobiliser un auteur Ă ce sujet, tu peux penser Ă Machiavel !
Le Prince de Machiavel đŠ
Ce texte est un ouvrage pratique destinĂ© Ă donner des conseils au prince italien Laurent de MĂ©dicis. Le livre rĂ©pond Ă cette question : quelles qualitĂ©s sont nĂ©cessaires afin non seulement dâacquĂ©rir mais aussi de conserver le pouvoir ?
đ Le domaine de la politique est fragile et instable : la fortune rĂ©git les destins humains et Ă©galement ceux des rĂ©gimes politiques.
đ MĂȘme si un principat est en temps pacifique, le prince doit donc toujours anticiper la venue dâun conflit. Il ne doit pas avoir toutes les qualitĂ©s quâon attribue traditionnellement au bon et sage gouvernant, mais seulement paraĂźtre les avoir.
Il est donc nĂ©cessaire Ă un prince qui veut se maintenir dâapprendre Ă pouvoir nâĂȘtre pas bon, et Ă en user et ne pas en user selon la nĂ©cessitĂ©.
Machiavel
đ Toutes ces idĂ©es consacrent lâautonomie de la politique relativement Ă la morale ou la religion. Le prince doit regarder la fin, peu importe les moyens !
đ Comme tu peux le voir, sa pensĂ©e est contraire Ă lâidĂ©e dâun Ătat de droit consacrĂ© Ă la justice ! Machiavel a dâailleurs donnĂ© naissance Ă lâexpression âmachiavĂ©lismeâ, qui renvoie Ă une conduite perfide.
đ€ Max Weber
Dans Le Savant et le politique (1919), ce sociologue allemand dit que lâĂtat est le dĂ©tenteur du âmonopole de la violence lĂ©gitimeâ ; mais non pas quâil devrait lâĂȘtre ! Ce constat renoue avec la notion de âraison dâĂtatâ, mais Max Weber ne justifie pas pour autant la violence envers les peuples et les sociĂ©tĂ©s.
LâĂtat totalitaire đ«
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et en pleine Guerre froide, la philosophe amĂ©ricaine Hannah Arendt dĂ©nonce les idĂ©ologies fasciste et communiste, relevant toutes deux du totalitarisme. Câest ce quâelle explique dans son texte Les Origines du totalitarisme (1961), oĂč elle met en avant 3 caractĂ©ristiques pour dĂ©finir cette notion :
- Culte du chef
- Terreur étatique
- Imposition dâune idĂ©ologie exclusive de toute autre

Le totalitarisme a pour consĂ©quences la dilution de lâindividu au profit de la prĂ©dominance absolue du chef et de son parti. Câest pourquoi il sâagit dâun phĂ©nomĂšne des masses : seule une masse amorphe et dĂ©structurĂ©e est susceptible de se laisser embrigader par une idĂ©ologie, qui abolit toute indĂ©pendance, extĂ©rieure comme intĂ©rieure.
đ Exemple
Lâhistoire du roman 1984 de Georges Orwell illustre bien les dangers du totalitarisme ! Tu peux en parler dans une dissertation qui traite de ce sujet pour Ă©tayer ton argumentation. đ
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Lis notre fiche de lecture au sujet de La Condition de lâhomme moderne !
LâĂtat libĂ©ral đœ
Le courant de pensĂ©e par excellence qui a rĂ©flĂ©chi aux moyens de limiter les possibles dĂ©rives dâune puissance abusive est le libĂ©ralisme ! En ce sens, Locke est considĂ©rĂ© comme lâun de ses prĂ©curseurs.
đ DĂ©finition
Le libĂ©ralisme politique sâest historiquement construit contre lâabsolutisme, en tant que doctrine dĂ©fendant les droits des individus, considĂ©rĂ©s comme des ĂȘtres libres et rationnels. LâĂtat nâest donc pas autorisĂ© Ă intervenir dans le jeu des intĂ©rĂȘts particuliers. Il existe des conceptions libĂ©rales plus ou moins progressistes ou conservatrices.
Voici quelques idées essentielles du libéralisme :
đ Il faut limiter les prĂ©rogatives Ă©tatiques, son intervention dans les affaires privĂ©es doit ĂȘtre minime.
đ Lâindividu prime sur la sociĂ©tĂ© : les doctrines libĂ©ralistes sont souvent individualistes, par opposition aux doctrines holistes (oĂč le tout prime sur la partie).

đ LâĂtat nâest pas instituĂ© en vue du bonheur (Aristote se retournerait dans sa tombe sâil entendait çaâŠ), mais de la sĂ©curitĂ©.
Dans De la richesse des nations (1776), lâĂ©conomiste Ă©cossais Adam Smith affirme que chacun travaillant Ă son avantage particulier, une âmain invisibleâ harmonise mĂ©caniquement les intĂ©rĂȘts des uns et des autres et contribue Ă la prospĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale. LâĂtat nâa donc pas Ă se mĂȘler des affaires privĂ©es ! Son seul rĂŽle est de prĂ©server la sĂ»retĂ© et dâassurer le respect des rĂšgles de la concurrence.
đ«§ Pour info
De nombreuses critiques ont Ă©tĂ© faites au libĂ©ralisme : il peut ĂȘtre responsable du renforcement des inĂ©galitĂ©s.
Les thÚses de Benjamin Constant ont une place importante dans le libéralisme classique. Dans De la liberté des Anciens comparée à celle des modernes (1819), il compare en quoi les Anciens et les modernes étaient libres :
- Les Anciens sacrifiaient leur liberté individuelle et exerçaient leurs prérogatives de maniÚre directe, au travers de la délibération, du jugement et du vote. MAIS ils étaient assujettis à la collectivité.
- Celle des modernes repose sur le triomphe de lâindividu : il ne faut surtout pas sacrifier lâindĂ©pendance individuelle.
đĄ Le savais-tu
Contre le libĂ©ralisme, lâĂtat-providence se dĂ©finit par sa forte intervention dans les domaines Ă©conomiques et sociaux, par exemple au travers dâallocations ou de redistributions, dans un but de justice sociale. En France, il est nĂ© en 1945 avec la sĂ©curitĂ© sociale. Les libĂ©raux sont donc tout Ă fait contre !Â
En rĂ©sumĂ© đ
đ Pour les auteurs antiques, la citĂ© est naturelle et vise au bonheur.
đ LâĂtat est une construction historique et thĂ©orique artificielle, notamment fondĂ©e dans la lignĂ©e des penseurs de la souverainetĂ©.
đ Les thĂ©ories du contrat envisagent le contractualisme comme un passage de lâĂ©tat naturel Ă la sociĂ©tĂ© civile.
đ LâĂtat de droit est fondĂ© sur la sĂ©paration des pouvoirs et donne la prioritĂ© aux prĂ©rogatives individuelles, contrairement au totalitarisme.
đ Certains auteurs et courants de pensĂ©e ont critiquĂ© lâexistence mĂȘme de lâĂtat (communisme, anarchismeâŠ).
Pour retenir lâessentiel, on te conseille de faire une fiche de ces Ă©lĂ©ments de cours. Cela te permettra dâĂȘtre parĂ© pour les Ă©preuves du baccalaurĂ©at, pour lequel on te souhaite une belle rĂ©ussite !