L’État en philosophie : dĂ©finitions, analyse đŸ›ïž

Rédac des Sherpas - Mis à jour le 06/06/2023
Assemblée Etat

Tu es dans tous tes Ă©tats avant le bac ? Heureusement pour toi, on t’a prĂ©parĂ© une fiche de cours sur la notion philosophique d’État ! État de nature, de droit, État-providence, raison d’État
 On t’explique tout sur ces expressions un peu complexes et sur les diffĂ©rentes pensĂ©es philosophiques Ă  ce sujet !

DĂ©finition et origine 📖

Pour commencer, tu peux noter qu’il ne s’agit pas seulement d’une rĂ©alitĂ© historique : c’est aussi une construction thĂ©orique ! De nombreux philosophes ont rĂ©flĂ©chi au rĂŽle de l’État mais aussi aux limites de son pouvoir. 

📌 Étymologie : ce mot vient du latin status, ce qui est instituĂ©, qui est lui-mĂȘme dĂ©rivĂ© du verbe stare, se tenir immobile. Il est donc supposĂ© assurer la stabilitĂ© de la communautĂ© politique. 

📌 Origine : l’État n’a pas toujours existĂ©. Pendant l’AntiquitĂ©, les Grecs parlaient plutĂŽt de la polis (citĂ©) ou des “affaires communes”. C’est d’ailleurs le mot polis qui a donnĂ© naissance Ă  celui de “politique”, qui correspond Ă  l’organisation du vivre-ensemble. 

📌 DĂ©finition : Il s’agit du cadre institutionnel Ă  l’intĂ©rieur duquel s’exerce le pouvoir politique. Il est le dĂ©tenteur de la souverainetĂ© et possĂšde l’autoritĂ© suprĂȘme. Les prĂ©rogatives de la souverainetĂ© sont ce qu’on appelle les “pouvoirs rĂ©galiens”, comme par exemple assurer la sĂ©curitĂ©, Ă©tablir la lĂ©gislation ou Ă©mettre de la monnaie. 

Les pouvoirs régaliens de l'Etat power rangers
Les pouvoirs rĂ©galiens en action đŸ’„

Certains estiment cependant qu’il ne faut pas confondre indistinctement État et puissance : le pouvoir n’est pas supposĂ© ĂȘtre la propriĂ©tĂ© d’un homme, susceptible d’en abuser, mais le symbole d’une fonction dĂ©diĂ©e Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. ObĂ©ir aux organisations Ă©tatiques ne revient donc a priori pas Ă  obĂ©ir Ă  un homme en particulier, mais Ă  un principe universel

Attention Ă©galement Ă  ne pas confondre cette notion avec la sociĂ©tĂ© ! Les sociĂ©tĂ©s sont des collectivitĂ©s de personnes qui partagent certaines normes, comportements et cultures communes. L’État peut avoir pour rĂŽle d’arbitrer et de gouverner la sociĂ©tĂ©, afin d’éviter que les tensions entre les intĂ©rĂȘts privĂ©s ne dĂ©gĂ©nĂšrent en conflits. Il se distingue Ă©galement du gouvernement, qui est seulement en charge d’exĂ©cuter la lĂ©gislation en vigueur. 

La citĂ© antique đŸș

Pendant l’AntiquitĂ©, on ne parlait pas encore d’État mais de citĂ©. La grande diffĂ©rence est que le premier est artificiel, la seconde est naturelle

Platon et la citĂ© idĂ©ale ✹ 

La philosophie politique de Platon rĂ©pond Ă  2 questions : 

  • Quelle est la citĂ© idĂ©ale
  • Comment doit gouverner l’homme politique ? 

👉 L’origine de la citĂ© est Ă©conomique. Il est nĂ©cessaire pour les ĂȘtres humains de s’assembler au sein d’une citĂ© pour assurer la couverture de leurs besoins, selon le principe de la division du travail.

👉 Les gouvernants de la citĂ© doivent ĂȘtre les philosophes-rois, qui seuls dĂ©tiennent la connaissance des essences du bien et de la justice. 

Droopy looney philosophe roi
Platon qui s’autoproclame roi discrùtement


👉 L’homme qui gouverne doit le faire en fonction d’un savoir, la technique (technĂš) politique, qui est supĂ©rieure aux normes juridiques.  

👉 Par consĂ©quent, les dĂ©mocraties sont des rĂ©gimes corrompus, car le peuple qui a le pouvoir va rĂ©gner selon ses dĂ©sirs irrationnels et impulsifs. La monarchie est donc prĂ©fĂ©rable. 

💡 Le savais-tu

Le mot “dĂ©mocratie” vient du grec ancien. DĂȘmos (ÎŽáż†ÎŒÎżÏ‚) signifie “peuple”, et kratos (ÎșÏÎŹÏ„ÎżÏ‚) “pouvoir”. LittĂ©ralement, cela renvoie donc au pouvoir du peuple.

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Aristote et la nature politique des hommes

👉 La citĂ© est naturelle. MĂȘme si elle est historiquement postĂ©rieure, la citĂ© (le tout) prĂ©existe aux personnes individuelles et aux familles (les parties) car elle constitue leur fin. 

L’ĂȘtre humain est par nature un animal politique.

Aristote

👉 Aristote est Ă  l’origine d’une trĂšs cĂ©lĂšbre classification des rĂ©gimes selon un double critĂšre :

  • CritĂšre numĂ©rique : combien gouvernent (un seul, quelques-uns, tous) ? 
  • CritĂšre de la fin visĂ©e par la constitution : intĂ©rĂȘt commun ou intĂ©rĂȘts particuliers ? 
Un seulQuelques-unsTous
IntĂ©rĂȘt commun (constitutions droites)RoyautĂ©AristocratieRĂ©gime constitutionnel
IntĂ©rĂȘts particuliers (constitutions dĂ©viantes)TyrannieOligarchieDĂ©mocratie

👉 Aristote n’exprime pas de prĂ©fĂ©rence marquĂ©e pour l’une des trois constitutions droites. En effet, chaque constitution n’est pas bonne pour toute citĂ© : tout dĂ©pend du contexte et du type de citoyens qui l’habitent. 

👉  PlutĂŽt que sur un savoir, l’art de gouverner repose sur les vertus de dĂ©libĂ©ration et de jugement. Aristote admet donc la possibilitĂ© que le peuple gouverne. La souverainetĂ© de la masse a mĂȘme des avantages : de nombreuses personnes sont collectivement meilleures qu’un seul individu vertueux. 

Aristote en faveur de la souveraineté du peuple
Aristote à fond avec le peuple 😎

L’État comme artifice : le contractualisme đŸ€

Les penseurs antiques pensaient les personnes Ă  partir de la communautĂ©. Les penseurs modernes, eux, considĂšrent que les individus prĂ©existent Ă  la communautĂ©, dans ce qu’ils appellent l’état de nature

Hobbes et Le LĂ©viathan đŸ—Ąïž

Pour Platon et Aristote, la coexistence des humains au sein de la citĂ© Ă©tait le plus grand des biens. Pour ce philosophe anglais du XVIIe siĂšcle, l’État constitue au contraire le moindre des maux face au caractĂšre conflictuel des ĂȘtres humains

Dans son texte le plus connu, Le LĂ©viathan (1651), il affirme que seul un pouvoir fort, absolu et indivisible, est susceptible de garantir la stabilitĂ© et la sĂ©curitĂ© de la sociĂ©tĂ©. Il est ainsi l’un des premiers thĂ©oriciens Ă  poser les fondements rationnels de la monarchie absolue

Etat selon Hobbes, le Léviathan
La couverture du livre donne le ton…

đŸ«§ Pour info

Dans l’histoire de France, le monarque absolu par excellence est Louis XIV ! Il aurait un jour dit : “L’État, c’est moi”. On ignore s’il a vraiment prononcĂ© ces mots, mais la phrase est restĂ©e cĂ©lĂšbre. Jean-Luc MĂ©lenchon s’est lui-mĂȘme exclamĂ© “La RĂ©publique, c’est moi” en 2018, au cours d’une perquisition de ses locaux.

👉 Avant le passage Ă  la sociĂ©tĂ© civile, les ĂȘtres humains vivent dans un Ă©tat de nature, caractĂ©risĂ© par une “guerre de chacun contre chacun”. Les humains Ă  l’état de nature vivent donc dans la crainte perpĂ©tuelle de la mort violente. Les trois causes principales de querelle sont alors la rivalitĂ©, la mĂ©fiance, la fiertĂ© : autrement dit, chacun pour soi !

💡 Le savais-tu

L’état de nature est une fiction thĂ©orique et mĂ©thodologique utilisĂ©e par des philosophes du XVIIe et du XVIIIe siĂšcle pour fonder le contrat social. Cette fiction appartient Ă  la tradition jusnaturaliste du droit naturel, selon laquelle il existerait des normes naturelles qui fondent des principes immuables et universels, supĂ©rieurs aux normes positives.

👉 L’état de nature entre en contradiction avec le premier dĂ©sir naturel, l’instinct de conservation. Il provoque donc un dĂ©sir commun de sortir d’une situation conflictuelle par une “convention de chacun avec chacun”

👉  La premiĂšre des lois de nature impose par ailleurs Ă  notre facultĂ© rationnelle de chercher la paix par tous les moyens

👉 L’État est instituĂ© en vue de la sĂ©curitĂ© des sujets, et non pas en vue de la vie bonne. Le pacte est passĂ© entre les sujets, non pas entre les sujets et le souverain : celui-ci garde tout son pouvoir illimitĂ© de l’état naturel. 

📖 DĂ©finition

Au travers du contrat, les hommes renoncent Ă  certaines de leurs prĂ©rogatives naturelles qu’ils confient Ă  une autoritĂ© supĂ©rieure. Cette notion diffĂšre elle aussi selon les auteurs.

👉 Le souverain est une personne morale Ă  qui les sujets ont, par un mĂ©canisme d’autorisation, confĂ©rĂ© une autoritĂ© inconditionnelle. Le philosophe anglais parle ainsi du souverain comme d’un LĂ©viathan (monstre biblique) ou encore d’un “glaive public”. Bonne ambiance
 

L'Etat comme glaive public selon Hobbes
Le souverain selon Hobbes
 Mi-stylĂ© mi-flippant đŸ€”

Ce grand Léviathan, ou, pour en parler avec plus de déférence, ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection.

Hobbes

👉 La seule limite au pouvoir du souverain est le droit de nature (diffĂ©rent de la loi naturelle), qui confĂšre Ă  chacun l’autorisation de se dĂ©fendre par tous les moyens si la conservation de sa vie est menacĂ©e. A cette condition prĂšs, le pouvoir du souverain est absolu : lui seul crĂ©e le cadre lĂ©gislatif, et lui seul n’y est pas soumis.

đŸ«§ Pour info

Le concept de souverainetĂ© naĂźt au XVIe siĂšcle en rĂ©ponse Ă  un contexte trĂšs violent de guerres de religion, oĂč la stabilitĂ© du pouvoir est mise Ă  mal.

Locke et les droits naturels 📜 

Hobbes n’est pas le seul philosophe contractualiste. D’autres auteurs ont pensĂ© le contractualisme sous un tout autre visage ! C’est notamment le cas de Locke, qui est aussi un philosophe majeur du XVIIe siĂšcle, cĂ©lĂšbre pour son Second TraitĂ© du gouvernement civil (1690). 

💡 A retenir

La problématique générale du contractualisme moderne est celle-ci : comment concilier obéissance et indépendance ? Pour Hobbes, la contrainte et la liberté sont compatibles. Locke, lui, est au contraire un penseur des limites du pouvoir humain.

👉  Locke est considĂ©rĂ© comme l’un des fondateurs du libĂ©ralisme politique, une doctrine visant Ă  garantir les droits subjectifs imprescriptibles en limitant les prĂ©rogatives Ă©tatiques. 

👉  L’état de nature lockĂ©en est caractĂ©risĂ© par la libertĂ© et l’égalitĂ©, originellement donnĂ©es par Dieu, et rationnellement accessibles Ă  tout ĂȘtre humain. 

Hommage à la liberté par Locke
Si Locke était né au XXIe siÚcle
 Ou pas ?

À lire aussi

Découvre notre fiche de cours sur la liberté en philosophie !

👉  Mais il y a un hic : l’état de nature est trop incertain pour garantir de façon effective que ces principes naturels seront respectĂ©s. Ces derniers sont notamment dĂ©pourvus de garantie juridique.

👉  Seul un pouvoir juridique commun est susceptible de protĂ©ger l’indĂ©pendance et la propriĂ©tĂ© privĂ©e. MĂȘme si l’état naturel est caractĂ©risĂ© par la bienveillance, une sociĂ©tĂ© politique ne peut se fonder que sur une base contractuelle

👉   La lĂ©gitimitĂ© du pacte est fondĂ©e sur le consentement individuel des contractants. Le rĂŽle essentiel de l’État est donc de garantir les libertĂ©s individuelles naturellement attachĂ©es aux individus. 

💡 Le savais-tu

Les idĂ©es de Locke ont beaucoup inspirĂ© les dĂ©clarations amĂ©ricaine et française des droits de l’homme, au XVIIIe siĂšcle.

👉 Sans plaider pour un rĂ©gime dĂ©mocratique, Locke cherche Ă  combattre l’absolutisme monarchique. Il dĂ©fend ainsi une thĂ©orie de la souverainetĂ© du peuple fondĂ©e sur la reprĂ©sentation : les magistrats et les reprĂ©sentants servent d’intermĂ©diaire Ă  leur volontĂ©. 

👉 Contrairement Ă  Hobbes, Locke pense que le citoyen peut rĂ©sister, dans des circonstances exceptionnelles, lorsque les dĂ©positaires du pouvoir soumettent les membres du corps civil Ă  leur domination arbitraire. 

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Rousseau et le contrat social đŸȘ¶

C’est un autre penseur ESSENTIEL du contractualisme. Contrairement Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs, il refuse de penser que les hommes sont naturellement mĂ©chants ou susceptibles de se faire du mal Ă  l’état naturel
 Il voit la nature humaine de façon bien plus optimiste ! On te prĂ©sente ses thĂšses principales, d’abord exposĂ©es dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes (1755). 😉

👉 Rousseau constate que ses contemporains sont mĂ©chants et malheureux, alors que cette situation entre en contradiction avec leur nature profonde. Les humains sont naturellement bons ; ce sont les institutions sociales et politiques qui les ont dĂ©figurĂ©s. 

L’homme est nĂ© libre, et partout il est dans les fers.

Rousseau

👉 Il est impossible de revenir Ă  l’état de nature. Il faut donc substituer un nouveau pacte au premier pacte inĂ©galitaire. Ce “faux contrat” est nĂ© d’une usurpation (l’appropriation des terres par certains au dĂ©triment des autres), il est fondĂ© sur une force illĂ©gitime. 

Petite sirĂšne signature d'un mauvais contrat
Si Rousseau avait dĂ» illustrer le faux pacte 👆

La solution est donnée dans le fameux Contrat social (1762).

Trouver une forme d’association qui dĂ©fende et protĂšge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associĂ©, et par laquelle chacun s’unissant Ă  tous n’obĂ©isse pourtant qu’à lui-mĂȘme et reste aussi libre qu’auparavant.

Rousseau

👉 Le pacte social est “une aliĂ©nation totale de chaque associĂ© avec tous ses droits Ă  toute la communautĂ©â€. Il Ă©rige donc la “volontĂ© gĂ©nĂ©rale” comme expression de la souverainetĂ© du peuple, ayant pour but l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral (et pas des intĂ©rĂȘts particuliers). Le pacte crĂ©e ainsi un “corps moral et collectif” par l’union des forces individuelles.

👉 Alors que la libertĂ© naturelle n’avait pour seule limite que les forces individuelles, la seconde est limitĂ©e par la volontĂ© gĂ©nĂ©rale, et subordonnĂ©e Ă  l’égalitĂ© de tous les membres du corps social. La volontĂ© gĂ©nĂ©rale doit par ailleurs ĂȘtre absolue, inaliĂ©nable et indivisible, pour ĂȘtre efficiente. 

👉 Ce contractualisme rousseauiste permet de concilier obĂ©issance et autonomie, puisque les citoyens obĂ©issent aux normes, et non Ă  des hommes. De plus, “l’obĂ©issance Ă  la loi qu’on s’est prescrite est libertĂ©â€. 

Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa libertĂ© naturelle et un droit illimitĂ© Ă  tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ; ce qu’il gagne, c’est la libertĂ© civile et la propriĂ©tĂ© de tout ce qu’il possĂšde.

Rousseau

👉  Le rĂ©gime qui rend possible l’expression de la libertĂ© civile est la rĂ©publique. “Tout gouvernement lĂ©gitime est rĂ©publicain”, c’est-Ă -dire qu’il sĂ©pare pouvoir lĂ©gislatif et pouvoir exĂ©cutif. 

đŸ«§ Pour info

Au XIXe siĂšcle, de nombreux auteurs libĂ©raux anticontractualistes sont critiques envers les thĂšses rousseauistes : pour eux, articuler souverainetĂ© absolue et prĂ©rogatives de l’individu est susceptible d’entraĂźner une “tyrannie de la majoritĂ©â€, selon la cĂ©lĂšbre expression de Tocqueville. Les libĂ©raux croient en effet par-dessus tout aux libertĂ©s individuelles.

L’État de droit ⚖

Cette notion est destinĂ©e Ă  empĂȘcher que le pouvoir souverain ne se transforme en despotisme, c’est-Ă -dire en pouvoir tyrannique et arbitraire. C’est donc une idĂ©e Ă  la fois juridique, politique et philosophique, qui permet de concilier ordre public et autonomie. 3 points sont importants : 

👉 L’égalitĂ© devant la loi

Un tel État se soumet aux droits fondamentaux des ĂȘtres humains qu’il traite Ă  Ă©galitĂ©. Il est donc au service du domaine juridique, et limite le pouvoir par le cadre lĂ©gislatif, qui l’oblige. 

L'Etat de droit en action

Il traite les hommes comme des sujets de droit et non comme des individus privĂ©s : c’est-Ă -dire qu’il est neutre vis-Ă -vis des opinions et des croyances personnelles, et indĂ©pendant de l’Église. Selon cette conception, le pouvoir implique donc plus de devoirs que de prĂ©rogatives.

Cette distinction entre sphĂšre privĂ©e et sphĂšre publique implique que l’État ne vise pas Ă  rendre ses membres vertueux (contrairement Ă  la citĂ© antique). La morale concerne donc seulement la sphĂšre privĂ©e, et pas la sphĂšre publique. 

👉 La hiĂ©rarchie des normes 

Chaque rÚgle législative ou juridique promulguée doit respecter des normes supérieures. Par exemple, en France : la Constitution.

👉 La sĂ©paration des pouvoirs

Ce principe vise Ă  Ă©viter que le pouvoir ne soit concentrĂ© entre les mains d’un despote. On distingue traditionnellement entre :

  • Pouvoir lĂ©gislatif
  • Pouvoir judiciaire
  • Pouvoir exĂ©cutif 

Comme tu le sais, c’est toujours ainsi que fonctionnent les institutions politiques en France ! Et l’un des fondateurs de cette tripartition, avec Locke, est le philosophe français du XVIIIe siùcle Montesquieu. Bravo à lui ! 👏

Montesquieu et L’Esprit des lois đŸŒŹïž 

Montesquieu est un philosophe des LumiĂšres qui a accordĂ© Ă©normĂ©ment d’importance Ă  la libertĂ© et au pluralisme des opinions

Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrĂȘte le pouvoir.

Montesquieu

👉 Dans De l’Esprit des lois, Montesquieu vise Ă  dĂ©couvrir l’intelligibilitĂ© dissimulĂ©e derriĂšre le chaos empirique des mƓurs et des normes juridiques. C’est pourquoi il part des faits pour remonter aux principes et trouver les lois qui organisent la vie sociale et institutionnelle des hommes. 

Montesquieu Ă  la recheche des lois de l'Etat
Montesquieu qui recherche un sens au monde
🔎

Montesquieu considĂšre les cadres lĂ©gislatifs d’un point de vue scientifique : pour lui, les lois ont une rationalitĂ© propre, et sont liĂ©es entre elles par des rapports de causalitĂ©. Leur “esprit” correspond donc Ă  la maniĂšre dont elles s’établissent en fonction de multiples facteurs (gĂ©ographiques, historiques, sociologiques
). 

La loi, en gĂ©nĂ©ral, est la raison humaine, en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre ; et les lois politiques et civiles de chaque nation ne doivent ĂȘtre que des cas particuliers oĂč s’applique cette raison humaine.

Montesquieu

đŸ«§ Pour info

Montesquieu est souvent considĂ©rĂ© comme le Newton des lois sociales du fait de son regard scientifique sur les mƓurs sociales et religieuses.

👉 Il dĂ©crit 3 types de rĂ©gimes diffĂ©rents, chacun Ă©tant caractĂ©risĂ© par un principe particulier : 

  • Monarchie (honneur)
  • RĂ©publique dĂ©mocratique (vertu)
  • Gouvernement despotique (crainte)

👉 PlutĂŽt qu’en une monarchie absolue, Montesquieu croit aux bienfaits d’une monarchie constitutionnelle libĂ©rale. Celle-ci est Ă©galement prĂ©fĂ©rable Ă  une rĂ©publique, dans laquelle la vertu peut basculer Ă  tout instant et se convertir en vice.

💡 Le savais-tu

Montesquieu est Ă©galement l’auteur des Lettres persanes ! Dans ce roman Ă©pistolaire, il dĂ©veloppe certaines de ses thĂšses politiques
 notamment concernant sa fĂ©roce critique de la monarchie absolue et de la religion.  

👉 La sĂ©paration des pouvoirs est nĂ©cessaire dĂšs lors que “tout homme qui a du pouvoir est portĂ© Ă  en abuser”. C’est ce qui garantit l’indĂ©pendance des citoyens et la stabilitĂ© du rĂ©gime. 

Mignon roi lĂąche son micro
Bye bye la monarchie absolue 👋

👉 La lĂ©gislation permet de donner des limites Ă  la libertĂ©, qui est “le droit de faire tout ce que les lois permettent” (mais pas davantage !). La sĂ©paration des prĂ©rogatives permet quant Ă  elle de limiter le pouvoir.  

👉  Montesquieu est un fervent dĂ©tracteur de l’esclavage – chose encore rare en son temps.

À lire aussi

Pour ĂȘtre incollable au bac, lis notre article sur les philosophes incontournables Ă  connaĂźtre !

La raison d’État 👑 

C’est l’impĂ©ratif au nom duquel l’État s’autorise Ă  transgresser la loi dans l’intĂ©rĂȘt public. Il s’agit donc un principe de dĂ©rogation aux rĂšgles Ă©thiques et juridiques en vertu d’un bien public supĂ©rieur

Cette notion pose plusieurs problĂšmes : 

  • Rapport entre politique et morale : l’autoritĂ© de l’État pourrait autoriser des actes immoraux. 
  • Rapport  entre loi naturelle et religieuse : la lĂ©gislation naturelle autoriserait le souverain Ă  transgresser la loi divine. 
  • Rapport entre pouvoir et lĂ©galitĂ© : le prince pourrait ĂȘtre au-dessus des normes lĂ©gislatives. 
La raison d'Etat en image
L’État qui t’explique pourquoi il a pas respectĂ© tes droits…

đŸ«§ Pour info

On trouve pour la premiĂšre fois cette expression Ă  la fin du XVIe siĂšcle, dans un livre Ă©ponyme de l’auteur italien Giovanni Botero. Ce terme apparaĂźt dans un contexte de guerre civile oĂč la stabilitĂ© de l’État est plus que jamais menacĂ©e.

Pour mobiliser un auteur Ă  ce sujet, tu peux penser Ă  Machiavel !

Le Prince de Machiavel 🩊

Ce texte est un ouvrage pratique destinĂ© Ă  donner des conseils au prince italien Laurent de MĂ©dicis. Le livre rĂ©pond Ă  cette question : quelles qualitĂ©s sont nĂ©cessaires afin non seulement d’acquĂ©rir mais aussi de conserver le pouvoir ?

👉  Le domaine de la politique est fragile et instable : la fortune rĂ©git les destins humains et Ă©galement ceux des rĂ©gimes politiques. 

👉 MĂȘme si un principat est en temps pacifique, le prince doit donc toujours anticiper la venue d’un conflit. Il ne doit pas avoir toutes les qualitĂ©s qu’on attribue traditionnellement au bon et sage gouvernant, mais seulement paraĂźtre les avoir. 

Il est donc nĂ©cessaire Ă  un prince qui veut se maintenir d’apprendre Ă  pouvoir n’ĂȘtre pas bon, et Ă  en user et ne pas en user selon la nĂ©cessitĂ©.

Machiavel

👉  Toutes ces idĂ©es consacrent l’autonomie de la politique relativement Ă  la morale ou la religion. Le prince doit regarder la fin, peu importe les moyens ! 

👉 Comme tu peux le voir, sa pensĂ©e est contraire Ă  l’idĂ©e d’un État de droit consacrĂ© Ă  la justice ! Machiavel a d’ailleurs donnĂ© naissance Ă  l’expression “machiavĂ©lisme”, qui renvoie Ă  une conduite perfide. 

đŸ‘€ Max Weber

Dans Le Savant et le politique (1919), ce sociologue allemand dit que l’État est le dĂ©tenteur du “monopole de la violence lĂ©gitime” ; mais non pas qu’il devrait l’ĂȘtre ! Ce constat renoue avec la notion de “raison d‘État”, mais Max Weber ne justifie pas pour autant la violence envers les peuples et les sociĂ©tĂ©s.

L’État totalitaire đŸš«

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et en pleine Guerre froide, la philosophe amĂ©ricaine Hannah Arendt dĂ©nonce les idĂ©ologies fasciste et communiste, relevant toutes deux du totalitarisme. C’est ce qu’elle explique dans son texte Les Origines du totalitarisme (1961), oĂč elle met en avant 3 caractĂ©ristiques pour dĂ©finir cette notion : 

  • Culte du chef
  • Terreur Ă©tatique
  • Imposition d’une idĂ©ologie exclusive de toute autre
Des gens manifestent sans liberté d'expression
La libertĂ© d’expression en rĂ©gime totalitaire
 đŸ„¶

Le totalitarisme a pour consĂ©quences la dilution de l’individu au profit de la prĂ©dominance absolue du chef et de son parti. C’est pourquoi il s’agit d’un phĂ©nomĂšne des masses : seule une masse amorphe et dĂ©structurĂ©e est susceptible de se laisser embrigader par une idĂ©ologie, qui abolit toute indĂ©pendance, extĂ©rieure comme intĂ©rieure.  

📖 Exemple

L’histoire du roman 1984 de Georges Orwell illustre bien les dangers du totalitarisme ! Tu peux en parler dans une dissertation qui traite de ce sujet pour Ă©tayer ton argumentation. 😉

À lire aussi

L’État libĂ©ral đŸ—œ 

Le courant de pensĂ©e par excellence qui a rĂ©flĂ©chi aux moyens de limiter les possibles dĂ©rives d’une puissance abusive est le libĂ©ralisme ! En ce sens, Locke est considĂ©rĂ© comme l’un de ses prĂ©curseurs. 

📌 DĂ©finition

Le libĂ©ralisme politique s’est historiquement construit contre l’absolutisme, en tant que doctrine dĂ©fendant les droits des individus, considĂ©rĂ©s comme des ĂȘtres libres et rationnels. L’État n’est donc pas autorisĂ© Ă  intervenir dans le jeu des intĂ©rĂȘts particuliers. Il existe des conceptions libĂ©rales plus ou moins progressistes ou conservatrices.

Voici quelques idĂ©es essentielles du libĂ©ralisme : 

👉 Il faut limiter les prĂ©rogatives Ă©tatiques, son intervention dans les affaires privĂ©es doit ĂȘtre minime. 

👉 L’individu prime sur la sociĂ©tĂ© : les doctrines libĂ©ralistes sont souvent individualistes, par opposition aux doctrines holistes (oĂč le tout prime sur la partie). 

L'Etat selon le libéralisme, just be yourself
Le libĂ©ralisme et le dĂ©veloppement personnel, c’est presque pareil finalement đŸ€”

👉 L’État n’est pas instituĂ© en vue du bonheur (Aristote se retournerait dans sa tombe s’il entendait ça
), mais de la sĂ©curitĂ©

Dans De la richesse des nations (1776), l’économiste Ă©cossais Adam Smith affirme que chacun travaillant Ă  son avantage particulier, une “main invisible” harmonise mĂ©caniquement les intĂ©rĂȘts des uns et des autres et contribue Ă  la prospĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale. L’État n’a donc pas Ă  se mĂȘler des affaires privĂ©es ! Son seul rĂŽle est de prĂ©server la sĂ»retĂ© et d’assurer le respect des rĂšgles de la concurrence. 

đŸ«§ Pour info

De nombreuses critiques ont Ă©tĂ© faites au libĂ©ralisme : il peut ĂȘtre responsable du renforcement des inĂ©galitĂ©s.

Les thĂšses de Benjamin Constant ont une place importante dans le libĂ©ralisme classique. Dans De la libertĂ© des Anciens comparĂ©e Ă  celle des modernes (1819), il compare en quoi les Anciens et les modernes Ă©taient libres : 

  • Les Anciens sacrifiaient leur libertĂ© individuelle et exerçaient leurs prĂ©rogatives de maniĂšre directe, au travers de la dĂ©libĂ©ration, du jugement et du vote. MAIS ils Ă©taient assujettis Ă  la collectivitĂ©.
  • Celle des modernes repose sur le triomphe de l’individu : il ne faut surtout pas sacrifier l’indĂ©pendance individuelle. 

💡 Le savais-tu

Contre le libĂ©ralisme, l’État-providence se dĂ©finit par sa forte intervention dans les domaines Ă©conomiques et sociaux, par exemple au travers d’allocations ou de redistributions, dans un but de justice sociale. En France, il est nĂ© en 1945 avec la sĂ©curitĂ© sociale. Les libĂ©raux sont donc tout Ă  fait contre ! 

En rĂ©sumĂ© 📝

📌  Pour les auteurs antiques, la citĂ© est naturelle et vise au bonheur

📌 L’État est une construction historique et thĂ©orique artificielle, notamment fondĂ©e dans la lignĂ©e des penseurs de la souverainetĂ©.

📌 Les thĂ©ories du contrat envisagent le contractualisme comme un passage de l’état naturel Ă  la sociĂ©tĂ© civile. 

📌 L’État de droit est fondĂ© sur la sĂ©paration des pouvoirs et donne la prioritĂ© aux prĂ©rogatives individuelles, contrairement au totalitarisme. 

📌 Certains auteurs et courants de pensĂ©e ont critiquĂ© l’existence mĂȘme de l’État (communisme, anarchisme
). 

Pour retenir l’essentiel, on te conseille de faire une fiche de ces Ă©lĂ©ments de cours. Cela te permettra d’ĂȘtre parĂ© pour les Ă©preuves du baccalaurĂ©at, pour lequel on te souhaite une belle rĂ©ussite !

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