Fiche de lecture : Il pleure dans mon coeur Verlaine 📚

Solène Clausse - Mis à jour le 15/08/2022
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Passer sur un poème au bac, c’est toujours la galère. Surtout qu’au moment de l’écriture d’Il pleure dans mon coeur Verlaine en est déjà à sa quatrième publication : Romances sans paroles. Il commence à faire des folies quand il écrit et ne te facilite pas la tache pour l’analyse linéaire ! Ne panique pas pour autant, on va le faire ensemble. Prêt ? 😎

Il pleure dans mon coeur Verlaine : présentation 

Fiche d’identité 🔍

AuteurPaul Verlaine
GenrePoésie
RecueilRomances sans paroles
Date1874
Structure du poèmeQuatre quatrains hexasyllabiques

Un recueil innovant

Depuis les débuts de l’écrivain avec ses Poèmes saturniens, de l’eau a coulé sous les ponts. L’homme de 30 ans est encore plus torturé qu’avant. Il faut dire qu’il a vraiment un très mauvais karma. Sa cousine Elisa, qu’il aime en secret depuis son enfance, meurt en 1867.

À partir de là, il part complètement en vrille ! Il devient alcoolique et violent. En 1874, l’année de la publication, il se trouve d’ailleurs en prison et en plein divorce avec son épouse 😕  Des défauts qui pourrissent son mariage avec Mathilde Mauté, jusqu’à ce qu’il rencontre Arthur Rimbaud en 1871. L’année d’après, les deux amants partent en Angleterre et en Belgique. Cette aventure lui inspire la rédac’ d’un nouvel ouvrage poétique.

Son écriture reflète sa crise personnelle et montre plusieurs changements : 

👉 Une écriture simplifiée

Ce point marque une rupture définitive avec le Parnasse. Ce mouvement poétique prônait l’impassibilité, l’insensibilité et l’impersonnalité pour privilégier la beauté de l’art. Le nouvel ouvrage est dédié à l’expression de son intériorité. Il réinvente le lyrisme en parlant de lui de manière indirecte, à travers des images visuelles et auditives.

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👉 La musicalité est exacerbée

Le titre de l’œuvre est plagié (😱) d’un ensemble de pièces pour piano du musicien Mendelssonh. Les “romances” sont des chansons avec refrain évoquant habituellement des thèmes sentimentaux et mélancoliques.  

Leur forme se retrouve ici. La musicalité est apportée par l’alliance de la rythmique, des sonorités et des images. Celle-ci finit par prôner sur les mots eux-mêmes. 

En 1874, l’auteur écrit des vers destinés à un prochain ouvrage, Jadis et Naguère (1882).

Le message est clair :

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l’Impair

Plus vague et plus soluble dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

“Art Poétique”, vers 1 à 4

👉 La forme est libérée

Après avoir rencontré son amant, il adopte sur son modèle les vers “impairs” pour donner du dynamisme à ses créations. Une vraie révolution par rapport aux formes classiques d’écriture !

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🔎 Retrouve ces caractéristiques à travers Les Cahiers de Douai de Rimbaud

Le poème : une “ariette”

💡 Le savais-tu ?

Le titre de chaque section est choisi en lien avec une référence musicale ou picturale :

  • “Ariettes oubliées”
  • “Paysages belges”
  • “Birds in the Night”
  • “Aquarelles”

Le poème étudié est la troisième des “Ariettes oubliées”. Une “ariette” est un air musical léger qui accompagne les vers (et non l’inverse). Bizarre de la part d’un écrivain non ? 

Retrouves-y les thèmes propres à la section 👇

#️⃣1 : Le spleen

Dès ses Poèmes Saturniens, l’artiste écrit sous le signe de la mélancolie. Le spleen, c’est le sentiment d’être blasé sans savoir pourquoi. La séquence “Spleen et Idéal” des Fleurs du Mal de Baudelaire, présente un sentiment teinté d’angoisse. Ce poème au contraire allie douceur et sursauts d’agressivité. Il reflète les tourments de l’auteur !

#️⃣ 2 : Un lyrisme en mode mineur

La musicalité véhicule un état intérieur. Pour une partition, le mode mineur, moins vif et enjoué que le mode majeur, serait privilégié. Ça passe par une mise en retrait de la voix de l’auteur.

C’est le cas de cette ariette 👇

C’est tous les frissons des bois / […] C’est, vers les ramures grises, / Le chœur des petites voix

Ariette I

Vers 3 à 6

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#️⃣3 : La portée universelle

Ce retrait mène à une expression anonymisée. Elle donne à voir des sentiments que tu pourrais ressentir, toi ou ton voisin. Bref, des sentiments universels.

#️⃣4 : la peinture de la vie moderne

Tout ça apporte une modernité à l’écriture… mais pas seulement ! Dans le contexte de la révolution industrielle, le cadre urbain est propice à l’expression de l’angoisse ou de l’oppression.

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L’analyse de “Mon rêve familier”, pour tout comprendre de l’écriture verlainienne.

Il pleure dans mon coeur Verlaine : la forme

Le texte 📝

Il pleut doucement sur la ville.

(Arthur Rimbaud)

 

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville ;

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?

 

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s’ennuie,

Ô le chant de la pluie !

 

Il pleure sans raison

Dans ce cœur qui s’écœure.

Quoi ! nulle trahison ?…

Ce deuil est sans raison.

 

C’est bien la pire peine

De ne savoir pourquoi

Sans amour et sans haine

Mon cœur a tant de peine !

La structure 🧩

  • Quatre strophes de 4 syllabes : quatre quatrains 
  • Des vers de 6 syllabes : des hexasyllabes 
  • Les enjambements entre deux vers reproduisent le rythme régulier des alexandrins (vers de 12 syllabes)
  • La rime d’attaque (à la fin du premier vers de chaque strophe) est répétée sur le modèle ABAA : ça crée un système clôt et un effet de rengaine.
  • L’anaphore (reprise en début de vers) entre les vers 1 et 9 introduit un effet miroir entre les deux premiers quatrains et les deux derniers. 

👉 Tout est fait pour que tu te laisses entrainer par le rythme lancinant. L’effet miroir renforce cette impression… pour mieux te tromper ! Il y a en fait une rupture entre les deux mouvements. 

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Il pleure dans mon cœur analyse linéaire

Te voilà prêt(e) à repérer tous les éléments importants pour une analyse du poème Il pleure dans mon cœur. Let’s go 🚀 

Propositions de problématiques

  • Comment la mélancolie est-elle exprimée ?
  • En quoi ce texte renouvèle-t-il la conception de la poésie ?
  • En quoi la musicalité sert-elle l’expression des émotions ?

Mouvement 1 : Constat et expression de la mélancolie

Quatrain 1 : Un état intérieur étonnant

Il pleure dans mon cœur

  • Le pronom “il” sert une tournure impersonnelle qui ne confère aucune origine à cette tristesse.
  • En tant que complément circonstanciel de lieu, le “cœur” n’est pas sujet, c’est le simple réceptacle de cette émotion. 

Comme il pleut sur la ville ;

  • Une comparaison introduite par l’adverbe “comme” s’établit entre l’intériorité et le cadre urbain, fermé et oppressant. Celle-ci est renforcée par leur opposition à la rime.
  • “Il pleure” est un néologisme formé à partir du groupe verbal “il pleut”. Les deux sont liés par homophonie. Le poète constate ses pleurs comme tu observes la pluie tomber !

Quelle est cette langueur

  • Le démonstratif “cette” montre que le spleen est identifié.
  • Le pronom interrogatif suggère que l’interrogation persiste sur son origine.

 Qui pénètre mon cœur ?

L’allitération en [r] et la consonance en [k] qui ponctuent la strophe 1 donnent une tonalité agressive à cette mélodie mélancolique.

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Quatrain 2 : L’invocation de la mélodie

Ô bruit doux de la pluie

  • Le “ô” lyrique sert l’invocation de la mélodie.
  • L’assonance en [i] et les allitérations de dentales ([d]) et labiales ([p] et [b]) évoquent l’écoulement et le martellement de l’eau sur le toit. (le fameux ploc ploc que tu connais bien si ta chambre est sous les combles 😉)
  • “bruit doux” est un oxymore, qui marque la contradiction interne entre la douceur du spleen et une certaine agressivité

💡 Fais gaffe !

L’adjectif “doux” renvoie à l’adverbe “doucement” de l’épigraphe. La symphonie qui suit semble en découler : chaque élément et chaque sonorité sont ensuite déclinés. Cet octosyllabe (vers de 8 syllabe) agit comme une source d’inspiration. Le spleen pourrait venir de cette relation amoureuse passionnée et conflictuelle entre les deux hommes.

Par terre et sur les toits !

  • L’allitération en [t] renforce la musicalité
  • Le point d’exclamation conclut l’apostrophe lyrique

Pour un cœur qui s’ennuie,

  • L’auteur est le véritable sujet du verbe “s’ennuyer” mais emploie une métonymie pour se désigner de façon indirecte.
  • Celle-ci est placée sous l’accent au centre du vers : il est cerné par une mélodie naturelle

Ô le chant de la pluie !

  • D’un son que l’on entend sans y prêter attention, la pluie devient une véritable symphonie !
  • Celle-ci est personnifiée (sauf si t’as l’habitude que l’eau te tape la discute 🤔)

Mouvement 2 : L’impossible sortie de la mélancolie

Quatrain 3 : Un état intérieur insupportable

✒ Il pleure sans raison

  • L’anaphore donne le sentiment d’être entrainé par la monotonie du cycle.
  • L’adverbe restrictif “sans” placé sous l’accent matérialise le vide intérieur provoqué par l’absence d’explication. 

Dans ce cœur qui s’écœure.

  • Le démonstratif “ce” prolonge la mise à distance permise par la tournure impersonnelle. L’espace où se déroule le sentiment n’appartient plus à celui qui l’éprouve.
  • D’abord blasé, le sujet est dégouté de tout ! La rime léonine en [oer] (redoublée à la fin de chaque hémistiche) apporte une lourdeur qui symbolise un rejet de soi-même.

Quoi ! nulle trahison ?…

  • Exclamation et interrogation se suivent : le sujet est divisé entre colère et incompréhension, sans bien savoir les distinguer (un peu schizo le gars).
  • Il se révolte temporairement devant l’absence d’explication : la tristesse n’est même pas due à une déception amoureuse (adverbe restrictif “nulle”).

Ce deuil est sans raison.

  • La répétition du groupe nominal final poursuit l’effet de rengaine monotone. Après l’énervement, c’est la résignation !
  • Le sentiment est qualifié en mobilisant le champ lexical de la mort. Le spleen est comparé à un manque semblable à celui causé par la perte d’un être cher. En creux, c’est la solitude du sujet qui se dessine.

Quatrain 4 : L’enlisement au sein du spleen

C’est bien la pire peine

  • L’allitération en [p] traduit la lourdeur du spleen et l’impuissance du sujet pour en sortir.
  • Associé au superlatif “pire”, le terme renvoie au champ lexical de la condamnation. Le spleen apparaît comme une fatalité ! 

De ne savoir pourquoi

  • Avec la tournure impersonnelle, le poète s’efface presque complètement derrière son état intérieur.
  • L’enjambement accentue l’effet mélodique

Sans amour et sans haine

La reprise de l’adverbe restrictif traduit l’absence d’issue. Ses pensées tournent en boucle sur ce vide intérieur dont il ne peut sortir.

Mon cœur a tant de peine !

  • Ce dernier vers clôt le cycle du poème par une structure en chiasme : le dernier hémistiche du vers 1 devient le premier du vers 16.
  • Chaque mot est monosyllabique pour mimer l’effet de chute : tout se termine sur le seul constat de l’impasse.

Le récap’ !

Pour gérer, on te fait un ptit récap’ de la trame narrative :  

👉 Un gars qui constate qu’il déprime mais ne sait pas pourquoi.

👉 Comme il ne sait pas expliquer son mal-être, il décide de le faire ressentir à son lecteur. Il emploie pour ça plusieurs moyens détournés : la métaphore filée du temps maussade et une mélodie en mode mineur.

👉 Tout ça ne résout pas son problème et il s’enferme complètement dans son bad mood.

Il pleure dans mon coeur analyse et commentaire, c’est fini. Te voilà paré pour l’oral ! À bientôt 😉

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