[HGGSP] L’alphabétisation des femmes depuis le 16ᵉ siècle

Solène Clausse - Mis à jour le 25/08/2022
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On te le donne en mille : ton programme HGGSP intitulé “les grandes étapes de l’alphabétisation des femmes du XVIe siècle à nos jours dans le monde” tombe à pic en 2022. Eh oui, on fête les 50 ans de l’admission des premières femmes à Polytechnique. Parmi elles, Anne Chopinet est même major du concours d’entrée ! 

Il te suffit d’écouter son interview par un journaliste de l’ORTF pour voir que les préjugés sur la parité homme/femme dans le système éducatif peuvent être très persistants. Aujourd’hui, cette question recoupe les enjeux du développement, notamment dans les continents africain et asiatique. Le programme sur l’alphabétisation des femmes hggsp analysé, c’est par ici ! 🚀

Les termes du sujet : de quoi on parle ?🔍

Avant de démarrer au quart de tour, assure-toi de bien comprendre les termes du sujet ! 

💡 Problématique

Dans quelle mesure les moyens et enjeux de l’alphabétisation des femmes dans le monde ont-ils évolué depuis le XVIe siècle ?

La notion de « société de la connaissance » (Peter Drucker, 1969)Avec ce concept, un “savoir” devient une “connaissance” quand elle est exploitée par une société pour produire quelque chose. Elle l’amène à son développement social et économique.
AlphabétisationC’est un processus qui fonctionne par étapes.
Selon le Larousse : l’enseignement de la lecture et de l’écriture à un groupe d’âge déterminé.
C’est aussi celui de la langue du pays d’accueil aux immigrés.
Taux d’alphabétismeLe pourcentage de la population d’un groupe d’un âge déterminé qui sait lire et écrire.
Les femmesEn fonction des classes sociales et zones géographiques, il existe de grosses différences entre les femmes alphabétisées. Les moyens mis en œuvre, les enjeux et objectifs ne sont jamais les mêmes !
Les grandes étapesMalheureusement, l’histoire ne suit pas une belle ligne vers le progrès. N’oublie pas qu’il y a des périodes de recul.

Du XVIe au XIXe : généraliser l’éducation pour les européennes 📚

Vers 1790, le taux d’alphabétisme des Françaises est seulement de 27%. Tu aurais deviné que ces progrès ont été engagés deux cents ans plus tôt ? 

Si les progrès sont siiiiiii lents, c’est parce qu’il faut attendre le XIXe siècle pour que l’État accepte de regarder le problème en face 👇

Du XVI au XVIIe siècle : une instruction religieuse

📌 La pensée humaniste : le point de départ

Avec le courant humaniste et la Renaissance, il y a bien quelques mecs intelligents comme Érasme ou Rabelais pour lancer l’idée que, les femmes et les hommes étant amenés à cohabiter, il serait bien qu’ils et elles soient éduquées de la même manière… 🙄 

Le clergé détient le monopole de l’accès à la connaissance : il parle et écrit le latin tandis que le tiers-état ne comprend que leur langue vernaculaire (celle en usage dans leur lieu de vie). Les religieuses prennent alors en charge les premières institutions destinées à donner une éducation aux filles.

👉 L’enjeu est alors de proposer un apprentissage fondamental homogène pour toutes les femmes. Mais ça ne veut pas dire que leur taux d’alphabétisme était nul ! Certaines paysannes ou marchandes étaient obligées d’apprendre des rudiments de lecture et parfois d’écriture pour exercer. Au contraire, au sein des grandes familles de la noblesse, travailler est mal vu.

📌 La Réforme protestante : le premier système scolaire

💡 Le point dèf’

En 1517, Luther publie 95 thèses pour critiquer l’Église catholique. Il appelle à supprimer tous les intermédiaires qui se dressent entre l’homme et Dieu. Les croyants doivent savoir lire la Bible, traduite en langue vernaculaire.

Jusqu’au concile de Trente (1545-1563) qui entame la reprise en main de la religion catholique sur le protestantisme en Europe du Sud, le système scolaire est pris en main par les autorités publiques dans tous les États européens passés sous la Réforme protestante. 

📌 En Europe catholique : le nouveau rôle de l’Église

Au XVIIe siècle, l’Église catho commence sérieusement à rager face à l’influence de sa rivale. Elle capte qu’il ne suffit pas de faire appliquer bêtement des pratiques religieuses aux fidèles pour les contrôler : il vaut mieux qu’ils s’approprient eux-mêmes la connaissance du dogme religieux. 

Les congrégations religieuses se consacrent à la catéchèse. Elles fondent quelques institutions gratuites pour les filles pauvres et surtout des pensions payantes pour les demoiselles de la noblesse. C’est le cas des  couvents des ursulines fondés à Paris en 1610 et 1623.

Les cathos ont bien essayé de rattraper leur retard, mais on voit encore la diff’ avec l’enseignement protestant qui laisse une plus grande place à l’écriture. Ça explique le taux d’alphabétisme de 27% en France contre 45% en Angleterre 👇

💡 Le savais-tu ?

L’Église anglicane instaure les Sundays Schools pour apprendre la Bible aux enfants d’ouvriers.

À lire aussi

Le tournant du XIXe siècle : une éducation pour tous et toutes

👈 Le voici le voilà ! Mesdames et messieurs, le très attendu…  GOUVERNEMENT (applaudissements, salle en fureur, tout ça). La battle d’influence entre l’Église et l’État oblige enfin le second à prendre les choses en mains pour restaurer son autorité.

a plupart des pays d’Europe instaurent un système scolaire primaire public, où sont enseignés lecture, écriture et calcul, puis rendent la scolarisation obligatoire aussi bien pour les garçons que pour les filles. Tout commence avec la Prusse en 1812 puis suivent Le Danemark, la Norvège, la Grèce, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni. 

La France est la dernière : il faut attendre la proclamation de la Seconde République en 1848 pour que les boomers conservateurs de la Restauration (1815 -1830) et de la Monarchie de Juillet arrêtent de bloquer toutes les tentatives. La situation est réellement lancée sous la IIIᵉ République après 1870, à la fin du Second Empire.  

Jules Ferry devient ministre de l’Instruction publique à partir de 1879. Pour lui, il faut arrêter de blablater avec des minis lois et instaurer une grosse réforme pour s’aligner sur les autres pays européens 👇

Du moment où les femmes auront droit à une éducation complète, semblable à celle des hommes, leurs facultés se développeront, et l’on s’apercevra qu’elles les ont égales à celles des hommes.

Jules Ferry

Paris, le 10 avril 1870

💡 À retenir

L’Histoire de l’alphabétisation des femmes en France se joue principalement entre 1800 et les lois de 1901-1902 qui séparent l’Église et l’État.

  • 1850 : La loi Falloux oblige la création d’une école de filles dans toute commune de plus de 800 habitants. Elle donne encore un rôle important à l’Église catholique pour l’organisation de l’enseignement.
  • 1867 : La loi Duruy crée les cours secondaires féminins publics.
  • 1879 : La loi Paul Bert oblige chaque département à créer une École normale supérieure de jeunes filles pour former les institutrices.
  • 1881 et 1882 : Finally, les lois Ferry instaurent la gratuité et la laïcité de l’enseignement primaire public et l’obligation pour tous les enfants de 6 à 13 ans d’accéder à un apprentissage fondamental.

La colonisation : un vecteur d’alphabétisation dans le monde ? 🌍

Savais-tu que depuis les débuts de l’Islam au Moyen-Âge, les esclaves-chanteuses (qiyân) avaient leur valeur en partie fondée sur leur apprentissage et récitation des versets du Coran ? Ça veut bien dire que l’alphabétisation des femmes dans le monde a commencé bien avant la colonisation européenne !

Comme en Europe, les états colonisateurs mettent encore du temps à s’occuper du sujet…

Avant 1930 : de grandes disparités entre régions

Avant que les États  coloniaux s’en mêlent, l’éducation est prise en charge par les acteurs religieux indépendants. 

📌 En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les califats ne distinguent pas la religion de la politique. L’acquisition des savoirs religieux est au fondement de la société. Tout se joue dans les écoles coraniques où les filles sont intégrées. 

📌 Ailleurs, les religions polythéistes ne jouent pas le même rôle. Les missionnaires chrétiens se donnent pour devoir de leur enseigner les tâches domestiques, censées distinguer les chrétiennes. 

💡 L’Institut des sœurs blanches

L’Institut des Sœurs blanches fondé par Monseigneur Lavigerie à Alger en 1869 reçoit l’accord du Pape pour mener des missions au Sahara, en Kabylie (Algérie), et en Afrique équatoriale auprès des jeunes filles. Pourquoi ce nom ? Elles portaient un vêtement arabe blanc pour s’adapter au quotidien de la population.

Alphabétiser les femmes pour “civiliser”  

En Asie, les États européens ouvrent des établissements pour filles dès le XIXème. L’alphabétisation des femmes en Afrique via les établissements publics  s’ajoute aux vecteurs religieux à partir de 1930. Elle répond à un nouveau concept créé pour légitimer la présence coloniale européenne : la “mission civilisatrice”. 

Dans l’entre-deux guerres, les mouvements de résistance commencent à avoir des vrais fondements politiques (et des soutiens en métropole). En réaction : on change de strat’ ! Il faut convaincre la population “de l’intérieur des foyers ” en scolarisant les filles. 

💡 L’Hygiénisme, késako ?

En 1936 une médecin britannique, Mary Blacklock, affirme que l’instruction des femmes peut améliorer les conditions sanitaires au sein des colonies (aka la natalité et donc la main d’œuvre). On leur apprend à lire et écrire pour abandonner les pratiques superstitieuses et adopter les règles d’hygiène.

L’alphabétisation : une porte de sortie vers l’indépendance ?

Bon, ne t’emballe pas non plus : seuls 15% des enfants africains sont scolarisés dans les vers  1950… et les filles ne représentent que 20% d’entre eux ! 

Malgré tout, la propagande européenne marche plutôt bien : le modèle européen lance un moove assez important. Certaines élites musulmanes ouvrent des écoles publiques ou privées non-chrétiennes. Les élites asiatiques préfèrent encourager les institutions ouvertes par les missionnaires.

L’idée des gouvernements est de former des “auxiliaires de colonisation”, des élites intermédiaires devant servir de relais au contrôle étatique. C’est le cas des sages-femmes qui doivent transmettre les règles d’hygiène et préserver la natalité. 

👆 Heureusement, cet accès à la connaissance est aussi un moyen d’accéder à une meilleure condition sociale. 

🎧 C’est le cas d’Aoua Keita (1912-1980). Elle décroche un diplôme d’institutrice à l’école normale de Rufisque (au Sénégal) puis un diplôme de sage-femme à l’École de médecine de Dakar. Grâce à son instruction, elle lutte contre l’occupation coloniale en s’engageant dans un parti politique indépendantiste soudanais.

L’Europe du XXᵉ siècle et la question de la mixité 💅

En France, les lois Ferry n’obligent pas à la mixité et autorisent les cours à domicile. Dans les établissements publics, les cours sont séparés et les filles apprennent la couture, les soins aux enfants etc… Tout ça est bien beau mais pas vraiment utile pour apprendre à travailler ! La question de la mixité se pose au niveau des qualifications.

La mixité pour accéder au monde du travail

Tu savais que la Fête des mères avait été instaurée en France sous le régime de Vichy (1940-1944) pour célébrer les femmes au foyer ? Une preuve que les cents ans d’ouverture de l’enseignement public à la mixité n’ont pas vu que des progrès. Les régimes totalitaires  en Allemagne, Italie et Espagne ont été de vrais obstacles dans l’histoire de l’alphabétisation des femmes.
Au début du XXème, les sociétés traversent de profondes mutations : la révolution industrielle provoque l’exode rural vers les villes. Ahhhhh voilà une bonne nouvelle pour que les femmes accèdent à une vraie formation professionnelle ! Bonjour les  nouveaux métiers des secteurs secondaire et tertiaire, et ciao le ménage à la maison…

Eh ho pas si vite, on te voit venir ! Il faut d’abord que les filles accèdent à un cursus secondaire complet. Et avant ça, qu’elles aient les compétences pour y entrer qui commence par une égalité des programmes dès le primaire.

💡 À retenir

La mixité est atteinte en France après de nombreuses étapes :

  • 1861 : Julie-Victoire Daubié obtient le bac en candidate libre puis un doctorat en lettres en 1871.
  • 1919 : Les filles sont préparées au baccalauréat dans les lycées.
  • 1924 : Les programmes des garçons et filles deviennent identiques dans le secondaire.
  • 1969 : La mixité est instaurée dans les écoles primaires
  • 1975 : La loi Haby la généralise dans tous les établissements.

👉 L’acquisition d’une autonomie financière par l’alphabétisation est une question qui est encore d’actu ! C’est le premier facteur d’intégration des femmes migrantes dans leur pays d’accueil, en leur donnant la possibilité d’avoir un emploi. Et là aussi il y a encore des progrès à faire puisque la prise en charge est majoritairement faite par des centres socio-culturels indépendants plutôt que par l’État.

Des filles dans l’enseignement supérieur !? 😱

Une enquête menée par l’INSEE en 2017 a montré que, deux ans après l’obtention d’un diplôme du supérieur, le taux d’activité des hommes était de 93% contre 83% pour les femmes. 

Ça montre que, même avec un accès égalitaire au supérieur, les inégalités persistent. Là encore, les étapes pour l’acquérir ont été lentes. Leur entrée à l’université date des années 1880 mais c’est loin d’être totalement accepté. 

👉 Entre 1913 et 1924, leur part à l’université triple, passant de 10 à 30%.

👉 Vers 1920 seulement les femmes commencent à devenir profs d’université. Mais il y a de grandes disparités entre secteurs : le droit et la médecine restent par exemple réservés à une élite bourgeoise masculine.

💡 L’astuce Sherpas

Découvre vite la biographie de Marie-Curie, une pionnière dans la féminisation des universités et de la construction de la connaissance.
En 1903 elle est la première femme à décrocher un doctorat en physique avec sa thèse sur le radium. L’année suivante, elle est même titulaire d’une chaire de physique à l’université de Paris !

En Asie et Afrique : un enjeu de développement 

Depuis 1950, la proportion de personnes analphabètes dans le monde a été divisée par trois (passant de 44% à 14% de la population mondiale en 2016). Aujourd’hui, 750 millions de personnes sont encore analphabètes, dont deux tiers de femmes. 

Celles-ci se concentrent en Afrique et en Asie. 13 pays dans le monde ont un taux d’alphabétisation inférieur à 50%, dont 12 pays africains ! C’est donc bien un enjeu de développement qui se pose aujourd’hui. 

Les femmes à l’écart des premières politiques d’alphabétisation 

En 1950, le taux d’alphabétisation des femmes en Inde est de 20% seulement. Dans les nouveaux états indépendants, c’est donc un enjeu central dans les années 1950-1960. Pourtant, leur rôle dans le développement est encore sous-estimé.
L’éducation est une question  mondiale prise en charge par les Nations-Unies pour diminuer les écarts de développement entre Nord et Sud. Elle demande une importante mobilisation et l’acquisition de moyens humains et financiers, justifiée par l’inscription du droit à l’éducation comme partie des droits universels. 👇

L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Déclaration Universelle des Droits de l’Hommes

Article 26.2, 1948

En 1960, les ministres de l’Éducation des États africains se réunissent à Addis Abbeba pour prendre en main l’éducation en fixant des objectifs de scolarisation. Mais les femmes ne sont pas encore au cœur de ces politiques plus globales.

💡 Fais gaffe !

Les grandes étapes de l’Alphabétisation dans les pays du Sud :

  • 1945-1946 : Création de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la Culture) et de l’UNICEF (le Fonds des Nations unies pour l’enfance)
  • 1948 : La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme consacre la gratuité et le caractère obligatoire de l’enseignement élémentaire, pour tous.
  • 1960 : La conférence d’Addis Abbeba
  • 1965 : Adoption du UNDP (Programme des Nations unies pour le développement). Présent dans 177 pays. Investissement public dans l’éducation
  • 1989 : Adoption de la CIDE (Convention internationale pour les droits de l’enfant). Les pays s’engagent à rendre la scolarisation primaire obligatoire et gratuite pendant 9 ans.

Le tournant de 1990 : faire de l’éducation des femmes une priorité

Il faut attendre 1990 pour que l’on reconnaisse comme prioritaire l’accès des femmes à une instruction 👉

Les institutions internationales encouragent alors des programmes de discrimination positive.

💡 Retiens bien !

  • 1990 : la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous à Jomtien, en Thaïlande
  • 1995 : La Conférence mondiale sur les femmes à Beijing ouvre à un programme d’action pour les droits des filles.
  • 19 décembre 2011 : Les Nations-Unies proclament le 11 octobre comme journée internationale de la fille.
  • 10 décembre 2014 : Malala Yousafzai reçoit le prix Nobel de la paix

Focus : L’alphabétisation des femmes Afghanistan

L’exclusion des femmes du système éducatif afghan par les Talibans a mis à nouveau en lumière des difficultés plus complexes qu’un simple manque de moyens. En 2020 selon l’Unesco le taux d’alphabétisme des femmes en Afghanistan était de 29,8% et l’on peut redouter son recul futur. 

Cette situation fait écho à l’Histoire de Malala Yousafzai. À seulement 11 ans, elle s’exprime en public en 2009 contre l’occupation talibane et ses conséquences sur les droits des femmes à l’instruction. Elle devient conseillère principale de l’éducation à l’ONU et est même l’objet d’un attentat par les talibans en 2012. Son engagement lui vaut le prix Nobel de la Paix deux ans plus tard.

⏯️ Regarde vite Malala Yousafzai prononcer son discours pour le prix Nobel de la paix le 10 octobre 2014 !

Voilà, tu as maintenant tout ce qu’il te faut pour comprendre le cours. Alors, ready pour cartonner en HGGSP sur l’alphabétisation des femmes dans le monde depuis le XVIe siècle ?

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