[HGGSP] La conférence de Berlin et le partage de l’Afrique🧩

Thomas Gilbert - Mis à jour le 12/07/2022
240949

Comme son nom l’indique, la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique ont eu lieu dans la capitale du Reich Allemand, organisée par le chancelier Bismarck entre novembre 1884 et février 1885. Elle précise les conditions d’occupation entre les différentes puissances européennes pour l’Afrique. 

C’est pendant cette conférence que beaucoup de gens pensent que les Européens se sont disputés  l’Afrique, ce qu’on sait moins, c’est que la colonisation du continent remonte au 15ème siècle ! Dans cet article on te propose d’explorer les dessous de cette importante conférence et les enjeux qu’elle renferme pour le continent africain ! C’est parti ! 🚀

La conférence de Berlin : le contexte 📖

Des rivalités coloniales 🚩

Comme on vient de te l’évoquer, le colonialisme ne date pas d’hier.

Pour développer leurs économies et rapatrier de nouvelles marchandises, les différentes puissances européennes installent  de nombreux comptoirs commerciaux sur les côtes de l’Afrique et dans les régions fluviales. 

À l’époque, l’intérieur du continent africain n’attirait pas l’attention des puissances européennes, on le considérait comme vide et sans intérêt, sans compter qu’il était surtout difficile d’accès !

💡 Le savais-tu ?

C’est à partir de ces comptoirs commerciaux que s’organise la traite d’esclaves et se met en place le commerce triangulaire entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe.

À partir de la moitié du 19ème siècle, les tensions et rivalités entre les différentes puissances  européennes s’exportent peu à peu en Afrique. 

Le 1er septembre 1870, alors qu’une guerre opposait l’Empire français à celui d’Allemagne, les Allemands remportent une bataille décisive à Sedan. Au cours de la bataille l’Empereur Napoléon III est fait prisonnier, il soumet sa reddition et la France perd l’Alsace, une partie de la Lorraine et des Vosges. Napoléon III est ensuite déchu le 4 septembre et la France proclame la IIIème république. 

👉 Après cette défaite écrasante, la France s’imagine une nouvelle destinée : un Empire colonial africain. 

En pleine révolution industrielle, La France et l’Angleterre ont besoin de graisse et d’huiles pour faire fonctionner leurs nouvelles machines, notamment l’huile de palme et d’arachide, disponible en abondance sur le continent africain. 

💡 C’est un des motifs évoqués pour justifier l’occupation, mais il ne faut pas oublier la convoitise générée par les richesses minières. L’appétit des européens s’est réveillé après la découverte de richesses insoupçonnées. Par exemple, la découverte des mines de diamants du Transvaal, une région d’Afrique du Sud. 🙄

En plus des aspects commerciaux, une pensée circule en Europe, l’idée d’une mission civilisatrice largement diffusée par le poème de Rudyard Kipling “Le fardeau de l’homme blanc” en 1899 :

Assume le fardeau de l’Homme blanc, les guerres cruelles pour la paix, Nourris les affamés, enraye la maladie […]

Rudyard Kipling

Poète

L’Europe à la conquête de l’Afrique 🛒

L’expansion coloniale européenne débute véritablement à la fin du 19ème siècle, chaque nation européenne voulait posséder sa part du gâteau, on l’appelle également “la course au clocher”

L’expression, traduite de l’anglais “Steeple Chase” est popularisée par Charles Faure-Biguet:

C’était, semble-t-il, à qui arriverait le premier à hisser son pavillon sur tel ou tel point de la côte d’Afrique non encore possédé par une des nations de l’Europe.

Charles Faure-Biguet

Journaliste

📌 En 1830, la France occupe l’Algérie, le Sénégal et l’Afrique du Nord. En 1881, elle s’empare de la Tunisie puis pose ses valises dans l’actuelle République du Congo. Enfin en 1884, les Français colonisent la Guinée.

📌 En 1882, le Royaume-Uni se saisit de l’Égypte, grappille quelques provinces chez les Ottomans et s’empare du Soudan.

📌 En 1884, le Reich Allemand prend possession du Togo, du Cameroun, de la Namibie et de l’Afrique orientale (l’actuel Burundi et le Rwanda)

📌 En 1885, l’Italie s’empare d’une partie de l’Érythrée.

La conférence de Berlin et le partage de l’Afrique trouvent leur origine dans la région du Congo.

Des tensions se sont installées entre la France et les Belges pour la conquête de ce territoire.

L’explorateur et journaliste américain Henry Morton Stanley y conduit des expéditions pour cartographier la région et effacer les dernières “terra incognita”, les derniers territoires inexplorés par les européens à l’époque.

👉 On peut considérer dans une moindre mesure que ce sont ses récits et ses travaux de cartographe qui ont éveillé l’appétit de conquête des Européens.

Les origines de la conférence de Berlin 🧐

Les déboires du colonialisme belge 🇧🇪

En 1876, le roi des Belges Léopold II convoque un congrès géographique à Bruxelles. Léopold II souhaite organiser des expéditions au Congo dans le but d’abolir la traite négrière maintenue dans la région par des populations arabes.

💡 Le savais-tu ?

Officieusement, Léopold II se sentait à l’étroit, son petit royaume était coincé entre deux grandes puissances, la République Française et le Reich Allemand. Il était plutôt inquiet de la sauvegarde et du prestige de son pays, c’est pourquoi il a cherché à acquérir des colonies.

Selon ses dires, Léopold II voulait “civiliser” le continent. Ainsi le congrès de Bruxelles aboutit à la création de l’Association internationale africaine, conçue pour œuvrer en ce sens. C’est une société philanthropique qui a permis l’exploration du Congo.

En 1878, la Belgique crée une seconde association, cette fois dans un but économique, l’Association internationale du Congo. Le roi Léopold II était un grand amateur des récits de H.M Stanley. 

Il l’invita à participer aux travaux de l’association en retournant une nouvelle fois au Congo mais avec une mission secrète :  établir un état au nom du Roi des Belges, le futur état indépendant du Congo dont il serait le chef au nom de l’association.  Une fois sur place, ce cher Stanley joue les agents immobilier et multiplie les signatures de contrats d’achat de terres sur les rives du fleuve Congo.

Il faisait signer des documents par des chefs de tribu dans une langue qu’ils ne savaient pas lire, ils ignoraient donc dans quoi ils s’engageaient…

👉 Une clause des contrats stipulait que non seulement, le sol devenait une possession de Léopold II, mais qu’il possédait également la force de travail des habitants présents sur lesdites terres ! 😨

Stanley fit appliquer cette clause des contrats avec violence pour la réalisation de grands travaux, la construction d’une piste à l’embouchure du fleuve sur 200 km, l’installation de comptoirs commerciaux sur les rives… 

De nombreux projets où de multiples indigènes ont trouvé la mort. Tandis que le roi des Belges présentait tout cela sous couvert d’une mission “au service de la science et pour lutter contre l’esclavage”. Pas très convaincant… 🙄 

Des tensions au cœur du partage de l’Afrique ⚡

La concurrence entre les deux puissances s’est accrue quand la France a dévoilé son intérêt pour la région.

L’explorateur et officier français Pierre Savorgnan de Brazza remonte le bassin du Congo depuis la côte pour fonder la ville de Brazzaville en 1881. 

Basé en Angola, les Portugais revendiquent le contrôle de la région en s’appuyant sur des traités signés avec le Royaume du Congo avant l’arrivée de Français.

Les colons Portugais commençaient à perdre pied dans la région surtout quand ils se sont aperçus que les Anglais passaient des accords avec des tribus indigènes sur leurs côtes. 

👉 Il s’ensuit une négociation bilatérale entre les Anglais et les Portugais en 1882 pour se mettre d’accord sur l’occupation de la région.

L’entente entre les deux puissances évolue favorablement quand ils apprennent que la France a obtenu la signature du traité entre Savorgnan de Brazza et le roi de la tribu Téké, lui octroyant le contrôle de la rive droite du Congo.

William Gladstone, le Premier Ministre Britannique préfère se ranger du côté de Louis Ier Roi du Portugal, plutôt que de soutenir son rival de toujours : la France.

Ainsi le 26 février 1884, la Grande-Bretagne signe un traité « reconnaissant la souveraineté portugaise sur la région de l’embouchure du fleuve Congo » qui leur permet de bloquer l’accès au Français à l’Océan Atlantique. 

La Grande-Bretagne quand il faut emmerder la France

👉 Bien évidemment, Jules Grévy, Président de la République française s’oppose à cet accord qui impacte directement les intérêts de sa nation. Le roi des Belges, Léopold II, veut lui aussi prendre part à la bagarre générale pour avoir accès à l’Océan.

Témoin du grand bazar qui se prépare, le Chancelier Allemand, l’un des hommes les plus puissants de l’époque, voit dans cette série d’incidents une possibilité pour l’Empire Allemand de s’affirmer un peu plus dans la région après ses conquêtes tradives.

👉 Le Portugal conçoit  alors l’idée d’un sommet international pour définir le découpage de la région. 

La conférence de Berlin et le partage de l’Afrique 📜

Dans un contexte de rivalités toujours plus fortes entre les différentes puissances européennes, Otto Von Bismarck reprend l’idée des Portugais et convoque la conférence de Berlin le 15 novembre 1884. Officiellement, l’objectif de la réunion est de lutter contre l’esclavage et la traite organisée en Afrique.

Mais dans la réalité, l’objectif était de fixer les règles d’occupation en Afrique entre les puissances conquérantes.

Il fallait définir des règles afin d’éviter tout risque de conflit entre elles sur les plans militaire, diplomatique et économique.

💡 Aucun représentant ni dirigeant africain n’est présent lors des négociations. Des diplomates qui ne connaissaient pas l’Afrique, n’y ayant jamais posé le pied, ont pourtant décidé de son sort.

Rien n’a été laissé au hasard pour attester le caractère international de la rencontre, ce qui explique le nombre de diplomates invités aux discussions.

L’empire Ottoman, les États-Unis et 12 pays européens sont réunis pour prendre part aux débats :

  • L’Allemagne
  • La Belgique
  • Le Danemark
  • L’Espagne
  • L’Autriche-Hongrie
  • Le Portugal
  • La France
  • L’Italie
  • Les Pays-Bas
  • le Royaume-Uni
  • L’Empire Russe
  • La Suède-Norvège

Les discussions abordent 3 grandes questions : 

📌 La liberté de commerce dans le bassin du Congo

📌 La liberté de navigation pour le bassin du Congo et du Niger

📌 La définition des règles à observer pour les occupations futures qui interviendraient sur les côtes africaines.

👉 C’est à cette occasion qu’apparaît pour la première fois dans un traité, la notion de sphère d’influence

Toute puissance peut étendre sa domination jusqu’à rencontrer une sphère d’influence voisine.

Traité de Berlin

Acte général du 26 février 1885

Comme on te l’évoquait plus tôt, l’autre prétexte utilisé pour appuyer le découpage de l’Afrique repose sur une soi-disant “mission civilisatrice”. Elle était supposée ouvrir l’Afrique à la civilisation et aux bienfaits de l’économie et du commerce dans un monde en marche vers le progrès. 

L’autre prétexte était l’abolition de l’esclavage. Malgré des traités et de nombreux textes l’interdisant, il était toujours en vigueur dans le royaume de Zanzibar.

Un Sultanat, sous protectorat anglais, qui avait aboli l’esclavage en 1838, définissant cette pratique comme un acte barbare.

💡 Les Anglais ne voyaient pas d’intérêt à tracer des frontières. Exercer une administration directe sur des territoires ressemblait plus à un fardeau pour les Britanniques, ils préféraient simplement faire du commerce et contrôler des zones d’échange. Bien plus pratique et, surtout, plus facile !

👉 Sur la rive droite du fleuve Congo, 500,000 km² reviennent à la France, constituant ainsi le Congo Français.

L’Hexagone se voit aussi attribuer la partie intérieure du Niger tandis que le Royaume-Uni en contrôle le Delta. 

De leur côté les Portugais retirent leurs prétentions sur la région au Nord de l’Angola et ne préservent que l’enclave de Cabinda. 

Le seul pays à connaître de nouvelles frontières à l’issue de la conférence est le Grand Congo, qui deviendra plus tard l’État indépendant du Congo. Malgré les actions violentes de H.M. Stanley, les signataires du traité de Berlin décident que le contrôle du Congo revient à Léopold II en vertu des bienfaits de ses associations.

👉 Les agissements de H.M. Stanley (qui ressemblent à s’y méprendre à du travail forcé) ont permis qu’une personne privée (Léopold II pour le coup) devienne propriétaire de 2,5 millions de km² ainsi que de la force de travail de ses habitants. 

On lui donne le droit d’exercer un travail forcé en remerciement pour sa lutte contre l’esclavage. Il y a de quoi devenir fou. 🤪

À lire aussi

En 1900, la France organisait la première exposition universelle pour la première fois une aile dédiée aux colonies, lis notre article pour en savoir plus ! 😉

La Conclusion de la Conférence de Berlin 🍰

Le 26 février 1885, seules les frontières du Congo de Léopold II sont établies avec précision. Contrairement à une idée reçue, la conférence de Berlin n’a jamais abordé la question de la délimitation des frontières de l’ensemble des territoires coloniaux. 

👉 Les frontières ont été tracées au fur et à mesure de négociations bilatérales ou multilatérales (c’est-à-dire en présence de différents acteurs qui représentent différents intérêts), en dehors de la conférence de Berlin, mais en suivant des règles d’ordre humanitaire et juridique. 

💡 L’anecdote

C’est le cas de la frontière de la colonie Britannique en Gambie, la France et la Grande-Bretagne se sont mises d’accord sur la frontière. Même si son tracé a été fait à main levé à Paris après plus de 20 ans de négociation, le tout sans prendre en compte les enjeux géopolitiques locaux de l’époque  !

En ce qui concerne l’aide humanitaire, les signataires de l’acte final de Berlin se sont engagés sur plusieurs points : 

  • Supprimer l’esclavage dans les territoires africains
  • Instaurer la liberté de conscience 
  • Bannir les coutumes barbares (genre les sacrifices humains…)
  • Faire profiter aux Africains des bienfaits de la Science

Sur le plan juridique, l’acte final établi également : 

  • Toute puissance coloniale installée sur la côte a droit à l’arrière-pays jusqu’à la rencontre d’une autre puissance ou d’un obstacle naturel. 
  • Toute occupation d’un territoire par une puissance doit être signalée aux autres États signataires et ledit territoire doit être occupé militairement.

La conférence de Berlin et le partage de l’Afrique : à retenir ✨ 

Si la conférence n’a pas directement entraîné la division de l’Afrique comme cela a longtemps été admis, elle a néanmoins permis son ouverture sur le monde conduisant à sa colonisation par les puissances conquérantes. 

👉 L’absence de représentation de l’Afrique à la table des négociations a fait de cette conférence un symbole fort du déséquilibre des relations internationales de l’époque.

La conférence de Berlin a simplement établi les règles de répartition du continent.

Pour autant, même s’il existe désormais des règles, cela n’a pas mis fin aux tensions entre les puissances colonisatrices. C’est ce que révèle la crise de Fachoda au Soudan du Sud en 1898, opposant une fois de plus la France à l’Angleterre.

Près de 90 % des frontières actuelles sont le résultat des traités signés entre 1890 et 1912. Le continent a été divisé sans tenir compte des réalités du terrain.

Le découpage arbitraire a directement contribué à diviser les peuples autochtones, une fracture qui a alimenté beaucoup de tensions que l’on connaît encore aujourd’hui.

5/5 - (1 vote)

Laisse-nous un commentaire !

Des questions ? Des bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures ! 🎉

Ebook

Découvre nos ebooks

Avoir confiance en soi, réussir le bac, trouver son stage, gagner en productivité… À chaque problème son guide pour progresser et devenir la meilleure version de toi-même ! 💪