La lune blanche de Verlaine : analyse et rĂ©sumĂ© 📚

Rédac des Sherpas - Mis à jour le 05/09/2022
la lune blanche verlaine

T’as jamais entendu parler de ce poĂšme et t’as besoin d’un coup de pouce pour mieux le comprendre ? Figure-toi que t’as de la chance : quand il Ă©crit La lune blanche, Verlaine fait une petite pause dans les folies poĂ©tiques. Ça parle de nature, de love et de poĂ©sie. Basique, non ? Allez, c’est parti pour le commentaire et l’analyse ! 🚀

La lune blanche Paul Verlaine : présentation

Fiche d’identitĂ© 🔍

AuteurVerlaine
GenrePoésie
RecueilLa Bonne Chanson
Date1872
StructureUne alternance de 3 quintiles et 3 monostiches de 4 syllabes.

Un recueil amoureux ❀

Un contexte heureux 

Un “î” lyrique ? OyĂ© oyĂ©, le poĂšte est amoureux ! Quand il compose le recueil, le mec traverse une pĂ©riode de sa vie qui, on te le donne en mille, ressemblerait presque au BONHEUR. 

Un truc tellement ouf pour lui que ça valait bien un recueil, non ? Parce que depuis la mort de son pĂšre en 1865, le bonheur, c’était pas vraiment ça. D’ailleurs, ça se ressent dans ses prĂ©cĂ©dents recueils. 

Sa rencontre avec Mathilde MautĂ© l’apaise temporairement. Entre 1869 et 1870, il adresse 21 poĂšmes Ă  sa future Ă©pouse, rĂ©unis dans La Bonne Chanson. 

On dit bien temporairement hein, parce qu’il rechute trĂšs vite dans la violence et l’alcool, divorce en 1874 pour se tailler avec Arthur Rimbaud, qu’il agresse avant de finir en prison (Mood). Romances sans Paroles (1874) est Ă  nouveau beaucoup plus sombre. 

Un lyrisme plus traditionnel ?

Le critique littĂ©raire Jean-Michel Maulpoix, dans une Ă©tude trĂšs connue sur le lyrisme, explique que le lyrisme verlainien s’exprime par des vers impairs et la tonalitĂ© mĂ©lancolique. Ces caractĂ©ristiques sont un peu moins prĂ©sentes dans ce recueil. En le lisant, n’oublie pas qu’il est directement adressĂ© Ă  une ado de 16 ans : 

👉 Il la cĂ©lĂšbre par un chant Ă©logieux, Ă  l’image des odes ou hymnes antiques. Le terme de “chanson” renvoie Ă  une tonalitĂ© lĂ©gĂšre et joyeuse, comme l’adjectif mĂ©lioratif “bonne”. 

👉 La forme est plus simple : beaucoup de rimes plates (AABB), les vers sont pairs. 

Ça ne veut pas non plus dire que l’écrivain est devenu flemmard. Au contraire, son style poĂ©tique est en train de s’affirmer. Il est encore coincĂ© entre : 

  • Les inspis’ romantiques et parnassiennes, trĂšs attachĂ©es aux formes traditionnelles (comme c’était le cas pour PoĂšmes saturniens). 

Une dimension trÚs musicale apportée par un style épuré et une forme simplifiée, comme dans Romances sans paroles.

À lire aussi

Une fiche de lecture de “Mon rĂȘve familier” pour mieux comprendre les PoĂšmes saturniens.

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La lune blanche Verlaine : dans l’Ɠuvre 📖

#ïžâƒŁ 1 : Une atmosphĂšre rĂ©confortante

💡 Fais gaffe !

Regarde la poĂ©sie suivante, “Le bruit des cabarets, la frange des tiroirs”, qui est pile Ă  la moitiĂ© du recueil. Mathilde MautĂ© n’y est pas du tout Ă©voquĂ©e. Bizarre, non ? Elle contraste aussi avec “La lune blanche” par son cadre urbain inquiĂ©tant.

En gros, Mathilde incarne une sorte de “paradis” qui rattrape sa vie pas du tout sexy 👇

C’est ça, le “bitume dĂ©foncĂ©â€ ?đŸ€”

Bitume dĂ©foncĂ©, ruisseaux comblant l’Ă©gout, / VoilĂ  ma route — avec le paradis au bout.

“Le bruit des cabarets, la frange des tiroirs”

Comme pour sa cousine Elisa, son amour de toujours, il est attirĂ© par des femmes qui le comprennent et comblent sa solitude de mec qui ne trouve pas sa place dans le monde rĂ©el. 

👉 Dans la poĂ©sie que t’étudies, son amante l’accompagne dans son propre univers poĂ©tique (oĂč il fait poto-poto avec des arbres) et l’apaise. 

Comme pour sa cousine Elisa, son amour de toujours, il est attirĂ© par des femmes qui le comprennent et comblent sa solitude de mec qui ne trouve pas sa place dans le monde rĂ©el. 

👉 Dans la poĂ©sie que t’étudies, son amante l’accompagne dans son propre univers poĂ©tique (oĂč il fait poto-poto avec des arbres) et l’apaise. 

#ïžâƒŁ 2 : L’inspiration symboliste

💡 Fais gaffe !

Les piĂšces du recueil n’ont pas de titre. “La lune blanche” n’est que le premier vers du recueil. À ton avis, d’oĂč vient la source d’inspiration ? De la nature Ă  la nuit tombĂ©e ? De la “bien-aimĂ©e” quasiment absente ? Surement un peu des deux 😉 Regarde “Clair de lune” des FĂȘtes galantes oĂč les deux sont complĂštement mĂȘlĂ©s !👇

Votre Ăąme est un paysage choisi

Clair de Lune

Le poĂšte teste, influencĂ© par le mouvement symboliste et surtout par son pote Baudelaire. Dans les deux recueils de 1869 et 1872, il figure ses Ă©motions Ă  travers des rĂ©fĂ©rences musicales et picturales : on croirait presque qu’il nous dĂ©crit un tableau ! Dans les Fleurs du Mal, “Harmonie du soir” ou “Le Jet d’eau” font penser Ă  ça, non ? 

👉 La particularitĂ© de Verlaine, c’est de se servir de cette figuration pour construire son propre univers poĂ©tique. Il a simplement tendance Ă  se confondre, lui, avec le monde. Why not đŸ€·

À lire aussi

#ïžâƒŁ 3 : Une forme Ă©purĂ©e

Au fil de ses Ɠuvres, l’écrivain simplifie de plus en plus la forme poĂ©tique, dans la recherche de la musicalitĂ©. Retrouve ça dans le titre d’autres textes comme “Chanson d’automne” (PoĂšmes saturniens) 👇

Les sanglots longs / Des violons / De l’automne

« Chanson d’automne »

Et COMME PAR HASARD, celui-ci est aussi composé de vers de quatre syllabes !

💡 Le savais-tu ?

Depuis l’AntiquitĂ©, le vers traditionnel pour l’expression lyrique est l’octosyllabe (le vers de 8 syllabes). Dans le poĂšme, il est coupĂ© en deux. LĂ  oĂč ça se complique, c’est que ces vers de quatre syllabes sont rĂ©unis par cinq (quintiles), suivis d’un vers isolĂ©. 

En bref, l’écrivain fait trop le fou avec la forme, en composant un rythme impair. 

À lire aussi

Un récap de toutes les formes poétiques à connaßtre !

La Lune Blanche de Verlaine : le texte

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La lune blanche analyse 

Si t’as bien compris, la structure est faite pour ĂȘtre dĂ©composĂ©e en trois parties, chacune composĂ©e d’un quintile et d’un monostiche. C’est parti pour l’analyse ! 🚀

Propositions de problématiques

  • Dans quelle mesure le paysage figure-t-il l’univers poĂ©tique de l’écrivain ?
  • En quoi le poĂšme est-il lyrique ?
  • Comment la prĂ©sence de la femme aimĂ©e se dĂ©cĂšle-t-elle dans le poĂšme ?

Mouvement 1 : La figuration de l’inspiration poĂ©tique đŸŽ¶

Quintile 1 : L’entrĂ©e dans un univers poĂ©tique

✒ La lune blanche

  • Avec cette mention, tu entres dans un paysage lunaire. Le blanc est une couleur paradoxale : c’est Ă  la fois la paix et la lumiĂšre et en mĂȘme temps la froideur. 
  • Le pronom dĂ©monstratif “la” la prĂ©sente comme une rĂšf’ commune. La nature est vue Ă  travers un filtre poĂ©tique et mĂ©lancolique habituel pour l’écrivain. 

Toi-mĂȘme tu sais 😎

 âœ’ Luit dans les bois ;

  • Le fait de couper l’octosyllabe en deux, ça crĂ©e un enjambement : le verbe “luire” est renvoyĂ© Ă  la ligne. Ça instaure un mouvement descendant autant dans la lecture que dans le tableau : la lumiĂšre descend vers la forĂȘt.
  • L’opposition Ă  la rime entre le blanc et les bois est accentuĂ©e par l’allitĂ©ration en [b]. Elle instaure un contraste entre le noir (l’intĂ©rioritĂ©) et le blanc (le sentiment amoureux). 

 âœ’ Luit dans les bois ;

  • Le fait de couper l’octosyllabe en deux, ça crĂ©e un enjambement : le verbe “luire” est renvoyĂ© Ă  la ligne. Ça instaure un mouvement descendant autant dans la lecture que dans le tableau : la lumiĂšre descend vers la forĂȘt.
  • L’opposition Ă  la rime entre le blanc et les bois est accentuĂ©e par l’allitĂ©ration en [b]. Elle instaure un contraste entre le noir (l’intĂ©rioritĂ©) et le blanc (le sentiment amoureux). 

 âœ’ Luit dans les bois ;

  • Le fait de couper l’octosyllabe en deux, ça crĂ©e un enjambement : le verbe “luire” est renvoyĂ© Ă  la ligne. Ça instaure un mouvement descendant autant dans la lecture que dans le tableau : la lumiĂšre descend vers la forĂȘt.
  • L’opposition Ă  la rime entre le blanc et les bois est accentuĂ©e par l’allitĂ©ration en [b]. Elle instaure un contraste entre le noir (l’intĂ©rioritĂ©) et le blanc (le sentiment amoureux). 
  • L’allitĂ©ration en liquides ([L]) et en labiales ([b] et [m]) Ă©voque une musique douce et glissante vers le bas : c’est la parole poĂ©tique.

💡 Fais-gaffe !

La ponctuation crée la coupure rythmique avec les vers suivants qui fonctionnent aussi par paires.

✒ De chaque branche / Part une voix

  • Facile ! Tu retrouves le mĂȘme mouvement descendant. Cette fois-ci, c’est carrĂ©ment la crĂ©ation poĂ©tique qui dĂ©barque pour faire naĂźtre le poĂšme.
  • Le dĂ©terminant indĂ©fini “une” placĂ© sous l’accent s’oppose Ă  l’adverbe “chaque” : la source d’inspi est unique.
  • L’allitĂ©ration en [che] donne l’impression d’entendre un chuchotement : le lyrisme verlainien se fait en mode mineur. Il vĂ©hicule un Ă©tat intĂ©rieur mĂ©lancolique.

✒ Sous la ramĂ©e…

  • L’adverbe de lieu “sous” continue ce mouvement descendant ! (La rĂ©pĂ©tition est le secret de l’enseignement, non ?)
  • Les points de suspension introduisent l’enjambement vers la strophe suivante : ça crĂ©e un rythme dissonant et bancal, Ă  l’image de la musique discordante du mĂ©lancolique. 

Monostiche 1 : Le surgissement de la femme désirée

✒ Ô bien-aimĂ©e.

  • On parle de rejet, pour la fin de la phrase. Ça introduit un effet de retardement : on sait enfin qui appartient cette mystĂ©rieuse “voix”.

Le “î” lyrique a une fonction performative : il fait surgir la femme dĂ©sirĂ©e. Elle vient habiter le monde intĂ©rieur et est source de crĂ©ation poĂ©tique.

  • De mĂȘme, la rime fĂ©minine en [Ă©e] est suivie entre les deux strophes. C’est comme si la femme imprĂ©gnait la poĂ©sie petit Ă  petit.

À lire aussi

Mouvement 2 : Une peinture mĂ©lancolique 

Quintile 2 : Le paysage intérieur

✒ L’Ă©tang reflĂšte, / Profond miroir,

  • La structure se rĂ©pĂšte : une seule phrase s’étend sur six vers pour introduire un mouvement descendant vers la femme dĂ©sirĂ©e. 
  • L’incise “profond miroir” t’empĂȘche de savoir immĂ©diatement ce qui est reflĂ©tĂ© (elle retarde le COD si tu prĂ©fĂšres). Et pourquoi ? Suspens
 Tu dois juste avoir l’impression que le fameux reflet prend tout l’espace. 

✒ La silhouette / Du saule noir

  • L’arbre est personnifiĂ© en une “silhouette”, qui Ă©voque une forme humaine. 
  • La couleur “noir” s’oppose Ă  la rime au “miroir” : il y a un contraste entre la lumiĂšre du reflet et obscuritĂ©. Et ça ne va pas te surprendre, cette noirceur qualifie la mĂ©lancolie verlainienne ! 

En bref : le monde poĂ©tique qui est dĂ©crit est un “miroir” lumineux de l’ñme du solitaire, figurĂ© par le saule. C’est renforcĂ© par le pronom dĂ©fini “du”. Capito ? 🙃

💡 Le savais-tu ?

Dans l’AntiquitĂ© puis au Moyen-Âge, on pensait qu’il y avait dans le corps humain un liquide, la “bile noire” qui rendait mĂ©lancolique !

✒ OĂč le vent pleure


Bon bah lĂ , on ne peut pas faire plus explicite : les Ă©lĂ©ments de la nature constituent une mĂ©taphore filĂ©e des Ă©motions de l’écrivain ! 

À lire aussi

✅  L’analyse d’Il pleure dans mon cƓur pour mieux comprendre cette figuration mĂ©lancolique.

Monostiche 2 : L’union du poùte et de l’amante

✒  RĂȘvons, c’est l’heure.

  • Eh oui chez Paul, les bad moods font rĂȘver et il invite mĂȘme son amante Ă  se joindre Ă  lui : tu le vois par le verbe Ă  l’impĂ©ratif.
  • Le “rĂȘve” s’apparente ici Ă  la langueur mĂ©lancolique : l’état idĂ©al pour la crĂ©ation poĂ©tique.
  • En bref : la nuit tombĂ©e, la mĂ©lancolie c’est le date parfait ! 
👆 She vs. Verlaine đŸ„”

Mouvement 3 : Le réconfort du sentiment amoureux

 Quintile 3 : Du tourment Ă  la paix intĂ©rieure

✒  Un vaste et tendre / Apaisement 

  • Le sentiment “d’apaisement” imprĂšgne l’univers poĂ©tique : il s’étale sur tout le vers. 
  • C’est accentuĂ© par le double qualificatif et notamment l’adjectif “vaste”. La “tendresse” pour le coup est Ă  attribuer Ă  la femme dĂ©sirĂ©e.

✒  Semble descendre / Du firmament

  • Le verbe “sembler” introduit un sentiment d’incertitude. Il rappelle l’instabilitĂ© de l’écrivain en proie Ă  la mĂ©lancolie. La paix n’est que temporaire ! 
  • Le complĂ©ment d’objet indirect “du firmament” rappelle aussi qu’elle est extĂ©rieure au monde poĂ©tique et inhabituelle.

✒ Que l’astre irise…

L’avant-derniùre strophe rappelle la premiùre, dans un effet de boucle.

 Monostiche 3 : Une temporalitĂ© brouillĂ©e 

✒ C’est l’heure exquise.

  • La fin trĂšs ambivalente ! Le dĂ©monstratif “c’est” montre une distance avec l’heure du sentiment amoureux (la sensualitĂ© est signifiĂ©e par l’adjectif exquis). Le rapport au temps est ainsi perturbĂ© par le regard mĂ©lancolique.

Le terme “l’heure” renforce l’effet cyclique et la durĂ©e dĂ©terminĂ©e de cet instant de bonheur. On dĂ©cĂšle finalement une forme d’urgence : Ă  peine arrivĂ©, le bonheur menace dĂ©jĂ  de disparaĂźtre ! 

VoilĂ , tu sais commenter et analyser La lune blanche de Verlaine ! Si tu veux en savoir plus sur ses Ă©crits les plus connus, va vite voir les autres analyses sur le blog 😉 

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  1. Bonjour et merci pour votre analyse ! Je tenais Ă  quelques prĂ©cisions grammaticales : « la » dans « La lune blanche » n’est pas, me semble-t-il, un pronom dĂ©monstratif mais un article dĂ©fini ; de mĂȘme, « du » dans « du saule noir » n’est pas un pronom dĂ©fini mais un article dĂ©fini contractĂ©

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  1. Bonjour et merci pour votre analyse ! Je tenais Ă  quelques prĂ©cisions grammaticales : « la » dans « La lune blanche » n’est pas, me semble-t-il, un pronom dĂ©monstratif mais un article dĂ©fini ; de mĂȘme, « du » dans « du saule noir » n’est pas un pronom dĂ©fini mais un article dĂ©fini contractĂ©

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