La Turquie : puissance mondiale au carrefour de 3 continents

Francois Vuillerme - Mis Ă  jour le 18/10/2021
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Officiellement crĂ©Ă©e en 1923, la Turquie est parvenue, en moins de 100 ans, Ă  devenir une puissance incontournable que l’on ne peut pas mettre de cĂŽtĂ© lorsque l’on aborde les grandes questions gĂ©opolitiques du XXIe siĂšcle. Comment, en un si court laps de temps, le pays a-t-il pu se dĂ©velopper au point de pouvoir faire pression sur les pays occidentaux, nations bien plus vieilles et dont la puissance est assise depuis des siĂšcles ? C’est ce qu’on va voir dans cet article ! 😄

đŸ‘‰đŸ» Depuis 2003, Recep Tayyip Erdogan, d’abord premier ministre puis prĂ©sident de la Turquie Ă  partir de 2014 (et rĂ©Ă©lu en 2018), n’aura de cesse d’amĂ©liorer le pays pour lui faire retrouver sa grandeur d’antan. Son objectif est clair : refaire de la Turquie une puissance mondiale qui compte et qui a son mot Ă  dire dans les affaires internationales.

Avec une armĂ©e chaque annĂ©e plus importante, une diffusion de sa culture et l’utilisation de divers leviers de pression sur ses adversaires, la Turquie semble devenir un incontournable de la gĂ©opolitique mondiale. Sa position entre diffĂ©rents mondes lui offre un avantage non nĂ©gligeable dans la recomposition actuelle des puissances.

A travers cet article, les Sherpas te proposent de comprendre comment la puissance turque s’établit : quels sont les points forts de ce modĂšle (ainsi que ses dĂ©fauts) et quelles sont les tensions actuelles que rencontre le pays ? 🧐

De l’Empire Ottoman au rĂ©gime d’AtatĂŒrk â±ïž

Pour comprendre les dynamiques entourant la stratĂ©gie d’Erdogan aujourd’hui, il est indispensable de regarder en arriĂšre et de connaĂźtre l’histoire de la Turquie.

Avant 1923, la Turquie n’existait pas, tout simplement. Le territoire Ă©tait occupĂ© par l’Empire Ottoman, vaste empire s’étendant tout autour de la MĂ©diterranĂ©e, aussi bien en Europe qu’en Asie ou qu’en Afrique.
Grand perdant de la PremiĂšre Guerre mondiale, l’Empire Ottoman est dĂ©mantelĂ© en 1920, date du TraitĂ© de SĂšvre. Il est important de noter que ce dĂ©mantĂšlement sera vĂ©cu comme un traumatisme et poussera une partie du peuple Ă  se rebeller contre le gouvernement aprĂšs 1920.

💡 La Turquie, telle qu’on la connaĂźt aujourd’hui, est fondĂ©e en 1923 par Mustafa Kemal AtatĂŒrk, hĂ©ros national qui a rĂ©sistĂ© Ă  l’occupation et est parvenu Ă  crĂ©er la RĂ©publique de Turquie, proclamant ainsi son indĂ©pendance. L’ancienne capitale ottomane, Istanbul, perd son pouvoir au profit d’Ankara, ville depuis laquelle les partisans de Mustafa Kemal ont menĂ© la rĂ©volte.

👉 C’est pourquoi, malgrĂ© la perte considĂ©rable de ses territoires, on peut dĂ©cemment parler de l’actuelle Turquie comme l’hĂ©ritiĂšre de l’Empire Ottoman.

Devenu prĂ©sident, Mustafa Kemal AtatĂŒrk occidentalise le pays, crĂ©ant ainsi une vĂ©ritable rupture avec le passĂ© ottoman. La Turquie devient par ailleurs laĂŻque, abandonnant son hĂ©ritage islamique. Il s’agit d’un changement majeur. L’occidentalisation du pays passera par l’obtention du droit de vote pour tous (ce qui reprĂ©sente une avancĂ©e majeure pour les droits des femmes), la fin de la polygamie ou encore le choix d’un alphabet latin, au dĂ©triment de l’alphabet arabe.

Mais pourquoi avoir occidentalisé la nation ?

L’objectif derriĂšre l’occidentalisation et la laĂŻcisation du pays Ă©tait double. La premiĂšre raison est bien entendu liĂ©e Ă  une question de dĂ©veloppement: la Turquie, naissante, au milieu de puissances riches, a besoin de s’enrichir Ă  son tour et de garantir un mode de vie convenable Ă  son peuple.

Elle souhaite devenir prospĂšre, avant mĂȘme de redevenir grande. Les Istanbuliotes et les Ankariens (mais pas que !) habitaient au cƓur des activitĂ©s Ă©conomiques et culturelles d’un empire gigantesque.

💡 Mustafa Kemal avait besoin de solidifier son pouvoir pour faire durer la nation turque dans le temps ; ceci passe par le dĂ©veloppement des villes et des campagnes. L’occidentalisation et la laĂŻcisation permettent Ă  la Turquie d’ĂȘtre reconnue par les grandes puissances libres.

Proche des occidentaux, la Turquie kĂ©maliste se sent protĂ©gĂ©e et peut s’épanouir. Elle bĂ©nĂ©ficiera du plan Marshall amĂ©ricain et entrera dans l’OTAN en 1951. On peut donc voir une Turquie proche de l’Occident au dĂ©but de la Guerre froide, les troupes turques participant par ailleurs Ă  la guerre de CorĂ©e sous la banniĂšre des USA.

La deuxiĂšme raison est celle d’une unification de la population. L’Empire Ottoman Ă©tait vaste, et donc composĂ© d’une myriade de peuplades diffĂ©rentes. La Turquie possĂšde donc diffĂ©rents peuples qu’il faut unir Ă  tout prix afin de fonder la base d’une nation solide.

De l’Empire Ottoman, multiculturel, Mustafa Kemal AtatĂŒrk dĂ©sire fonder une vĂ©ritable civilisation turque. Le parti rĂ©publicain au pouvoir va donc prĂ©senter six axes (appelĂ©s « flĂšches ») dans son programme visant Ă  la crĂ©ation d’une nation turque Ă  part entiĂšre.

Les six flÚches du parti républicain

  • La LaĂŻcitĂ© = LaĂŻciser la sociĂ©tĂ© et la culture turque
  • Le Nationalisme = LibĂ©rer le peuple du cadre impĂ©rial, fondation d’un Etat national
  • Le Populisme = Construire une nation sur les besoins du peuple et des classes les moins aisĂ©es ; en finir avec les empereurs qui sont en dehors des rĂ©alitĂ©s du citoyen
  • Le RĂ©publicanisme = Garantir la libertĂ© du peuple
  • L’Étatisme = Faire jouer un rĂŽle plus prĂ©pondĂ©rant Ă  l’Etat dans la vie du citoyen (au niveau Ă©conomique, social, environnemental, etc.)
  • Le RĂ©formisme = moderniser la Turquie afin d’en finir avec le sous-dĂ©veloppement

💡 AtatĂŒrk parviendra ainsi Ă  amĂ©liorer nettement l’image de la Turquie. SurnommĂ© encore aujourd’hui le « PĂšre des Turcs », il devient un symbole national trĂšs fort. Erdogan n’a lui-mĂȘme jamais touchĂ© Ă  ce symbole, et cela mĂȘme si certaines bases kĂ©malistes, comme la laĂŻcitĂ©, ont Ă©tĂ© bien entachĂ©es par l’AKP, le parti islamiste et conservateur actuellement au pouvoir.

Cependant, il est important de rappeler que les critiques vis-Ă -vis de Mustafa Kemal AtatĂŒrk se font de plus en plus vives par les islamistes en Turquie, accusant AtatĂŒrk d’avoir Ă©tĂ© un traĂźtre Ă  la religion. đŸŒĄïž Cette augmentation des critiques contre “le hĂ©ros” est corrĂ©lĂ©e avec l’islamisation de la sociĂ©tĂ© turque depuis quelques annĂ©es.

Erdogan et le nĂ©o-ottomanisme đŸ€š

On a prĂ©cĂ©demment abordĂ© une certaine scission entre la vision kĂ©maliste de la sociĂ©tĂ© turque (libĂ©ration de la femme, laĂŻcitĂ©, rĂ©publicanisme
) et celle du prĂ©sident et de son parti, l’AKP (Parti de la justice et du dĂ©veloppement). On va dĂ©sormais aborder les diffĂ©rences apportĂ©es par Erdogan depuis le dĂ©but de son mandat.

Erdogan et le néo-ottomanisme

Qu’est-ce que le NĂ©o-Ottomanisme ?

💡 Il s’agit d’une doctrine visant Ă  augmenter l’influence de la Turquie dans les anciennes rĂ©gions dominĂ©es par les Ottomans. Cette doctrine possĂšde deux axes :

  • La reconstruction d’une identitĂ© nationale forte.
  • L’appui des initiatives de la Turquie Ă  l’extĂ©rieur en suivant la logique des “sphĂšres d’influences” (c’est-Ă -dire en Ă©tant actifs sur les territoires proches tout en gardant une accroche avec les territoires les plus Ă©loignĂ©s = plus on est proche de la Turquie, plus la Turquie possĂšde une influence forte).

Il existe deux pĂ©riodes nĂ©o-ottomanes dans l’histoire de la Turquie, mais on n’abordera que celle concernant le pouvoir actuel et thĂ©orisĂ© par Davutoglu, ministre des Affaires Ă©trangĂšres de 2009 Ă  2014 (la premiĂšre datant des annĂ©es 90).

Son objectif Ă©tait d’axer la stratĂ©gie extĂ©rieure du pays sur la rhĂ©torique dite de « rencontre des civilisations » : le but est de profiter de la position gĂ©ographique de la Turquie afin de faire de la nation un Etat central dans la hiĂ©rarchie des puissances.

đŸŒĄïž En devenant cette puissance au cƓur des civilisations de l’Ancien Monde, la Turquie devrait, en thĂ©orie, devenir une puissance globale via les Ă©changes et la diffusion de son modĂšle sur ses voisins.

La Turquie possÚde de nombreux objectifs lui permettant de devenir incontournable dans sa région ou afin de renforcer son propre pays selon la doctrine néo-ottomane :

  • Elle peut (et va) s’appuyer sur l’Islam qui devient une mĂ©thode de diffusion d’une culture et d’une vision turque. L’Islam peut servir afin d’unifier les peuples sous une mĂȘme idĂ©ologie. Le neo-ottomanisme est donc la volontĂ© de faire de la Turquie une puissance islamiste faisant rayonner sa vision de l’Islam sur ses voisins, voire sur le monde (diffusion notamment en Afrique).
  • Elle doit Ă©largir sa citoyennetĂ© aux minoritĂ©s anciennement ottomanes afin de consolider un sentiment d’appartenance national se basant sur cette histoire commune.
  • La Turquie doit pouvoir agir efficacement et durablement sur les anciens territoires de l’Empire Ottoman, avec qui elle pourra de ce fait nouer des liens Ă©troits et sincĂšres.
  • Elle se doit d’avoir un activisme Ă  un niveau global, selon la vision des cercles concentriques, afin de faire de la Turquie une puissance gĂ©opolitique mĂ©ritant sa place sur la scĂšne internationale, au mĂȘme titre que l’Empire Ottoman Ă  son Ă©poque.
  • Elle doit faire de sa position gĂ©ographique Orient/Occident une force, et ne pas subir un affaiblissement dĂ» aux civilisations Ă  l’Ouest et Ă  l’Est.

💡 Ce projet nĂ©o-ottoman est de plus en plus visible dans la politique turque et devient clairement assumĂ© aujourd’hui. L’AKP est ainsi passĂ© d’une vision « pro-UE» et rĂ©formatrice Ă  ses dĂ©buts Ă  une vision populiste-nationaliste.

ConfortĂ© par les rĂ©sultats Ă©lectoraux de son parti depuis une vingtaine d’annĂ©es, Erdogan n’hĂ©site plus Ă  se montrer conservateur, et Ă  opĂ©rer de profonds changements. Que ce soit par la transformation de la basilique Sainte-Sophie en mosquĂ©e, les interventions militaires sur les sols libyens, syriens et irakiens, ou encore les prĂ©dations Ă©nergĂ©tiques en mer, la Turquie montre sa volontĂ© d’asseoir son rĂŽle de leader sur les anciens territoires de l’Empire Ottoman, quitte Ă  dĂ©tricoter l’hĂ©ritage kĂ©maliste.

Cependant, ce passage Ă  la vitesse supĂ©rieure par l’AKP n’est pas bien perçu par une partie de la population, dĂ©nonçant un agenda cachĂ© qui auraient pour but d’amener l’islamisation totale de la sociĂ©tĂ©. L’AKP, au dĂ©part plutĂŽt « doux » et rĂ©formiste, endormirait les progressistes par de nombreuses avancĂ©es kĂ©malistes (comme l’envie de se rattacher Ă  l’Union europĂ©enne, qui serait fallacieuse et n’aurait jamais Ă©tĂ© prĂ©vue par le parti en place).

đŸŒĄïž Depuis, l’AKP tient un discours chaque fois plus musclĂ© et thĂ©ocratique, n’hĂ©sitant pas Ă  museler l’opposition, les mĂ©dias, les autres partis et mĂȘme l’armĂ©e !

đŸŒĄïž Cette question de l’islamisation de la sociĂ©tĂ© turque, ainsi que celle de l’augmentation des pouvoirs dans les mains du prĂ©sident interpellent la population. Depuis 2011, l’AKP noue des liens forts avec tous les partis issus des FrĂšres Musulmans, dans la rĂ©gion. Finalement, cette volontĂ© de mettre l’Islam au cƓur du projet turque n’est pas aussi rĂ©cente que certains le pensent.

Les bases de la puissance turque đŸ’Ł

L’assise de la puissance turque ainsi que son dĂ©ploiement sur ses voisins possĂšdent deux objectifs distincts, que l’on a dĂ©jĂ  un peu abordĂ© prĂ©cĂ©demment :

Devenir une puissance Ă©mergente dans les instances supranationales

Le premier objectif est celui de devenir une puissance Ă©mergente ayant une voix qui compte dans les instances supranationales.

Plus que le nĂ©o-ottomanisme, la Turquie possĂšde une vision globale qui ne s’arrĂȘte pas Ă  sa sphĂšre d’influence directe. La Turquie cherche un statut international lui garantissant une certaine indĂ©pendance ainsi qu’une certaine autonomie.

La Turquie comme puissance mondiale est un objectif assumé par le gouvernement en place. Désireuse de maßtriser ses relations internationales, la Turquie souhaite devenir une nation incontournable du fait de son positionnement géographique.

💡 C’est aussi pour cela que la Turquie se dĂ©ploie en Afrique et dans certains pays lĂ©sĂ©s par les occidentaux Ă  l’instar du Soudan. L’implantation en Afrique de la part d’Erdogan est plutĂŽt un succĂšs.

En Ă©tendant l’Islam et ses partenariats avec certaines zones d’Afrique, le pays parvient Ă  dĂ©velopper son commerce externe en augmentant ses partenaires tout en profitant d’un marchĂ© croissant sur place.

đŸŒĄïž Cette stratĂ©gie tournĂ©e vers l’Afrique permettra Ă  la Turquie d’obtenir le droit de gĂ©rer l’üle de Suakin (Soudan) et son port dĂšs 2017 ce qui offre une porte sur la mer Rouge : il s’agit d’une avancĂ©e considĂ©rable en termes de stratĂ©gie pour la Turquie. L’Afrique est un champ de dĂ©ploiement trĂšs avantageux pour la Turquie : depuis 2018, Erdogan a multipliĂ© par trois le nombre d’ambassades en Afrique, et a voyagĂ© plus d’une centaine de fois sur le continent.

La Turquie comme carrefour énergétique

Le second objectif est celui de devenir un carrefour Ă©nergĂ©tique en profitant de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient (MO), de l’Asie et de la Russie.

Cette volontĂ© Ă©nergĂ©tique est cruciale pour comprendre la stratĂ©gie turque aujourd’hui : pauvre en ressource Ă©nergĂ©tique, le pays importe 90% de sa consommation personnelle d’hydrocarbure.

Il lui faut donc assurer son approvisionnement et trouver des mĂ©thodes pour amĂ©liorer son autonomie, alors que ses besoins sont en pleine croissance. đŸŒĄïž La politique agressive de la Turquie sur ses pĂ©riphĂ©ries maritimes ainsi que ses liens avec certaines puissances ne peuvent pas s’expliquer sans aborder les flux d’hydrocarbures.

Les hydrocarbures et l'armée turque

💡 Trop dĂ©pendante de l’Iran et de la Russie actuellement, elle a besoin de dĂ©velopper ses liaisons afin de garantir son approvisionnement.

Cette question des hydrocarbures occupe l’esprit des diplomates : il leur faut assurer la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique par une diversification des partenaires. Cette question des hydrocarbures amĂšne aussi la Turquie Ă  renforcer sa position en MĂ©diterranĂ©e dans le but d’exploiter de nouvelles ressources, mais cela pose des problĂšmes et on y reviendra plus tard.

Ces deux objectifs expliquent actuellement de nombreux mouvements stratĂ©giques opĂ©rĂ©s par la Turquie. Le pays s’affirme au MO pour ses besoins personnels ainsi que pour montrer sa capacitĂ© d’action, qu’elle peut stabiliser une rĂ©gion reconnue comme difficile.

đŸ’„ En parvenant Ă  avoir un poids au MO et en prenant part aux combats en Irak et en Syrie, la Turquie entend bien dĂ©montrer sa place de pivot dans la rĂ©gion, tout en se rapprochant de certains partenaires importants pour ses besoins Ă©nergĂ©tiques et tout en dĂ©montrant ses capacitĂ©s afin de rayonner auprĂšs de l’UE et du reste du monde.
Tout ceci fait partie intĂ©grante de sa stratĂ©gie visant Ă  faire de la Turquie une puissance mondiale. Cette nouvelle puissance turque doit donc savoir lier cette question complexe de l’énergie avec sa volontĂ© de devenir un partenaire dont le poids gĂ©opolitique est prĂ©pondĂ©rant.

Cette puissance turque se dĂ©marque et se dĂ©veloppe par…

  • La diffusion d’un Islam « turc » et le dĂ©ploiement des ambassades. La Turquie est aujourd’hui l’un des pays ayant le meilleur indice diplomatique au monde (5e rĂ©seau diplomatique mondial), avec 142 ambassades et 174 consulats. Elle diffuse une culture turque qui fait partie intĂ©grante de sa stratĂ©gie.
  • Une prĂ©sence accrue dans les instances supranationales : OTAN, G20, grande prĂ©sence Ă  l’ONU, Ă  l’Organisation de la CoopĂ©ration Islamique
elle est considĂ©rĂ©e comme un acteur de poids, surtout dans sa rĂ©gion.
  • La puissance du tourisme et de Turkish Airlines, la compagnie qui dessert le plus grand nombre de pays avec 120 destinations. En ce qui concerne le tourisme, la Turquie a connu un essor impressionnant durant les dix derniĂšres annĂ©es : elle est dĂ©sormais le 10e pays avec le plus grand nombre de touristes Ă©tranger, et le 8e en termes de revenus de son activitĂ© touristique.
  • L’essor des entreprises turques dans l’industrie et dans l’agriculture. Avec une population nombreuse et jeune, la Turquie entend bien garder ses performances Ă©conomiques et attirer les investisseurs de ce fait.
    Le dĂ©veloppement de l’entrepreneuriat a pu se rĂ©aliser grĂące Ă  la libĂ©ralisation de son Ă©conomie, aprĂšs des dĂ©cennies de protectionnisme oĂč l’Etat a conçu de nombreuses entreprises publiques florissantes.
    De plus, la Turquie a su investir stratĂ©giquement sur des secteurs comme le textile, l’automobile, l’agroalimentaire ou l’exploitation miniĂšre ce qui va donc donner Ă  l’économie un second souffle, alimentant la puissance de la Turquie et garantissant sa solvabilitĂ© et sa crĂ©dibilitĂ© aux yeux des partenaires.
  • La possibilitĂ© d’utiliser des leviers de pression importants face Ă  ses adversaires : utilisation de drones armĂ©es (et donc d’avancĂ©es scientifiques indĂ©niables) face aux pays alentours bien moins dĂ©veloppĂ©s, ou encore sa capacitĂ© de fermer ou ouvrir le « robinet migratoire » afin de faire pression sur l’Union europĂ©enne, en profitant de l’instabilitĂ© de la Syrie, de la Libye et de l’Irak.
  • Le besoin d’énergie de l’Union europĂ©enne. La Turquie est frontaliĂšre avec des rĂ©gions reprĂ©sentant 70 % des ressources mondiales d’hydrocarbure : l’acheminement de ses ressources vers l’Europe passe nĂ©cessairement par la Turquie, ce qui fait de l’énergie un levier majeur de la politique turque, bien qu’elle soit assez pauvre en hydrocarbure par lui-mĂȘme (d’oĂč l’avantage d’ĂȘtre un « carrefour entre les mondes »).

Au niveau du hard power : la Turquie comme puissance militaire mondiale ?

Nouvelle puissance turque

💡 Commençons par un chiffre clair : La Turquie est dans le top 10 des plus grandes puissances militaires mondiales. Il s’agit de la 2e plus grande armĂ©e de l’OTAN (aprĂšs les US bien entendu).

đŸ’„ Selon l’International Institute for Strategic Studies (IISS), son armĂ©e regroupe 400 000 hommes dans l’ArmĂ©e de Terre, 60 000 personnes dans l’ArmĂ©e de l’Air et environ 50 000 hommes dans la Marine. On peut ajouter Ă  cela plus de 300 000 rĂ©servistes. Il s’agit donc d’une armĂ©e nombreuse, qui joue sur sa quantitĂ© d’hommes Ă  disposition.

La puissance militaire du pays est rĂ©elle sur la quantitĂ© de soldats, mais est-elle Ă  niveau en ce qui concerne le matĂ©riel militaire ? đŸ€š

Elle n’est effectivement pas une puissance nuclĂ©aire, ce qui est un dĂ©faut stratĂ©gique considĂ©rable pour toute puissance souhaitant connaĂźtre une dimension mondiale, et ses infrastructures sont vieillissantes.
MalgrĂ© cela, l’arsenal militaire de la Turquie s’est dĂ©veloppĂ© depuis les annĂ©es 90 et elle possĂšde actuellement 13 sous-marins et plus de 360 avions de combat. Cette force marine est cruciale afin de garantir une pression continue sur les zones alentour dans sa constante bataille pour les hydrocarbures en mer MĂ©diterranĂ©e.

💡 Il est important de notifier que la puissance militaire turque aujourd’hui s’est considĂ©rablement dĂ©veloppĂ©e grĂące au soutien d’un secteur industriel militaire trĂšs prĂ©sent sur le sol turc. Le pays jouit d’un vaste rĂ©seau d’entreprises aussi bien privĂ©es que publiques qui assurent l’amĂ©lioration continue des productions militaires. PrĂšs de 530 entreprises constituent un gigantesque tissu industrialo-militaire, sur lequel bien entendu le gouvernement actuel a su s’appuyer.

đŸŒĄïž Depuis l’arrivĂ©e de l’AKP au pouvoir, on note Ă©galement une hausse significative du budget de l’armĂ©e. Aujourd’hui, ce budget reprĂ©sente 1,9% du PIB total de la Turquie, soit 25 milliards de dollars en 2020 (elle ne dĂ©pensait “que” 18 milliards l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente !). On assiste lĂ  au dĂ©ploiement d’une nouvelle puissance turque, Erdogan souhaitant dĂ©velopper le “Made In Turkey” pour son armement, afin de ne plus ĂȘtre indĂ©pendant du matĂ©riel occidental.

Les tensions entre la Turquie et la sphĂšre internationale đŸ’„

💡 L’idĂ©ologie nationaliste turque couplĂ©e aux besoins Ă©nergĂ©tiques croissants poussent la Turquie Ă  prendre position face Ă  certaines puissances et Ă  agir activement sur certains territoires, quitte Ă  provoquer la fureur des voisins. Ses positions face Ă  la Syrie ou encore son jeu d’équilibriste avec l’Irak en sont des exemples probants qu’on va dĂ©velopper. Par ailleurs, ses dĂ©sirs de prĂ©dations sur Chypre, ses actions contre les minoritĂ©s Kurdes (intra et extraterritoriaux) ou encore l’islamisation de sa sociĂ©tĂ© sont autant de points critiquĂ©s par l’Occident aujourd’hui.

La Syrie et la Turquie

La Turquie et la Syrie sont frontaliers. Historiquement tendues, leurs liens se sont drastiquement dégradés en 2011 avec la Guerre Civile Syrienne. En mai 2011, à la suite des révolutions liées au Printemps arabe qui sévissent dans de nombreux pays arabes à cette époque, les deux nations ont rompu leur lien diplomatique suite aux critiques ouvertes de la Turquie vis-à-vis du régime de Bachar El-Assad, président Syrien que la population tentait de faire chuter.

💡 Les critiques turques avaient pour objectif de protĂ©ger le pays des risques liĂ©s Ă  de potentiels conflits inter-ethniques Ă  la frontiĂšre, sur les zones kurdes (on verra plus loin la question kurde).

La Turquie agit activement dans le conflit civil syrien en aidant les rebelles. Elle a notamment acceptĂ© les opposants syriens sur son territoire, leur permettant d’ĂȘtre protĂ©gĂ©s lors de leurs rĂ©unions, et elle prendra mĂȘme des sanctions contre la Syrie, pensant que le rĂ©gime de Bachar El-Assad allait chuter pour de bon : le pays apporte donc son soutien Ă  la rĂ©bellion.

đŸ’„ Les rebelles Ă©taient soignĂ©s en Turquie et cette derniĂšre organisait mĂȘme des interventions armĂ©es sur le sol syrien. Cette prise de position est perçue comme plutĂŽt opportuniste puisque l’AKP soutenait les rĂ©gimes des FrĂšres Musulmans dans les pays arabes ; le gouvernement aurait donc dĂ» soutenir le rĂ©gime de Bachar El-Assad si l’on devait rester cohĂ©rent.

Résumé carte conflit syrie

Des rapports conflictuels bien visibles…

Si tu souhaites avoir plus d’informations sur le conflit syrien, n’hĂ©site pas Ă  aller lire cet article Ă©crit par les Sherpas Ă  ce sujet ! 😄

L’Irak et la Turquie

💡 La Turquie joue Ă  un jeu d’équilibriste afin de garantir son approvisionnement Ă©nergĂ©tique.
La connaissance de l’enjeu Ă©nergĂ©tique est dĂ©terminant pour comprendre l’évolution des relations turco-irakienne.

Les routes des rĂ©seaux d’hydrocarbures expliquent certaines rivalitĂ©s au Moyen-Orient. Les mutations gĂ©opolitiques dans le MO influencent donc totalement la stratĂ©gie Ă©nergĂ©tique du pays, qui dĂ©sire ĂȘtre un hub important pour l’Europe. La richesse en pĂ©trole (3e rang mondial avec 143 milliards de barils) et en gaz (2e rang) du sol irakien suscite l’intĂ©rĂȘt des puissances Ă©trangĂšres.

Il est important de mentionner que l’Irak possĂšde depuis 2005 une rĂ©gion autonome et frontaliĂšre Ă  la Turquie : le Kurdistan Irakien. L’Irak possĂšde 70 % des hydrocarbures de son pays au sud, tandis que le Kurdistan Irakien en possĂšde 20 %.

C’est l’appĂ©tit Ă©nergĂ©tique de la Turquie qui va donc la pousser Ă  nouer des partenariats aussi bien avec le Kurdistan irakien qu’avec l’Irak, et qui va amener des difficultĂ©s diplomatiques avec cette derniĂšre.

On peut dater les dĂ©buts des bonnes relations turco-irakiennes dĂšs les 70’s, avec une coopĂ©ration Ă©nergĂ©tique forte entre les deux nations. Depuis 2002, avec l’apparition de l’AKP au pouvoir, la Turquie a thĂ©orisĂ© sa politique « 0 problĂšme » avec ses voisins (instaurĂ© par Davutoglu).

Cette position n’est pas qu’une question de pacifisme : il s’agit en rĂ©alitĂ© d’une realpolitik (= vision fondĂ©e sur le calcul des forces et sur la conception de partenariats objectifs et purement stratĂ©giques avec les autres puissances) dont les mesures sont en rĂ©alitĂ©s basĂ©es la croissance stratĂ©gique et Ă©conomique de la Turquie. Le rapprochement avec l’Irak devient nĂ©cessaire afin d’assurer l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique.

Cependant, la Turquie va se rapprocher de ce Kurdistan irakien en 2009 pour ces mĂȘmes raisons Ă©nergĂ©tiques. Il s’agit d’un rapprochement historique faisant fi des anciennes relations tendues qu’entretient l’Etat avec les minoritĂ©s kurdes d’Irak.

Ce partenariat est un win-win : la Turquie engrange Ă©normĂ©ment d’argent et diversifie ses sources d’approvisionnement, le Kurdistan irakien obtient une rente nĂ©cessaire Ă  sa survie en tant que rĂ©gion autonome dans une rĂ©gion hostile. Ce rapprochement provoquera nĂ©anmoins la colĂšre de l’Irak. Les tensions diplomatiques entre la Turquie et l’Irak vont s’aviver.

💡 De plus, on peut voir que les besoins Ă©nergĂ©tiques de la Turquie l’amĂšnent Ă  des prises de positions parfois assez Ă©tranges, mais qui s’appuient sur ce principe de Realpolitik. Lorsque l’EI (Etat Islamique) Ă©tait Ă  son apogĂ©e et possĂ©dait la ville de Mossoul, Erdogan est restĂ© parfaitement neutre vis-Ă -vis de l’EI.
Le silence du rĂ©gime turc face aux actions de l’EI (silence mĂȘme lorsque 46 citoyens ont Ă©tĂ© pris en otage Ă  Mossoul lors de la prise de la ville !) s’expliquerait par un certain pragmatisme : afin de prĂ©venir les intĂ©rĂȘts de la Turquie et de garantir son approvisionnement, elle ne prenait pas position face Ă  l’EI, dans le cas d’une victoire de l’EI sur l’Irak.

đŸ‘‰đŸ» La liaison Turquie-Irak est donc une relation purement stratĂ©gique, liĂ©e Ă  cette question Ă©nergĂ©tique importante.

La question Kurde

tensions avec les Kurdes

Les Kurdes : une minorité dérangeant le pouvoir

đŸ‘‰đŸ» Les Kurdes sont une minoritĂ© ethnique prĂ©sente en Syrie, en Irak, en Turquie (principalement) et en Iran. Ils sont donc installĂ©s sur une zone assez gigantesque qui s’étend sur de nombreuses rĂ©gions, ainsi que dans les villes principales. Il s’agit de la plus importante minoritĂ© ethnique sans État avec 32 Ă  35 millions de Kurdes.
La question Kurde est un problĂšme pour le gouvernement turque qui se comprend assez aisĂ©ment lorsque l’on connaĂźt les objectifs nĂ©o-ottoman de l’AKP. Cette minoritĂ© est perçue par le pouvoir turc comme une gĂȘne Ă  une efficace unification du pays. L’AKP a peur d’un regroupement des Kurdes et d’une volontĂ© indĂ©pendantiste, prenant exemple sur les Kurdes irakiens qui ont fondĂ© leur rĂ©gion autonome.

💡 La culture kurde pousse la minoritĂ© a dĂ©veloppĂ© un sentiment national propre qui est diffĂ©rent de celui des autres Turcs. De plus, les Kurdes se situant majoritairement Ă  la frontiĂšre, le rapprochement des Kurdes de diffĂ©rents pays est Ă  craindre.

L’AKP craint une radicalisation des Kurdes sur la frontiĂšre syrienne et libyenne, par exemple, et donc les possibles attentats qui s’en suivraient. Cette minoritĂ© empĂȘche aussi le reste du monde Ă  voir la nation turque comme indivisible et forte : les Kurdes sont une preuve flagrante de la fragilitĂ© du sentiment national sur la pĂ©riphĂ©rie de la nation, qui ne peut ĂȘtre perçu comme un bloc monolithique indivisible.

đŸ‘‰đŸ» Les revendications kurdes, existantes et nombreuses, sont mises de cĂŽtĂ© par le rĂ©gime actuel, et ce malgrĂ© leur grand nombre puisqu’ils seraient 15 millions sur le sol turc (soit 20% de la population totale !), la majoritĂ© vivant dans le « Kurdistan du Nord » : Bakur.

đŸ’„ La Turquie profite donc des Ă©vĂ©nements qui dĂ©stabilisent le MO afin de s’en prendre aux Kurdes non-Turcs Ă  ses frontiĂšres. Elle s’est officiellement annoncĂ©e comme prĂȘte Ă  attaquer les forces kurdes dĂšs le retrait des troupes amĂ©ricaines en 2019 en Syrie.

💡 L’objectif de la Turquie en Syrie est simple : Ă©craser les forces kurdes proches de la frontiĂšre et qui contrĂŽlent une immense partie du territoire. Une seconde rĂ©gion autonome kurde au MO pourrait signifier une hausse dangereuse des revendications kurdes sur le sol turc. Les forces kurdes de Syrie ont gagnĂ© en popularitĂ© et en influence par leur rĂ©ussite contre le rĂ©gime de Bachar El-Assad et face Ă  l’EI.

Il faut bien entendu comprendre que le rĂ©gime d’Erdogan recevait dĂ©jĂ  des critiques de la part des Kurdes Turcs. La Turquie a Ă©tĂ© confrontĂ©e pendant quatre dĂ©cennies Ă  un groupe terroriste indĂ©pendantiste kurde : le PKK (parti des travailleurs kurdes). L’indĂ©pendantisme kurde a donc dĂ©jĂ  Ă©tĂ© un problĂšme pour le rĂ©gime, notamment Ă  cause de divers attentats. Seulement, l’AKP considĂšre les forces kurdes en Syrie (appelĂ© PYD) comme le PKK Syrien. Cela s’explique par une grande prĂ©sence de kurdes turques dans la force armĂ©e du PYD. đŸ’„ Pour l’AKP, les forces kurdes en Syrie sont donc perçues comme terroristes et menaçantes envers la Turquie.

đŸ’„ Au mĂȘme moment, le rĂ©gime perd la majoritĂ© au parlement Ă  cause d’un parti politique kurde. L’influence du PYD Ă  ses frontiĂšres est donc une rĂ©elle menace Ă  la fois militaire et politique, puisqu’il ravive les dĂ©sirs d’indĂ©pendance que l’AKP cherche Ă  annihiler. Cette question kurde reprĂ©sente une vĂ©ritable crise de l’identitĂ©, c’est pour cela que l’AKP cherche Ă  l’étouffer.

💡 Le brusque changement dans la direction politique de l’AKP est aussi une maniĂšre de glaner des voies Ă  l’extrĂȘme droite en jouant sur le nationalisme.

Chypre et la Méditerranée orientale

Tu commences donc Ă  saisir que l’enjeu Ă©nergĂ©tique est primordial pour la Turquie et qu’il rythme ses affaires avec ses voisins. La dĂ©couverte d’immenses gisements gaziers en 2010 en MĂ©diterranĂ©e orientale va brusquement changer les rapports des pays de la zone.

đŸŒĄïž La revendication des gisements off-shore va s’ensuivre de virulents dĂ©saccords entre les puissances et les plus petits pays de la zone. Au centre de ses dĂ©saccords, plusieurs Zones Économiques exclusives (ZEE) sont ainsi contestĂ©es : IsraĂ«l, Chypre, le Liban et la Turquie sont en conflits perpĂ©tuels afin de capter les ressources en gaz et en pĂ©trole qui se trouvent sur ces fameuses ZEE qui se superposent.

Il est important d’expliquer (ou de rappeler pour certains) que l’üle de Chypre est coupĂ©e en deux zones distinctes depuis 1974 : La RĂ©publique de Chypre, au sud, et la Turquie, au nord. Ce petit morceau de territoire est un avantage pour la Turquie : avantage renforcĂ© alors que les gisements atteignent la ZEE de l’üle. La Turquie n’est donc pas prĂȘte Ă  rendre l’üle dans sa totalitĂ© aux chypriotes.

đŸŒĄïž Ce positionnement sur l’üle de Chypre est aussi la cause d’un conflit entre la GrĂšce et la Turquie : le partage des eaux territoriales entre Turquie et GrĂšce n’est pas totalement fixĂ©, ainsi la dĂ©couverte de nouveaux gisements ravive certains vieux conflits qui n’ont jamais trouvĂ© de solutions.

💡 Bien entendu, les rapports de puissances dans la rĂ©gion poussent Chypre, IsraĂ«l et la GrĂšce Ă  s’allier pour endiguer les dĂ©sirs de la Turquie sur les territoires maritimes (et donc, tu l’as compris, sur les ressources en gaz et en pĂ©trole). Éviter une crise Ă©nergĂ©tique est aussi importante pour la Turquie.

La Turquie et l’Union europĂ©enne

L'impossible réconciliation

En ce qui concerne l’UE, ses liens avec la Turquie n’ont jamais Ă©tĂ© aussi faibles qu’aujourd’hui. Il faut bien comprendre que la Turquie Ă©tait, Ă  une certaine Ă©poque, dans une dĂ©marche de coopĂ©ration afin de rentrer dans l’UE, elle aussi. Les bonnes relations entre UE et Turquie datent de 1959 alors que l’Etat avait officiellement fait une demande afin de s’associer Ă  la CommunautĂ© europĂ©enne. Il s’agit de l’Accord d’Ankara qui entre en vigueur dĂšs 1963.

💡 En 2005, des nĂ©gociations sont entamĂ©es avec la Turquie pour son entrĂ©e dans l’Union. Le processus, assez long, demande de nombreux efforts et d’importantes rĂ©visions dans la politique et l’économie du pays, il fallait bien une dĂ©cennie pour tout mettre en place avant son entrĂ©e officielle dans l’UE.

Cependant, les nĂ©gociations sont au point mort aujourd’hui, et ce pour trois raisons majeures

1) L’Islam en Turquie. Le poids de l’Islam dans la vie turque posait dĂ©jĂ  un problĂšme pour l’UE (mĂȘme si la nation Ă©tait laĂŻque, la nation turque est culturellement attachĂ©e Ă  la religion musulmane), mais avec les choix stratĂ©giques fait par le rĂ©gime, l’Islam retrouve petit Ă  petit son poids dans la vie Ă©conomique et politique.

2) La taille de la population turque. La Turquie possĂšde 83 millions d’habitants, ce qui ferait d’elle, dans le cas oĂč elle entrerait dans l’UE, la 2e plus grande puissance dĂ©mographique. Cela pose un problĂšme dans le jeu des votes face aux autres puissances. Avec un poids comme le sien, la Turquie aurait autant d’EurodĂ©putĂ©s que l’Allemagne, et la diffĂ©rence culturelle amĂšnerait immanquablement un blocage des votes (par les refus de la Turquie) et une sĂ©rieuse recomposition des alliances ainsi qu’une rĂ©duction du pouvoir de certaines puissances (France/ Allemagne).

3) La question des droits de l’homme et des conflits en cours. La Turquie est souvent dĂ©criĂ©e sur ses aspects sociaux et sur ses choix. La censure des mĂ©dias, la prise de position d’Erdogan Ă  la rĂ©habilitation de la peine de mort en Turquie, la nomination des magistrats de maniĂšre anti-dĂ©mocratique, les rĂ©pressions faces aux Kurdes ou encore les conflits avec Chypre sont autant de raisons qui poussent l’UE Ă  voir la Turquie comme un Etat trop « rebelle » pour s’accorder et s’harmoniser avec l’Union.

💡 En plus de tout cela, il faut aussi mentionner que les dĂ©valuations Ă  rĂ©pĂ©tition de la Livre turque et les fragilitĂ©s du systĂšme Ă©conomique sont aussi des raisons qui empĂȘchent une intĂ©gration facile et sans danger dans l’UE pour la Turquie. De toute maniĂšre, il serait intĂ©ressant de se demander si la Turquie a encore une vĂ©ritable volontĂ© de nous rejoindre aujourd’hui.

Avec des prises de positions contraires Ă  nos valeurs sur la scĂšne internationale, les prises de parole d’Erdogan face Ă  Emmanuel Macron ou encore la volontĂ© de devenir une puissance mondiale, peut-on encore rĂ©ellement espĂ©rer voir le pays entrer dans l’UE un jour ?

Conclusion sur la Turquie puissance mondiale âœ”

La Turquie d’Erdogan a su se relever et montrer tout le potentiel que la nation turque avait en rĂ©serve. Certaines de ses faiblesses, comme le manque d’hydrocarbures, ont Ă©tĂ© comblĂ©es par un activisme agressif et/ou un jeu de relations bien huilĂ©es, permettant ainsi Ă  la Turquie de devenir un incontournable de l’énergie pour l’Europe.

💰 MalgrĂ© certaines faiblesses Ă©conomiques depuis 2013 (liĂ©es Ă  la hausse de sa dette extĂ©rieure, Ă  la crise de 2008 ainsi qu’à la dĂ©valuation de la Livre turque), le pays semble continuer sur sa lancĂ©e et n’hĂ©site pas Ă  provoquer les grandes puissances quand cela sert la stratĂ©gie de l’AKP.

💡 Son Ă©loignement dĂ©mocratique ainsi que la montĂ©e de l’Islam permettent Ă  Erdogan de renforcer son contrĂŽle de l’intĂ©rieur afin de briller vers l’extĂ©rieur. Le pays, militairement actif dans les territoires alentours, cherche Ă  montrer sa capacitĂ© Ă  gĂ©rer la rĂ©gion instable qu’est le Moyen-Orient.

💡 L’éloignement de la Turquie vis-Ă -vis de l’Europe est le signe de la montĂ©e en puissance d’un nouveau rival en MĂ©diterranĂ©e qui compte bien croĂźtre encore dans les prochaines dĂ©cennies. Les prochaines annĂ©es seront cruciales Ă  observer afin de comprendre si oui ou non la Turquie a les moyens de devenir une puissance mondiale.

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