Comprendre dix ans de guerre en Syrie đŸ’„

RĂ©dac des Sherpas - Mis Ă  jour le 26/03/2021
Dix ans de guerre en Syrie

Il y a dix ans, le peuple syrien se soulevait contre le rĂ©gime de Bachar El-Assad, le point de dĂ©part d’une guerre dĂ©vastatrice. Alors que la question de la renaissance des villes dĂ©truites se pose avec acuitĂ©, des manifestations Ă  Idlib, dans une rĂ©gion encore sous le contrĂŽle des djihadistes, ont fait rage lundi 14 mars avec toujours le mĂȘme objectif : renverser le rĂ©gime. Les Sherpas te proposent de retracer l’évolution de cette crise profonde, pour tout comprendre sur un conflit qui a anĂ©anti une nation toute entiĂšre… 🔎

Dix ans de guerre syrie

2011 : La genùse du conflit ⏼

Le 15 mars 2011 marque généralement le point de départ du conflit ; à cette date, le peuple se soulÚve contre le régime de Bachar El-Assad, chef du parti Baas (parti socialiste de la résurrection arabe), en plein Printemps arabe (révoltes survenues dans le monde arabe de 2010 à 2011).

Ce jour-lĂ , d’importantes manifestations ont lieu dans plusieurs grandes villes telles que Damas, la capitale, Homs, Deraa et Banias. Elles sont, de fait, l’aboutissement de plusieurs mois de fortes tensions. DĂšs le 18 mars, ces rassemblements essentiellement pacifiques se heurtent Ă  une forte rĂ©pression du rĂ©gime : entre 50 et 100 morts recensĂ©s le 22 mars !

Peu Ă  peu, les manifestations s’étendent Ă  travers le pays et ce, avec l’appui des militaires. Ce que confirme la crĂ©ation de l’ASL (ArmĂ©e Syrienne Libre) fin juillet. Ainsi, deux « clans » s’opposent : l’armĂ©e de Bachar El-Assad (soutenue par la minoritĂ© chiite) d’une part et d’autre part, l’ASL (qui regroupe principalement des musulmans sunnites).

Quelle est la diffĂ©rence entre les sunnites et les chiites ? đŸ€”

La diffĂ©rence majeure entre les deux courants repose sur leur vision du Coran (livre sacrĂ© des Musulmans). Contrairement aux sunnites (largement majoritaires), les chiites proposent l’interprĂ©tation du Coran ; c’est la “Sunna” qui remplit cette fonction pour les sunnites.

Le 15 septembre, le Conseil national syrien, dont l’objectif est d’organiser l’opposition au rĂ©gime en place, et de lĂ©gitimer ainsi les revendications, est crĂ©Ă© Ă  Istanbul. Dans le mĂȘme temps, l’ONU (Organisation des Nations Unies) s’avĂšre incapable de trouver un terrain d’entente sur la question syrienne. Quant Ă  la Chine, elle soutient le rĂ©gime en place, de mĂȘme que la Russie !

2012-2013 : Le terrorisme s’immisce dans le conflit 🔎

En 2012, l’ASL et le CNS (Conseil National Syrien) ne sont dĂ©sormais plus les seuls opposants au rĂ©gime de Bachar El-Assad : les groupes djihadistes Front Al-Nosra et Al QaĂŻda s’invitent dans le conflit, au nom de la dĂ©fense des sunnites. Il faut cependant prĂ©ciser qu’aucun lien n’existera jamais entre les deux camps d’opposition, qui resteront indĂ©pendants l’un de l’autre.

TrĂšs vite, les bombardements commencent Ă  Homs, oĂč 260 civils perdent la vie. AprĂšs deux Ă©checs d’un plan de paix, un cessez-le-feu sera malgrĂ© tout instaurĂ© en avril : sans plus de succĂšs
 Les propositions de rĂšglement du conflit faites par Bachar El-Assad dĂ©but 2013 sont rejetĂ©es par l’Etat Islamique (Front Al-Nosra et Al QaĂŻda).

En mars, les djihadistes s’emparent de Raqqa, la capitale du centre-est de la Syrie. Cette victoire amĂšne la fusion du groupe Etat Islamique en Irak (qui vient de pĂ©nĂ©trer sur le territoire syrien) et du groupe Front Al-Nosra (qui reprĂ©sente aussi Al QaĂŻda). Cette « union » s’appelle l’Etat islamique en Irak et au levant (EILL). Cette entitĂ© nouvelle Ă©clatera rapidement en deux parties, qui deviendront ennemies.

💡 Pour simplifier, retiens que deux groupes terroristes s’opposent (bien qu’ils aient le mĂȘme objectif) : Al QaĂŻda et EILL.

L’étĂ© 2013 est marquĂ© par les premiers massacres (avec armes chimiques), de l’armĂ©e du dictateur, dans les banlieues de Damas, alors sous contrĂŽle de l’ASL (ArmĂ©e Syrienne Libre).

Le conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU exigera la destruction de cet arsenal chimique ayant engendrĂ© la mort de milliers de Syriens : injonction, une fois de plus, ni entendue ni appliquĂ©e par le rĂ©gime de Bachar El-Assad.

2014-2015 : Internationalisation du conflit 🌎

L’Etat Islamique continue progressivement d’envahir la Syrie. Le 29 juin 2014, leur chef, Abou Bakr al-Baghdadi, annonce la crĂ©ation du califat de l’Etat Islamique, entre la Syrie et l’Irak. Il s’agit tout simplement d’un territoire qui sera soumis Ă  l’autoritĂ© de l’EI.

Dans la mĂȘme pĂ©riode, l’EIIL change de nom (une fois de plus) et devient Daech. Ce groupe livre, en septembre, Ă  KobanĂ© en Syrie, sa premiĂšre bataille, contre les forces kurdes, qui deviennent les protecteurs du peuple.

Sur le plan international, ce conflit, toujours soutenu par la Chine et la Russie, devient au fil du temps une préoccupation majeure pour les grandes puissances mondiales.

Les Etats-Unis, dont le plan d’intervention avait Ă©tĂ© annulĂ© en 2013, dĂ©clenchent des frappes contre l’EI en septembre, sous couvert d’une coalition arabo-occidentale qui soutient dĂšs lors les forces kurdes.

Pourquoi ce revirement ?
Un Ă©vĂ©nement dramatique les a poussĂ©s Ă  s’immiscer dans le conflit : A Raqqa, James Foley, un journaliste amĂ©ricain, alors retenu en otage avec douze autres occidentaux, a Ă©tĂ© dĂ©capitĂ© un mois auparavant par des rebelles de l’Etat Islamique.

guerre Syrie

Le dĂ©but de l’annĂ©e 2015 marque la premiĂšre dĂ©faite de l’Etat Islamique lorsque les Kurdes rĂ©cupĂšrent le contrĂŽle de KobanĂ©. Mais cette victoire est occultĂ©e par celle de Daech qui s’empare de la ville de Palmyre, cĂ©lĂšbre pour le magnifique temple de BĂȘl, qui sera volontairement dĂ©truit.

👉 L’Ă©tat des destructions volontaires ou non causĂ©es par dix ans de conflit est considĂ©rable. Certaines villes ne sont plus que ruines ! Selon un cabinet d’études indĂ©pendant, et Ă©galement selon les autoritĂ©s russes et syriennes, la facture de reconstruction dĂ©passerait les 400 milliards de dollars (soit presque huit fois le PIB du pays). Les Occidentaux accepteraient de dĂ©bloquer des fonds pour aider la Syrie si une rĂ©elle transition politique s’opĂ©rait.

En l’espace de deux mois (aoĂ»t et septembre 2015), la Turquie, la France et la Russie vont dĂ©cider d’intervenir. Alors que la Turquie et la France combattent contre Daech et soutiennent de fait, bien involontairement, le rĂ©gime de Bachar El-Assad, la Russie maintient son soutien envers le dictateur et lutte contre les forces qui lui sont hostiles (c’est-Ă -dire l’ASL). MalgrĂ© cela, un plan de paix amĂ©ricano-russe sera dĂ©cidĂ© le 18 dĂ©cembre par le conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU đŸ€

2016 : Le rĂ©gime reprend le contrĂŽle 📍

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation politique et militaire kurde, est l’auteur d’un attentat en Turquie, le 17 fĂ©vrier 2016. En reprĂ©sailles, le prĂ©sident turc Erdogan intensifie les bombardements des forces kurdes en Syrie. Dix jours plus tard, l’accord amĂ©ricano-russe permettra la mise en place d’un cessez-le-feu. Les combats « cesseront » un mois seulement, permettant la reprise de Palmyre, la citĂ© antique, par le rĂ©gime de Bachar El-Assad.

Au mĂȘme moment, au Nord-Est de la Syrie, la ville d’Alep est assiĂ©gĂ©e. Elle devient le cƓur mĂȘme de combats extrĂȘmement violents, opposant l’ASL Ă  l’armĂ©e du rĂ©gime.

A la suite d’une opĂ©ration turque, un troisiĂšme cessez-le-feu amĂ©ricano-russe est dĂ©cidĂ©. Et cette fois, la Syrie est d’accord pour l’appliquer pendant
. six jours !

A la suite du bombardement d’un convoi humanitaire par des djihadistes, les affrontements reprennent, en particulier Ă  Alep, victime de raids aĂ©riens russes et syriens. 350 civils seront tuĂ©s en une semaine. L’armĂ©e du rĂ©gime reprendra le contrĂŽle d’Alep et des principales villes du pays.

2017-2018 : Combattre Daech, la prioritĂ© n°1ïžâƒŁ

Pendant qu’Amnesty International dĂ©nonce des « crimes contre l’HumanitĂ© » Ă  la prison de Saidnaya en Syrie, les attaques syriennes par armes chimiques reprennent, provoquant le bombardement d’une base syrienne par l’aviation amĂ©ricaine.

Il est temps pour la communautĂ© internationale de trouver un accord pour agir contre l’ennemi commun : Daech. Il devient urgent de libĂ©rer les civils syriens de l’emprise djihadiste. RĂ©sultat positif pour les forces internationales et dĂ©mocratiques, qui peuvent annoncer mi-octobre la libĂ©ration totale du territoire syrien occupĂ© par Daech !

NĂ©anmoins, malgrĂ© cette annonce, il reste une rĂ©gion sous l’emprise des rebelles islamistes : la Ghouta orientale (Sud-Ouest de la Syrie). Sur ce territoire assiĂ©gĂ© par le rĂ©gime syrien de Bachar El-Assad, les rebelles utilisent la famine pour affaiblir les civils. Des photos d’enfants affamĂ©s vont engendrer une action de l’ONU et de la communautĂ© internationale.

Le territoire de la Ghouta orientale est finalement repris par le rĂ©gime syrien, qui enchaĂźne dĂ©sormais les victoires, notamment dans la partie Sud de la Syrie. Au Nord, une nouvelle bataille s’engage entre l’ASL (ArmĂ©e Syrienne Libre) et les Turcs, pour s’emparer de la ville d’Afrine, situĂ©e Ă  proximitĂ© de la frontiĂšre Turco-syrienne !

Les combats entre Daech et les forces démocratiques syriennes (coalition anti-Daech) continuent également à Hajine (Sud-Est de la Syrie). Cette guérilla se solde par une victoire du djihad, qui, bien que fortement affaibli, continue sa lutte.

Cependant, Daech n’est pas le seul groupe terroriste encore prĂ©sent en Syrie. Deux organisations contrĂŽlent la rĂ©gion d’Idlib, au Nord-Ouest de la Syrie. Face Ă  cette menace, les intervenants en prĂ©sence ne sont pas d’accord sur la stratĂ©gie Ă  adopter. Tandis que la Syrie, l’Iran et la Russie veulent intervenir pour Ă©radiquer ces islamistes, la Turquie refuse pour Ă©viter une migration des Syriens d’Idlib vers son territoire car, pour Erdogan, « la Turquie n’a pas les moyens pour les accueillir ».

Aujourd’hui, la rĂ©gion d’Idlib est la seule partie du territoire syrien encore sous la coupe des djihadistes. En effet, la partie Nord-Ouest autour d’Idlib est tombĂ©e entre les mains du groupe Hayat Tahrir Al-Cham qui rĂ©fute la qualification « d’organisation terroriste ».

2019-2020 : Fin de la guerre ? đŸ€”

Alors que les Etats-Unis se dĂ©sengagent du conflit syrien dĂ©but 2019, Daech ne domine plus aucun territoire syrien fin mai ; le Califat crĂ©Ă© cinq ans plus tĂŽt n’existe plus ! C’est une victoire majeure pour les coalitions internationales, ainsi que pour le rĂ©gime syrien de Bachar El-Assad. Cette victoire sera parachevĂ©e par la mort du dirigeant de Daech, le 26 octobre 2019 : Abou Bakr Al-Baghdadi (une immense fiertĂ© pour Donald Trump !).

En 2020, la question des rĂ©fugiĂ©s syriens devient centrale, notamment ceux prĂ©sents en Turquie. Ils sont invitĂ©s Ă  migrer vers d’autres pays occidentaux, comme la GrĂšce ou la Bulgarie ; un moyen de pression pour le prĂ©sident turc Erdogan envers ses voisins europĂ©ens.

Qu’en est-il du conflit aujourd’hui ? Est-il terminĂ© ? Que retenir d’une dĂ©cennie de combats ? 📝 Rappelons-le, la guerre a commencĂ© par des manifestations contre le rĂ©gime en place de Bachar El-Assad. Le conflit s’est, ensuite, fortement orientĂ© vers la lutte contre les organisations terroristes ou autres (Kurdes et Turcs). Mais l’ASL, ou les civils protestataires des premiers jours, n’ont pas obtenu satisfaction : Bachar El-Assad est toujours au pouvoir.

CONCLUSION 🏁

Le conflit n’est donc pas terminĂ© ; il entre dans sa onziĂšme annĂ©e. Pourtant, le bilan est dĂ©jĂ  trĂšs lourd !

Au plan humain plus de 388 000 morts (dont 117 000 civils) ont Ă©tĂ© recensĂ©s ; bilan manifestement sous-estimĂ© ; par exemple, les prisonniers morts d’exactions dans les prisons (actes dĂ©noncĂ©s par Amnesty International) ne figurent pas dans ces chiffres. Un million et demi de Syriens souffrent de handicaps causĂ©s par les combats. La moitiĂ© de la population syrienne d’avant-guerre (20 millions de personnes), a dĂ» fuir le pays.

Enfin, des sites classĂ©s au patrimoine mondial de l’Unesco ont Ă©tĂ© ravagĂ©s par les conflits et sont irrĂ©mĂ©diablement perdus. Aujourd’hui, le rĂ©gime syrien contrĂŽle environ 70% du territoire, mais la menace terroriste est toujours bien prĂ©sente.

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