L’affirmation de la puissance chinoise #1 : La stratégie du collier de perles 📿

Martin Mortamet - Mis à jour le 23/07/2021
collier de perles chine

Pendant des années, des décennies, la République Populaire de Chine (RPC) a affirmé qu’elle renoncerait à déployer des forces militaires hors de son territoire, cherchant à s’opposer à l’interventionnisme américain.

C’est encore ce que précisait le Livre blanc sur la défense en 2010 : « La Chine ne recherche pas l’hégémonie ; elle ne s’engagera jamais dans la voie de l’expansion militaire, quel que soit le niveau de développement de son économie ».

Elle s’y engage pourtant de façon évidente en 2017, lorsqu’elle ouvre à Djibouti sa première base militaire hors de Chine. 📍

Et en réalité, la RPC n’a pas attendu 2017 pour chercher à contrôler militairement l’Océan Indien et ses routes commerciales : la stratégie du collier de perles, engagée depuis la fin des années 1990, s’inscrit dans cette même logique. 🌏

Mais qu’est-ce donc que cette stratégie du collier de perles Chine ? Permet-elle à la RPC de s’affirmer comme une puissance maritime rivale des Etats-Unis dans l’Océan Indien et en mer de Chine ?

1️⃣ Premier épisode de cette nouvelle série d’articles sur l’affirmation de la puissance chinoise.

Les enjeux de la stratégie du collier de perles Chine 🤔

Une stratégie offensive de la marine de guerre chinoise 💪

C’est en 2004 que l’expression “collier de perles” apparaît pour la première fois dans un rapport de la CIA. Elle a ensuite été reprise par l’expert américain C. Pehrson, puis de façon abondante par les médias américains ou indiens.

Elle désigne alors l’installation par la marine de guerre chinoise de points d’appui en mer de Chine et surtout dans l’Océan indien. Depuis la fin des années 1990, la RPC a en effet signé une série d’accords bilatéraux avec des Etats alliés ou partenaires afin de construire des bases militaires ou des infrastructures portuaires pouvant servir à sa marine. ⚓

👉 En somme, la Chine finance les infrastructures, et obtient en échange une présence de ses troupes dans des ports, ou “perles”, stratégiques.

Contrôler les mers et le commerce international face à la marine américaine 🚢

L’enjeu majeur pour la marine de la RPC, c’est le contrôle des mers du Sud et de l’Est de l’Asie (Océan Indien, mer de Chine méridionale et mer de Chine orientale), et de leurs routes commerciales majeures : la zone Asie-Pacifique est aujourd’hui au centre des échanges commerciaux. 🔁

La région est marquée, depuis des décennies, par l’omniprésence de la marine américaine, grâce à ses nombreuses bases et par le déploiement de sa flotte. Pour rivaliser avec les Etats-Unis sur le plan mondial, la Chine se doit de contrer cette hégémonie, et c’est (en partie) l’objet du “collier de perles”.

Sécuriser les approvisionnements énergétiques chinois 🛢️

Contrôler les mers et les routes commerciales, c’est aussi s’assurer de la sécurité de ses approvisionnements en énergie, alors que le modèle de croissance chinois est on ne peut plus énergivore.

La Chine est en situation de dépendance énergétique : elle dépend du Moyen-Orient pour le pétrole et le gaz. De plus, 80% des importations énergétiques chinoises passent par le détroit de Malacca, infesté de pirates et principalement défendu par les USA. 🏴‍☠️

Un blocage du commerce dans ce détroit menacerait la Chine d’une crise économique majeure, mettant en danger la stabilité politique du pays, et la placerait dans une situation de dépendance à l’égard du rival américain et de sa flotte.

👉 Le “collier de perles” doit permettre aux ressources essentielles en énergie de parvenir sans encombre en Chine et de faire face à ce “dilemme de Malacca”, expression apparue en 2003 suite à un discours de Hu Jintao sur la question. 🔀

Une multiplication des partenariats aux abords de l’océan Indien 🌏

Les nombreux accords bilatéraux signés avec des alliés ou partenaires dans l’Océan Indien permettent à la marine de guerre chinoise d’accéder à de nombreux ports d’accueil : Gwadar au Pakistan, Hambantota au Sri Lanka, Sittwe au Myanmar ou encore Chittagong au Bangladesh en font notamment partie.

Les “perles” de la Birmanie (l’autre nom de Myanmar) et du Pakistan sont particulièrement importantes dans la stratégie de la RPC.

Le Myanmar, fidèle allié de la RPC 🇲🇲

La Chine, qui a une frontière commune de 2000 km avec le Myanmar, est le premier partenaire commercial, et le grand allié de la Birmanie, de plus en plus isolée diplomatiquement depuis le génocide des Rohingyas et la récente répression des manifestations pro-démocratie par la junte militaire au pouvoir.

Il est donc logique que le Myanmar ait un rôle majeur dans la stratégie du “collier de perles”. De nombreuses installations portuaires sont ainsi à disposition de la marine chinoise : aux installations portuaires en eaux profondes de Sittwe s’ajoutent les ports de Munaung et Hainggvi, ainsi qu’une base sur l’île Coco.

Surtout, la Chine a fait construire un gazoduc et un oléoduc entre le golfe du Bengale et Kunming, pour acheminer du pétrole et du gaz naturel en évitant le détroit de Malacca.

Gwadar, la “perle” pakistanaise 🇵🇰

Initiée par l’accord sino-pakistanais de 1963, la coopération entre la Chine et le Pakistan se fonde sur la coopération nucléaire des deux pays et sur leur hostilité mutuelle pour l’Inde.

Cette coopération, on la retrouve dans le cadre du “collier de perles”, avec la très stratégique “perle” de Gwadar. Situé à 400 kilomètres du détroit d’Ormüz, le port permet en effet à la marine chinoise de se rapprocher du Moyen-Orient, point de départ de son approvisionnement en énergie.

La Chine investit donc massivement dans ce port 💰: un terminal pétrolier a été construit et une ZES (“Zone Économique Spéciale”) inaugurée en 2006, bien que les infrastructures soient encore désertes aujourd’hui.

Les craintes des pays voisins face au collier de perles Chine 😨

L’inquiétante “ligne à 9 traits” 9️⃣

Le contrôle des mers passe par de nombreuses revendications territoriales 👊

Le contrôle des mers, c’est notamment le contrôle de la mer de Chine méridionale et de la mer de Chine orientale. Or, dans ces mers proches de la Chine, l’établissement de “perles” ne passe pas par des accords bilatéraux avec ses voisins, mais plutôt par la force, par les revendications territoriales de plusieurs archipels.

Ces revendications se fondent sur le souvenir de la domination de l’Empire du Milieu en mer de Chine, et donc sur l’idée d’une souveraineté légitime de la Chine sur cet espace maritime. Selon la “ligne à 9 traits” établie dès 1947 et reprise par le PCC pour justifier ses ambitions maritimes, la Chine devrait contrôler 80% des eaux de la mer de Chine méridionale. 🌊

En plus du conflit sino-japonais sur la question des îles Senkaku (ou Diaoyu) en mer de Chine orientale, la Chine revendique notamment sa souveraineté sur l’atoll de Scarborough, contrôlé par les Philippines, et sur les îles Natuna de souveraineté indonésienne. 🏝️

Mais les exemples les plus emblématiques sont ceux des îles Paracels, contrôlées par la Chine et revendiquées par le Vietnam, et des îles Spratleys, appropriées par la Chine qui les dispute avec 5 pays (Taïwan, Vietnam, Philippines, Brunei et Malaisie). Ces îlots sont polderisés, transformés en îles par les forces de la RPC, pour pouvoir y établir des bases aéronavales. Elles s’ajoutent donc à la base de l’île d’Hainan pour constituer les premières “perles” du collier chinois.

Le droit international et surtout les Etats-Unis à la rescousse 🇺🇸

Mais cette affirmation de force de la RPC et de sa marine suscite des tensions et des craintes chez plusieurs de ses voisins. Plusieurs accrochages entre flottes de guerre sont ainsi à déplorer, comme celui avec la marine vietnamienne dans les Paracels en 2014. 💥

Inquiets, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est font appel aux organisations internationales, comme la Cour Internationale de Justice de La Haye qui désavoue les ambitions chinoises en mer de Chine en 2016 :

La ligne à neuf traits est dénuée de fondements historiques et juridiques.

Surtout, ces Etats se tournent de plus en plus vers les Etats-Unis pour assurer leur défense face à la présence de la marine chinoise et à sa tendance expansionniste. Les Philippines signent ainsi un accord de défense bilatéral avec les USA en 2014. Même le Vietnam renoue avec les USA, qui lancent un projet de location d’une base militaire dans la baie de Cam Ranh la même année. 🤝

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Les tensions avec l’Inde 🇮🇳

Les tensions et les rivalités sino-indiennes ne datent pas d’hier. Depuis le conflit de 1962 remporté par la Chine, les contentieux frontaliers sont loin d’être éteints. Depuis, les deux pays sont également devenus les deux grandes puissances émergentes d’Asie et du monde, rivales sur le plan économique et militaire.

Le “collier de perles” chinois s’inscrit bien dans cette rivalité : la Chine noue des alliances et partenariats avec les pays voisins de l’Inde, que sont le Pakistan, le Bangladesh, le Myanmar ou le Sri Lanka (mais pas avec l’Inde). L’Inde dénonce donc une stratégie chinoise d’encerclement, visant à l’isoler, et ne peut accepter de voir son grand rival accroître son contrôle sur “son” océan. 🔄

L’Inde et son dirigeant nationaliste Narendra Modi ont alors choisi de riposter, en lançant la “Look East Policy” en 2014 visant à se rapprocher des pays d’Asie du Sud-Est. Et c’est dans le cadre de cette stratégie d’influence qu’elle a signé des accords avec les Seychelles et l’île Maurice pour y installer des bases militaires.

👉 Alors, on ne parlera pas de “collier de perles indien”, mais, face à l’accroissement de la présence chinoise dans l’Océan Indien, l’Inde développe bien une stratégie concurrente du “collier de perles” chinois.

Collier de perles Chine : quelques dates et chiffres à retenir 🤔

1947L’expression “ligne à 9 traits” est énoncée pour la première fois par la RPC
2004L’expression “collier de perles” apparaît pour la première fois dans un rapport de la CIA
2014Projet américain de location d’une base dans la baie de Cam Ranh au Vietnam
2014“Look East Policy” de l’Inde
2017La RPC ouvre à Djibouti sa première base militaire hors de Chine
80%La Chine devrait contrôler 80% des eaux de la mer de Chine méridionale selon la “ligne à 9 traits”
80%80% des importations énergétiques chinoises passent par le détroit de Malacca

Conclusion sur le collier de perles Chine 🇨🇳

La stratégie du « collier de perles » témoigne de l’affirmation de la puissance militaire de la RPC, et en particulier de sa marine, déterminée à mettre fin à l’hégémonie américaine dans la zone Asie-Pacifique. 👊

Mais une telle affirmation génère des craintes et des tensions avec certains de ses voisins. Celles-ci se traduisent par un accroissement de la présence armée des deux rivaux de la Chine : les Etats-Unis rappellent qu’ils détiennent (de loin) la première marine mondiale; l’Inde émergente cherche à tout prix à éviter l’isolement.

Isoler l’Inde, éviter le détroit de Malacca contrôlé par les Etats-Unis, c’est aussi l’objet du grand projet des “nouvelles routes de la soie”, dont le “collier de perles” n’est que le pendant militaire.

Pour tout savoir sur ce projet majeur de Xi Jinping : rendez-vous au prochain épisode de cette série sur l’affirmation de la puissance chinoise ! 😉

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