L’affirmation de la puissance chinoise #2 : Les nouvelles routes de la soie 🌏

Martin Mortamet - Mis Ă  jour le 29/07/2021
nouvelles routes de la soie

Dans notre premier article sur l’affirmation de la puissance chinoise, nous Ă©voquions la stratĂ©gie militaire du collier de perles de la Chine. Mais cette stratĂ©gie s’inscrit dans un plan plus large, dans le projet du siĂšcle pour la RĂ©publique Populaire de Chine (RPC) : celui des “nouvelles routes de la soie”.

🌏 La route de la soie est un rĂ©seau de routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, ouvert au IIe siĂšcle avant J.C. Elle est ensuite au cƓur des Ă©changes Est-Ouest pendant des siĂšcles : de nombreuses marchandises transitent Ă  travers cette route terrestre, qui tire son nom du principal produit Ă©changĂ©, la soie. Elle est nĂ©anmoins abandonnĂ©e Ă  partir du XVe siĂšcle au profit d’une route maritime, la route des Indes.

🔁 Les “nouvelles routes de la soie”, elles, sont encore plus ambitieuses : lorsqu’il annonce le projet en 2013, Xi Jinping envisage de relier la Chine à l’Asie Centrale et à l’Europe
 Mais aussi à l’Afrique et au Moyen-Orient, grñce à de nombreux axes terrestres et maritimes.

Cette stratĂ©gie peut-elle permettre Ă  la Chine de construire “sa” mondialisation et de supplanter les USA comme nouveau leader mondial ? đŸ€”

2ïžâƒŁ DeuxiĂšme Ă©pisode de notre sĂ©rie. ✌

Les enjeux des “nouvelles routes de la soie” : la mondialisation à la chinoise 🇹🇳

Le contexte historique et gĂ©opolitique 👀

C’est en 2013 que Xi Jinping annonce son grand dessein des “nouvelles routes de la soie”, alors appelĂ© “One Belt, One Road” (OBOR). 📣

L’OBOR s’inscrit donc dans l’idĂ©e de la “rĂ©gĂ©nĂ©ration impĂ©riale” (“Minzu Fuxing”) affirmĂ©e par Sun Yat-Sen au dĂ©but du XXe siĂšcle, et reprise par l’ensemble des dirigeants de la RPC, et en particulier par son leader actuel, qui affirme :

Parvenir au grand renouveau de la nation chinoise constitue le plus grand rĂȘve des temps modernes pour le pays.

👉 La rĂ©miniscence de la puissance impĂ©riale est un rĂȘve pour Xi Jinping et la RPC en 2013. Les “nouvelles routes de la soie” sont censĂ©es faire de ce rĂȘve une rĂ©alitĂ©.

2017 est une annĂ©e charniĂšre pour l’OBOR, qui est renommĂ© “Belt and Road Initiative” : non seulement de nombreuses lignes sont inaugurĂ©es, mais le premier sommet de la BRI a Ă©galement lieu cette annĂ©e.

NĂ©anmoins, l’évĂ©nement le plus important pour l’OBOR en 2017, c’est sĂ»rement l’entrĂ©e en fonction de Donald Trump Ă  la Maison Blanche đŸ‡ș🇾 . La prĂ©sidence de Trump est en effet celle du repli amĂ©ricain, de l’abandon de son leadership et du multi-latĂ©ralisme.

Ce retrait joue alors en faveur de la RPC : elle peut en profiter pour s’affirmer comme le chantre du libĂ©ralisme, comme le dĂ©fenseur de la mondialisation, et comme un leader mondial de substitution. 👑

RĂ©pondre aux besoins en infrastructures de l’Eurasie 🔹

Les “nouvelles routes de la soie” sont principalement centrĂ©es sur le transport routier, ferroviaire, maritime ou aĂ©rien. Or, les besoins en infrastructures sont particuliĂšrement importants en Eurasie et en Afrique.

Par exemple, une Ă©tude de l’ADB (Asian Development Bank) en 2017 a montrĂ© que les besoins de l’Eurasie en la matiĂšre Ă©taient de l’ordre de 26000 Md $ pour la pĂ©riode 2016-2030, soit un besoin annuel de 1600 Md $ d’investissement.

L’OBOR est donc censĂ© rĂ©pondre Ă  de tels besoins, notamment dans les PED (Pays en DĂ©veloppement). La coopĂ©ration avec ces pays est un objectif historique de la RPC : Ă  partir des annĂ©es 1950, la Chine de Mao invitait les PED Ă  suivre la « troisiĂšme voie” qu’elle pouvait dessiner dans la Guerre froide. Aujourd’hui, elle a enfin les moyens de ses ambitions historiques d’influence. 💾

Diversifier ses partenaires et rĂ©duire sa dĂ©pendance : le “dilemme de Malacca” 🔀

Puisque l’OBOR dessine une sĂ©rie de corridors terrestres et de voies maritimes, une sĂ©rie de “routes” accompagnĂ©es de “ceintures”, il permet Ă  la Chine de multiplier les partenariats.

💰 Il permet d’abord Ă  la RPC d’accroĂźtre ses exportations de biens de consommation et de biens intermĂ©diaires en diversifiant ses pĂŽles d’exportation. Il favorise en effet les Ă©changes avec toute l’Europe, y compris Ă  l’Est, avec l’Asie, l’Afrique et le Moyen Orient, et permet donc de rĂ©duire sa dĂ©pendance Ă  l’égard des importations de l’Europe de l’Ouest et des USA.

🔋 Ensuite, la Chine entend sĂ©curiser ses approvisionnements en Ă©nergie, y compris en diversifiant ses pĂŽles d’importation Ă©nergĂ©tique afin de rĂ©duire sa dĂ©pendance Ă  l’égard du Moyen-Orient. Nous avons dĂ©jĂ  Ă©voquĂ©, dans le cadre de notre prĂ©cĂ©dent article sur le “collier de perles”, le “dilemme de Malacca”, expression nĂ©e Ă  la suite d’un discours de Hu Jintao en 2003.

Ce dilemme renvoie Ă  la dĂ©pendance de la RPC, notamment pour ses importations Ă©nergĂ©tiques, Ă  l’égard de ce dĂ©troit, et peut mĂȘme renvoyer Ă  une dĂ©pendance commerciale Ă  l’égard des routes maritimes en gĂ©nĂ©ral, principalement contrĂŽlĂ©es par la puissante marine amĂ©ricaine.

👉 Dans la continuitĂ© de la stratĂ©gie du “collier de perles”, l’OBOR vise Ă  accroĂźtre le contrĂŽle de la RPC sur la route maritime passant par ce dĂ©troit, mais aussi Ă  diversifier les partenaires et les routes commerciales pour Ă©viter Malacca. D’oĂč l’importance des nombreux corridors Ă©conomiques terrestres.

Dominer le monde et la mondialisation à l’horizon 2049 🌏

La “Belt and Road Initiative” doit permettre de promouvoir une “mondialisation Ă  la chinoise”, conforme aux intĂ©rĂȘts de la RPC. La multiplication des chantiers d’infrastructure doit en effet accroĂźtre la prĂ©sence de la Chine dans les diffĂ©rentes rĂ©gions du globe, et accroĂźtre la dĂ©pendance des diffĂ©rents pays Ă  l’égard de sa technologie et de ses capitaux.

L’objectif ultime devra ĂȘtre atteint d’ici 2049 : le projet de ceinture Ă©conomique terrestre jusqu’à l’Ouest europĂ©en et de route maritime jusqu’à l’Afrique, la MĂ©diterranĂ©e et mĂȘme l’AmĂ©rique du Sud sera parfaitement accompli avant le centenaire de la RPC.

100 ans aprĂšs la fondation de la RPC, 100 ans aprĂšs le dĂ©but du “siĂšcle amĂ©ricain” (Henry Luce), le “siĂšcle chinois” aura dĂ©finitivement commencĂ©. C’est en tout cas l’ambition de l’actuel prĂ©sident de la RPC. đŸ’Ș

Les prĂ©mices des “nouvelles routes de la soie” 🔙

La stratĂ©gie du “collier de perles” 📿

On l’a dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© : la stratĂ©gie militaire du “collier de perles” initiĂ©e Ă  la fin des annĂ©es 1990 vise Ă  accroĂźtre la prĂ©sence de la marine de la RPC dans l’OcĂ©an Indien, en mer de Chine mĂ©ridionale et orientale, et Ă  augmenter le contrĂŽle de la Chine sur les routes maritimes face Ă  l’hĂ©gĂ©monie maritime amĂ©ricaine.

Pour ce faire, la RPC favorise les investissements dans des ports dans des pays partenaires comme le Pakistan, le Bangladesh, le Myanmar ou le Sri Lanka. Bien que le “collier de perles” ait une dimension militaire que l’on ne retrouve pas ailleurs, on est bien dans la logique de l’OBOR. Cette stratĂ©gie prĂ©figure ainsi ce qu’est la “nouvelle route de la soie maritime” dans le plan du prĂ©sident de la RPC. ⚓

La coopĂ©ration avec la Russie en SibĂ©rie đŸ€

La Chine n’a pas attendu 2013 et le lancement de l’OBOR pour chercher Ă  diversifier ses sources d’approvisionnement Ă©nergĂ©tique. DĂšs 2010, elle s’est logiquement tournĂ©e vers le voisin russe, et vers ses ressources de SibĂ©rie orientale. đŸ›ąïž

Une premiĂšre connexion pĂ©troliĂšre sino-russe de plus de 1000 km entre Skovorodino et Daqing a ainsi Ă©tĂ© inaugurĂ©e cette annĂ©e-lĂ , et a permis d’accroĂźtre les Ă©changes de pĂ©trole entre les deux pays par la suite. Une telle coopĂ©ration est une premiĂšre Ă©tape de l’intĂ©gration de la FĂ©dĂ©ration russe et de la SibĂ©rie dans l’OBOR.

La stratĂ©gie rĂ©gionale du Grand MĂ©kong 🔎

L’OBOR est une stratĂ©gie mondiale ou quasi-mondiale. En rĂ©alitĂ©, il ne fait que transposer Ă  l’échelle mondiale une stratĂ©gie d’intĂ©gration menĂ©e jusqu’alors Ă  l’échelle rĂ©gionale : le projet du “Grand MĂ©kong”, initiĂ© en 2004, sous la prĂ©sidence d’Hu Jintao, porte dĂ©jĂ  sur la construction d’infrastructures en Asie du Sud-Est. 🌏

L’intĂ©gration rĂ©gionale se base alors sur le dĂ©veloppement de zones franches dans les pays partenaires, et ensuite sur le libre-Ă©change : un accord de libre-Ă©change entre la Chine et l’ AFTA (Asian Free Trade Area) est finalisĂ© en 2010.

Surtout, les grands axes se sont multipliĂ©s dans la rĂ©gion pour favoriser ces Ă©changes. Les nouveaux olĂ©oducs et axes ferroviaires ont permis de relier les ports de la mer de Chine mĂ©ridionale Ă  la mer d’Andaman et donc de contourner le « dilemme de Malacca » par un corridor terrestre. De plus, la stratĂ©gie du “Grand MĂ©kong” a fait de Kunming en Chine, reliĂ©e Ă  Vientiane par une nouvelle liaison TGV, le nouveau hub des relations de la RPC avec l’Asie du Sud-est. 🚄

Des investissements, prĂȘts et contrats massifs : un projet dĂ©mentiel dans l’intĂ©rĂȘt de la RPC ✍

La puissance financiĂšre chinoise đŸ’”

La RPC est Ă  l’origine du projet, et est Ă©galement Ă  l’origine de la grande majoritĂ© des financements : on l’a dit, et on le rĂ©pĂšte, elle a enfin les moyens financiers de ses ambitions historiques Ă  l’échelle mondiale. La Chine investit, cofinance, ou alors elle prĂȘte, ce qui est plus frĂ©quent, mais les financements chinois sont bel et bien prĂ©sents.

Et on ne parle pas de petits financements. Le projet est dĂ©mentiel, et tĂ©moigne de la puissance financiĂšre chinoise : avec un montant total dĂ©jĂ  supĂ©rieur Ă  1000 milliards de dollars, il s’agit du plan de dĂ©veloppement le plus cher de l’histoire de l’humanitĂ© ! đŸ˜Č

Certaines rĂ©gions, certains corridors Ă©conomiques sont particuliĂšrement importants dans l’OBOR, et reçoivent donc des fonds consĂ©quents.

Des exemples de corridors Ă©conomiques majeurs 👇

L’Asie Centrale et le Kazakhstan au centre de l’OBOR 🇰🇿

L’Asie Centrale avait dĂ©jĂ  un rĂŽle majeur dans les anciennes routes de la soie. C’est encore plus le cas dans les nouvelles routes de la soie : alors que l’écrasante majoritĂ© des Ă©changes internationaux sont maritimes, les pays enclavĂ©s du centre de l’Asie se trouvent ainsi au cƓur des Ă©changes dans l’OBOR. Ils bĂ©nĂ©ficient de prĂ©cieux financements dans leur quĂȘte de dĂ©veloppement, et voient leurs Ă©changes augmenter, notamment avec la premiĂšre Ă©conomie mondiale en devenir.

La place du Kazakhstan est particuliĂšrement importante. C’est bien Ă  Astana, la capitale kazakh, que le dirigeant de la RPC annonce son grand projet de l’OBOR en 2013. Surtout, le Kazakhstan est Ă  la croisĂ©e de deux axes majeurs. 🔀

âŹ†ïž L’axe Nord part du port sec d’Astana vers la Russie. Et c’est par cet axe Nord ou corridor eurasiatique que passe l’immense ligne ferroviaire transcontinentale “Yuxinou”, qui relie Chongqing en Chine Ă  Duisbourg en Allemagne sur 11000km en passant par Moscou.

↙ L’Axe Sud-Ouest emprunte le port sec de Khorgos au Kazakhstan, en direction du TurkmĂ©nistan puis de la mer Caspienne. La premiĂšre liaison de cet axe a Ă©tĂ© inaugurĂ©e entre la RPC et TĂ©hĂ©ran en fĂ©vrier 2016.

Le corridor Ă©conomique sino-pakistanais đŸ‡”đŸ‡°

Un autre voisin de la RPC qui suscite de nombreux financements et accueille un important corridor Ă©conomique, c’est le Pakistan. Ports, autoroutes, liaisons ferroviaires, barrages, centrales Ă©lectriques, mais aussi pipelines : les chantiers sont nombreux au Pakistan, et le budget Ă©levĂ©.

Le principal intĂ©rĂȘt de la Chine au Pakistan, nous l’évoquions dans l’article prĂ©cĂ©dent sur le “collier de perles” : il s’agit du port de Gwadar. Une ZES a Ă©tĂ© inaugurĂ©e en 2006 autour de ce port qui donne sur le Golfe d’Oman, face au dĂ©troit d’OrmĂŒz oĂč transite 40% du pĂ©trole mondial. D’oĂč l’intĂ©rĂȘt de construire des pipelines au Pakistan, pour acheminer du pĂ©trole par voie terrestre, de Gwadar jusqu’au Xinjiang, une nouvelle fois en Ă©vitant Malacca. 🛱

En Europe, l’Italie et le corridor balkanique đŸ‡ȘđŸ‡ș

Les financements de l’OBOR, on peut Ă©galement les voir en Europe, la RPC cherchant Ă  y accroĂźtre son influence, et Ă  accĂ©der, encore et toujours, Ă  son important marchĂ©. Elle y investit partout, et en particulier chez certains partenaires majeurs.

L’Italie est le premier partenaire au sein du G7 Ă  avoir rejoint l’OBOR. Elle a notamment signĂ© un accord en 2019 pour accueillir une zone franche dans le port de Trieste et pour cĂ©der une partie de la compagnie aĂ©rienne Al Italia. đŸ€

La GrĂšce et les pays de l’Est (y compris des membres de l’UE) sont Ă©galement visĂ©s. La RPC s’appuie notamment sur les sommets “16+1” avec les 16 pays d’Europe Orientale pour former un important “corridor balkanique”, depuis AthĂšnes jusqu’à Budapest, dans une rĂ©gion en besoin de financement.

Cette carte de Courrier International reprĂ©sente les grands axes et les principaux corridors (exceptĂ© le corridor balkanique) de l’OBOR.

Des intĂ©rĂȘts chinois tangibles đŸ€‘

Les financements rĂ©sident avant tout dans des aides financiĂšres et prĂȘts accordĂ©s par les banques, comme la China Development Bank ou l’Eximbank of China, ou par le fonds Silk Road. La nouvelle AIIB (Asian Infrastructure Investment Bank), crĂ©Ă©e dans le cadre du projet, a Ă©galement un rĂŽle majeur, et vient concurrencer la Banque Asiatique de DĂ©veloppement (BAD), issue de la Banque mondiale et dominĂ©e par le rival amĂ©ricain.

Aux intĂ©rĂȘts de ces banques s’ajoutent surtout les intĂ©rĂȘts des entreprises chinoises, qui ont obtenu environ 90% des contrats de l’OBOR. La RPC prĂȘte Ă  ses pays partenaires pour qu’ils signent des gros contrats avec ces fournisseurs. De tels contrats permettent ainsi d’absorber la surproduction nationale dans l’industrie lourde, et donc de maintenir le rythme de croissance de la RPC. 📈

Les sociĂ©tĂ©s de la RPC multiplient Ă©galement les acquisitions infrastructurelles : l’aĂ©roport de Tirana en Albanie, les ports de Port SaĂŻd en Égypte ou de Tanger au Maroc, entre autres. L’exemple le plus marquant est sĂ»rement l’acquisition par COSCO du port d’AthĂšnes, le fameux PirĂ©e, Ă  partir de 2011.

Par ailleurs, le dĂ©veloppement des axes de transport depuis la RPC favorise les exportations, et donc le dĂ©veloppement des entreprises, en particulier dans la Chine IntĂ©rieure. Alors que la stratĂ©gie de dĂ©veloppement de la RPC s’est jusqu’alors appuyĂ©e avant tout sur ses façades maritimes, l’OBOR fait de la Chine IntĂ©rieure le point de dĂ©part d’échanges terrestres croissants, et permet de rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s spatiales du pays.

Une ville comme Chongqing, point de dĂ©part du « Yuxinou », est devenue particuliĂšrement dynamique ces derniĂšres annĂ©es. Elle accueille de plus en plus de sociĂ©tĂ©s, notamment dans les hautes technologies, qui exportent vers l’Eurasie grĂące Ă  la ligne ferroviaire porte-conteneurs. 🚆

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Les limites des nouvelles routes de la soie : un projet qui suscite autant d’inquiĂ©tudes que d’enthousiasme 😕

Lors du discours d’Astana de 2013 durant lequel il annonce le lancement de l’OBOR, Xi Jinping assure que “ce projet bĂ©nĂ©ficiera Ă  tous les pays situĂ©s sur ces routes”. NĂ©anmoins, la BRI ne fait pas l’unanimitĂ© chez les partenaires de la RPC : elle suscite de nombreuses interrogations et contestations.

Le multilatĂ©ralisme Ă  la chinoise ? đŸ‡ș🇳

L’OBOR a parfois Ă©tĂ© comparĂ© au plan Marshall, qui avait vu les USA financer la reconstruction europĂ©enne aprĂšs-guerre, et avait initiĂ© leur rĂŽle de leader mondial, du moins au sein du camp occidental.

NĂ©anmoins, alors que la RPC affirme dĂ©fendre le multilatĂ©ralisme, l’OBOR n’a rien de multilatĂ©ral ou presque : il s’agit d’une juxtaposition de bilatĂ©ralismes ou de multilatĂ©ralismes rĂ©gionaux Ă  portĂ©e limitĂ©e. Le processus d’intĂ©gration mondiale demeure ainsi trĂšs morcelĂ©. 🌐

Lors du 1er sommet de l’OBOR en 2017, qui rĂ©unit une centaine d’Etats, ce n’est pas un accord global qui est signĂ©. Non, ce sont 270 accords diffĂ©rents qui sont adoptĂ©s ! Difficile de faire moins multilatĂ©ral.

La contestation des autres puissances rĂ©gionales : entre partenariat et rivalitĂ© 👀

Le sentiment obsidional indien 🇼🇳

Dans la continuitĂ© de la stratĂ©gie du “collier de perles”, l’OBOR tend Ă  encercler et Ă  isoler le rival indien. Les grands axes dĂ©veloppĂ©s ont en effet tendance Ă  contourner l’Inde, la RPC nouant des partenariats avec ses voisins. 🔄

Elle mise notamment sur le corridor birman entre les ports de Sittwe et de Kyaukpyu et Kunming en Chine, ainsi que sur le corridor sino-pakistanais. Le second inquiĂšte particuliĂšrement l’Inde, puisqu’il transite par l’Azad-cachemire pakistanais, dont la souverainetĂ© est contestĂ©e par l’Inde. Un tel corridor peut mĂȘme ĂȘtre vu comme une vĂ©ritable provocation par certains dirigeants indiens.

L’Inde est le deuxiĂšme contributeur Ă  l’AIIB, mais est l’une des seules grandes puissances, avec les USA et le Japon, Ă  ne pas vouloir ĂȘtre associĂ©es Ă  l’ OBOR. DĂšs 2016, elle dĂ©veloppe une route commerciale concurrente, le “Corridor de croissance Asie-Afrique” ( AAGC), surnommĂ© « la route de la libertĂ© », en coopĂ©ration avec le Japon, visant Ă  crĂ©er un corridor Ă©conomique indo-pacifique.

👉 De mĂȘme que la “Look East Policy” entend rivaliser avec le “collier de perles”, la “route de la libertĂ©â€ entend concurrencer les “nouvelles routes de la soie”.

La rivalitĂ© avec la Russie en Asie Centrale đŸ‡·đŸ‡ș

Le voisin russe, lui, est intĂ©grĂ© dans l’OBOR : la coopĂ©ration Ă©nergĂ©tique sino-russe et la future crĂ©ation d’une immense ligne ferroviaire “PĂ©kin-Moscou” en tĂ©moignent. Surtout, il s’agit d’un maillon central de l’axe Nord depuis le Kazakhstan, du corridor eurasiatique.

Cependant, Moscou voit d’un mauvais Ɠil l’axe Sud-Ouest depuis le Kazakhstan, la route mĂ©ridionale via l’Asie du Centre, l’Iran et le sud du Caucase. Les russes se mĂ©fient donc d’une stratĂ©gie d’influence chinoise dans son â€œĂ©tranger proche”, dans sa sphĂšre historique d’influence.

Alors que la FĂ©dĂ©ration russe a formĂ© l’UEE (Union Économique Eurasiatique) en 2015, une zone de libre-Ă©change visant Ă  asseoir son emprise Ă©conomique sur l’Asie Centrale, les pays de la rĂ©gion sont de plus en plus proches de la RPC, d’un point de vue diplomatique et Ă©conomique, notamment du fait de l’OBOR.

👉 L’Asie Centrale, autrefois marginalisĂ©e, devient un espace central et disputĂ©, l’enjeu de la rivalitĂ© entre PĂ©kin et Moscou, dans leurs projets d’intĂ©gration eurasiatique respectifs. La domination du “frĂšre russe” hĂ©ritĂ©e de l’ùre soviĂ©tique semble sur le point de laisser place Ă  l’emprise du “parrain chinois” sur la rĂ©gion. Et ce n’est pas forcĂ©ment une bonne nouvelle pour les populations locales.

Les contestations des populations locales ✊

La main-mise croissante de la RPC sur les Ă©conomies du centre de l’Asie et d’autres partenaires suscite les contestations des populations locales, de nombreux groupes. Certains projets de l’OBOR sont en effet jugĂ©s surdimensionnĂ©s et Ă©co-destructeurs, et la RPC est parfois accusĂ©e d’expansionnisme Ă©conomique (et mĂȘme militaire), d’une forme de nĂ©ocolonialisme.

Par exemple, des plans de barrages hydroélectriques sur le Mékong au Laos ont suscité le mécontentement de nombreux habitants.

La contestation de la prĂ©sence de la RPC peut mĂȘme se radicaliser, et devenir extrĂȘmement violente, y compris chez ses partenaires majeurs. C’est notamment le cas au Pakistan, oĂč les sĂ©paratistes du Baloutchistan rejettent les “oppresseurs”. Ce groupe a d’ailleurs revendiquĂ© plusieurs attentats anti-RPC, dont l’attentat au consulat de la Chine Ă  Karachi en 2018. 💣

Spectre de l’endettement et suspicions de nĂ©ocolonialisme 💰

Enfin, la principale limite de l’OBOR est la question de l’endettement des partenaires de la Chine, et en particulier des PED : c’est l’argument principal de ses dĂ©tracteurs. Les banques chinoises accordent en effet des prĂȘts de plusieurs milliards d’euros, qui font grimper la dette de nombreux Etats, et laissent planer la menace d’une nouvelle crise de la dette.

Au Kenya, par exemple, la nouvelle ligne ferroviaire Mombassa-Nairobi, financĂ©e en grande majoritĂ© par un emprunt du Kenya auprĂšs de l’Eximbank of China, a doublĂ© le montant de la dette publique kĂ©nyane depuis 2013.

Surtout, de nombreuses critiques portent sur le “piĂšge de la dette” tendu par la RPC, qui chercherait Ă  s’emparer d’infrastructures stratĂ©giques dans des Etats en dĂ©faut de paiement. Le prĂ©cĂ©dent du Sri Lanka a en effet de quoi inquiĂ©ter. đŸ˜”

Le port d’Hambantota est financĂ© en 2010 par 5 milliards de $ de prĂȘts chinois, qui font exploser la dette srilankaise, jusqu’à ce que l’Etat fasse faillite. La crise se solde en 2017 par une remise de la dette de l’ordre de 1 milliard de $, contre la concession des activitĂ©s du port Ă  la China Merchant : Hambantota devient alors une concession extraterritoriale de la RPC ! Nous parlions de nĂ©ocolonialisme plus tĂŽt, nous sommes en plein dedans.

La crise liĂ©e Ă  la pandĂ©mie a rendu cette question de l’endettement encore plus sensible. De plus en plus d’Etats, faisant face Ă  une baisse de leurs recettes fiscales et Ă  une nĂ©cessaire hausse des dĂ©penses publiques, risquent d’ĂȘtre dans l’impossibilitĂ© de rembourser les prĂȘts.

Or, les risques du surendettement affectent aussi les intĂ©rĂȘts de la RPC. En effet, les dĂ©fauts de paiement risquent de fragiliser les entreprises chinoises qui remplissent les contrats de l’OBOR avec l’argent de la dette, et la crise de la dette pourrait nuire Ă  l’image de la RPC. 📉

Conclusion sur les nouvelles routes de la soie đŸ’«

Les “nouvelles routes de la soie”, c’est donc LE grand projet de la RPC, la stratĂ©gie censĂ©e lui permettre Ă  terme, de dominer le monde. La “Belt and Road Initiative” est censĂ©e redessiner la carte du monde, en bĂ©nĂ©ficiant Ă  tous, mais surtout Ă  la Chine : les financements chinois profitent en premier lieu Ă  ses sociĂ©tĂ©s, et sont censĂ©s Ă©tendre son influence. 🌏

Cependant, l’OBOR suscite de nombreuses contestations, de nombreuses critiques chez ses partenaires : il fait notamment ressurgir le spectre de la crise de la dette, et mĂȘme celui d’un “piĂšge de la dette”, un piĂšge nĂ©ocolonialiste tendu par la RPC.

Alors que la BRI est censĂ©e rĂ©pondre Ă  ses intĂ©rĂȘts, une telle crise, un tel piĂšge, ne jouent pas en faveur de son influence, de son “soft power”.

Alors qu’elle souhaitait profiter du retrait amĂ©ricain sous Trump pour s’affirmer comme le nouveau leader mondial, la RPC suscite toujours autant de craintes. A l’heure oĂč Biden marque la fin de l’isolationnisme amĂ©ricain, la Chine a peut-ĂȘtre ratĂ© le coche.

Mais elle a encore jusqu’à 2049 pour faire du XXIe siùcle le “siùcle chinois”. 🇹🇳

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