À retenir
La littérature africaine, souvent méconnue, est pourtant l’une des plus riches et des plus engagées au monde. Des origines dans l’Égypte antique jusqu’aux auteurs contemporains, elle traverse des siècles d’histoire, de colonisation et de luttes identitaires. Cet article présente 10 écrivains incontournables — Chinua Achebe, Chimamanda Ngozi Adichie, Alain Mabanckou, Ngugi wa Thiong’o, Wole Soyinka, Léopold Sédar Senghor, Ahmadou Kourouma, Léonora Miano, Mohamed Mbougar Sarr et Ali Zamir — dont les œuvres dénoncent le colonialisme, célèbrent la culture africaine et bousculent les tabous. Une littérature puissante, politique et universelle, à découvrir absolument.
Es-tu capable de citer au moins 3 auteurs africains connus ou non ? Pas facile, hein ! Pourtant, la littérature africaine est riche et compte de véritables chefs d’oeuvres ! Pour pallier ce trou dans notre culture générale, on a décidé de s’intéresser à cette littérature africaine et notamment à ses visages. Pour ça, on a préparé, juste pour toi, une liste de 10 écrivains d’origine africaine qui ont marqué l’histoire du livre. 📖
1. Chinua Achebe, le père de la littérature africaine
Chinua Achebe est l’un des plus célèbres écrivains africains d’expression anglaise. Il est nommé plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature. Il sera récompensé 6 fois de son vivant, et recevra également une distinction post-mortem.
🏅 Distinctions
📍 Margaret Wrong Memorial Prize (1959)
📍 Nigerian National Trophy for literature (1960)
📍 Peace Prize of the German Book Trade (2002)
📍 Grand Prix de la Mémoire (GPAL 2019)
📍 Commonwealth Poetry Prize (1972 et 1979)
📍 Nigerian National Merit Award (1979)
📍 Man Booker International Prize (2007)
De son vrai nom, Albert Chinualumogu Achebe, le romancier est né en 1930 à Ogidi, au Nigeria, et meurt à Boston en 2013. Il est romancier et poète et se fait connaître en 1958 avec son roman Tout s’effondre (Things Fall Apart). Le roman décrit une Afrique porteuse de valeurs et traditions anciennes devant le choc de l’arrivée des Occidentaux.
En 1969, le roman est tiré à plus de 400 000 exemplaires et atteint en 1987 trois millions d’exemplaires ! Traduit en 45 langues, son livre reste, malgré ses multiples autres publications, sa plus grande réussite.
Entre 1958 et 2012, il publie près de 30 ouvrages. 📚
- 5 romans
- 6 recueils de nouvelles
- 5 recueils de poésies
- 5 ouvrages à destination de la jeunesse
- 8 essais
Ses œuvres ont toutes une grande thématique :le colonialisme. L’écrivain se veut un médiateur de la colonisation. Ses œuvres mettent en scène des personnages, souvent bloqués à la frontière de deux mondes : le monde occidental, sans rationalité, ni justice ; et une Afrique avec des valeurs traditionnelles considérées comme handicapantes pour le nouveau monde.
Des auteurs comme l’Américain Ernest Hemingway ont représenté la population noire africaine comme des sauvages et sont ainsi à l’origine d’un immonde blasphème.
Chinua Achebe
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2. Chimamanda Ngozi Adichie, l’autrice engagée
Autrice reconnue, Chimamanda Ngozi Adichie fait aujourd’hui parler d’elle grâce aux thématiques qu’elle aborde. Autrice féministe engagée, elle lutte contre le racisme et le sexisme. En tant que femme noire, elle a su s’imposer dans le domaine de la littérature avec brio.

Née en 1977, Chimamanda Ngozi Adichie est l’une des autrices les plus connues de sa génération. Jusqu’à ses 19 ans, elle vit dans le sud du pays à Abba et valide une première année de médecine. Elle s’envole ensuite aux États-Unis pour poursuivre des études de communication et de sciences politiques.
C’est en 2003 qu’elle sort de l’ombre avec sonroman L’Hibiscus pourpre. Nommé aux Baileys Women’s Prize for Fiction en 2004 et proclamé meilleur livre du Commonwealth Writers’ Prize en 2005. Cependant, c’est son second roman, L’autre moitié du Soleil qui la confirme en tant qu’écrivaine. Puis, Americanah qui fait d’elle une voix qui compte, abordant avec humour et autodérision les problématiques de racisme, de féminisme et de déracinement culturel.
Depuis 1998, elle a publié 11 œuvres originales, lui valant 7 récompenses.
🏅 Distinctions
📍 Prix de la nouvelle par le BBC World Service, 2002, pour That Harmattan Morning
📍 David T. Wong International Short Story Prize, pour L’Autre Moitié du Soleil
📍 Prix MacArthur, 2008
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3. Alain Mabanckou, le professeur de littérature
Alain Mabanckou est un écrivain franco-congolais et professeur de lettres aux États-Unis. Né en 1966, il découvre, dès son enfance, des livres français. C’est son père adoptif qui lui rapporte les ouvrages oubliés des voyageurs de son hôtel. Dès lors, il se tourne vers l’écriture comme une réelle passion, poursuit sa voie avec un bac littéraire et entame des études de droit avec le soutien de sa mère.
À 22 ans, il s’envole pour la France avec ses ébauches de manuscrits et ses poèmes. Il commence à les publier trois ans plus tard. Pourtant, personne n’entend parler de son talent avant 1998, année de parution de son roman Bleu-Blanc-Rouge. Alain Mabanckou gagne le Grand prix littéraire d’Afrique noire de 98 grâce à cet opus et rentre, par la même occasion, dans le top des écrivains africains connus !
Suite à ce succès, il ne cesse de publier ses écrits et d’accroître son lectorat. Roman, poésie, nouvelle, essai, anthologie, album illustré… Au total, c’est plus de 30 écrits qu’il publie. Le dernier en date, Le Commerce des Allongés, publié en août 2022, rappelle l’un de ses écrits déjà connus, Mémoire de porc-épic (2006).
🏅 Distinctions
📍 Booker International Prize (2015)
📍 Grand prix du roman de l’Académie française (2018)
📍 Nomination “Choix Goncourt” en Pologne, Italie, Orient, Roumanie et Suisse (2015)

4. Ngugi wa Thiong’o, le dénonciateur
Ngugi wa Thiongʼo est l’une des figures dominantes des bibliothèques africaines par ses idéologies politiques. Ses œuvres et ses idées l’enverront en prison, ce qui donnera un ton encore plus critique à ses ouvrages vis-à-vis du gouvernement.
Comment a-t-il été possible que nous, écrivains africains, fassions preuve de tant de faiblesse dans la défense de nos propres langues et de tant d’avidité dans la revendication de langues étrangères, à commencer par celles de nos colonisateurs ?
Ngugi wa Thiongʼo
Extrait de Décoloniser l’esprit 1986
Ngugi wa Thiongʼo est un Kényan dont les œuvres sont écrites en langues kikuyu et anglaise. Professeur et directeur de l’International Center for Writing & Translation à l’université de Californie, il est une figure intellectuelle importante en Afrique de l’Est, d’où sa place dans notre sélection d’écrivains connus.
Son succès, Et le blé jaillira, le fait connaître à l’international. Puis, il fait parler de lui avec sa pièce de théâtre : L’Ermite noir. En réalité, dans la majorité de ses textes, on retrouve la dénonciation du colonialisme, les tensions entre Blancs et Noirs et les communautés tiraillées entre les influences culturelles, européennes et africaines.
Désormais, il écrit exclusivement en kikuyu qu’il emploie dans l’objectif de s’adresser à un public sélectionné.
📚 Ses œuvres principales
- La Rivière de vie (1965)
- Et le blé jaillira (1967)
- Pétales de sang (1977)
- Décoloniser l’esprit (1986)

5. Wole Soyinka, le premier Prix Nobel 🏆
Wole Soyinka est le premier écrivain noir à obtenir le Prix Nobel de littérature en 1986. Véritable artiste des mots, il possède une plume complexe, à tel point qu’il est considéré comme un auteur prolifique –qui a une abondante production-. Auteur de romans, poésies, nouvelles, pièces de théâtre ou encore des essais politiques, rien ne l’arrête pour combler son lectorat. Il s’essaie à tous les genres et formes d’écriture dans un seul but : rendre à sa terre natale, l’Afrique, toute sa grandeur. 🌍

Né en 1934, Wole Soyinka, de son vrai nom Akinwande Oluwole Babatunde Soyinka, est aussi l’un des visages de la littérature africaine. Connu comme dramaturge, ses pièces de théâtre Le Lion et la Perle (1959),Les Tribulations de Frère Jero (1959), La Danse de la forêt (1960) connaissent un réel succès alors qu’il n’avait encore que la vingtaine.
Toutes ses œuvres reprennent, d’une manière ou d’une autre, les traditions africaines combinées à la modernité du monde occidental et les libertés bafouées de son pays, un hommage qu’il rend à l’Afrique.
Son œuvre la plus connue est sa pièce La Mort et l’Écuyer du Roi. Dans cette dernière, Wole Soyinka parle d’anticolonialisme en se basant sur des faits réels liés à la colonisation du Nigeria.
Aujourd’hui encore, malgré ses 88 ans, l’ancien lauréat et professeur de lettres ne cesse de prendre parti pour défendre ses valeurs et celles de l’Afrique, tout en continuant d’écrire et d’animer de nombreux salons et festivals du livre. 📚
6. Léopold Sédar Senghor, le président poète
Considéré comme l’un des plus grands poètes d’origine africaine, Léopold Sédar Senghor (1906-2001) est un homme d’État avant d’être un homme de lettres. Premier président de la République du Sénégal de 1960 à 1980, il a également été député français de 1945 à 1958. Connu pour son rôle de meneur au sein de son pays d’origine, Léopold Sédar Senghor est le premier africain à entrer à l’Académie française en 1983. 😎
Si son rôle de politicien a su marquer l’histoire, Léopold Sédar Senghor l’a aussi marqué en tant qu’écrivain. Porte-parole de la négritude, il estime que l’Afrique est dépossédée de sa langue et de son histoire. En ce sens, son objectif est de promouvoir la beauté et la richesse culturelle de l’Afrique par sa plume. Pour cela, il publie en 1948, avec l’aide d’autres plumes : Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. Avec cet ouvrage, il souhaite valoriser à nouveau son pays d’origine et mettre en avant la lecture des poètes noirs.
La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture.
Léopold Sédar Senghor
📚 Ses œuvres principales
- Chants d’ombre (1945)
- Éthiopiques (1956)
- Ce que l’homme noir apporte (1939)
- Nocturnes (1961)

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7. Ahmadou Kourouma et l’après-décolonisation 👀
Écrivain d’origine ivoirienne, Ahmadou Kourouma fait partie du mouvement d’après-décolonisation ; autrement dit, il se révolte contre les dictateurs du gouvernement de l’après-colonialisme. Il vient porter un regard critique sur le nouveau gouvernement et défend les maux de la nouvelle Afrique : tyrannie, anarchie, pauvreté, corruption, naïveté…
Né en Côte d’Ivoire en 1927, l’écrivain fait des études techniques au Mali tout en refusant de partir servir l’armée de répression durant la colonisation. Pour cet acte rebelle, il sera envoyé sur le front en Indochine pendant 4 ans. En 1954, il est démobilisé et part en France, à Lyon, pour poursuivre des études de mathématiques. 🤓
C’est seulement en 1960 qu’il décide de rentrer en Côte d’Ivoire après la proclamation de l’indépendance. Malheureusement, il sera emprisonné à son retour par le président en place pour opposition au régime. Après sa libération en 1964, il sera directement condamné à l’exil. Il vivra dans différents pays d’Afrique.
C’est durant cet exil qu’il écrit Les soleils des Indépendants en 1970, dans lequel il dénonce les différents gouvernements issus de l’indépendance. Cela dit, ce n’est qu’en 1999 qu’il fera parler de lui en France avec son roman En attendant le vote des bêtes sauvages (1998). Grâce à cet ouvrage, il reçoit sa première récompense : le Prix du Livre Inter en 1999 ! 🥳
Ses œuvres principales, Les soleils des Indépendants (1970), Tougnantigui ou le diseur de vérité (1972), Monné, outrages et défis (1990), En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), Allah n’est pas obligé (2000), ont toutes une thématique commune : les mémoires de la colonisation et de la post-indépendance.
Avec 15 œuvres publiées entre 1968 et 2004, Ahmadou Kourouma reçoit 4 autres récompenses.
🏅 Distinctions
📍 Prix Maillé-Latour-Landry (1970)
📍 Prix Renaudot (2000)
📍 Grand Prix Jean-Giono (2000)
📍 Prix Goncourt des lycéens (2000)
8. Léonora Miano, l’autrice sans tabou 🤩
Léonora Miano prône l’absence de tabou. Pour certains, c’est une autrice qui dérange, pour d’autres, la preuve incontestable que certains sujets défendus sont plus importants dans la société qu’on ne le croit. Avec un groupe d’autrices africaines, Léonora Miano publie, en 2015, L’Anthologie du plaisir. L’ouvrage traite du corps féminin, de sensualité et parfois même de sexualité. Une thématique désapprouvée et interdit dans certaines régions encore aujourd’hui. 🔞
Ce n’est pas la seule thématique sensible dont l’écrivaine ose parler. Mondialisation, traite des noirs, esclavagisme ou encore la négritude… Des sujets complexes dont elle tire le secret pour démontrer la transformation du monde et de l’humanité.
Léonora Maino est une écrivaine camerounaise. Elle s’installe en France à l’âge de 18 ans pour étudier la littérature américaine. Cependant, l’écriture fait partie de sa vie depuis bien plus longtemps. Dès l’âge de 8 ans, elle commence par la poésie, c’est à partir de l’adolescence qu’elle se tourne vers le roman. Aucune de ses productions d’enfance et d’adolescente n’ont vu le jour.
Ce n’est qu’en 2005 que paraît sa première publication, L’Intérieur de la nuit. Cette attente avant de publier un ouvrage est une volonté de l’autrice : celle de se donner le temps pour trouver son style ! 💘
Avec 21 œuvres à son actif, Léonora Miano reçoit 9 récompenses, dont certaines très prestigieuses.
🏅 Distinctions
📍 Grand prix litt. D’Afrique noire 2011
📍 Chevalière de l’ordre des Arts et des Lettres 2014

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9. Mohamed Mbougar Sarr, l’auteur à succès ✨
Mohamed Mbougar Sarr est le plus jeune écrivain de notre sélection. Né en 1990, le Sénégalais fait parler de lui dès ses 24 ans en remportant le Prix Stéphane Hessel avec sa nouvelle La Cale. Il enchaîne les succès avec la sortie de son roman Terre Ceinte, la même année. Sans oublier les trois autres romans qui ont tous été récompensés !

Dans ses récits, on retrouve des sujets complexes tels que les guerres civiles d’Afrique, le quotidien des migrants en Sicile ou encore les inspirations populaires. Cependant, l’œuvre qui marquera le plus son parcours sera son roman collectif avec deux autres plumes : De Purs Hommes, qui traite du problème de l’homosexualité dans les sociétés africaines. Ce dernier reprend un fait divers homophobe. Il bouscule les lecteurs et attise la critique, pour beaucoup, il ne fait que défendre l’homosexualité, mais en réalité, Mohamed Mbougar Sarr soulève un problème d’origine politique avec ce roman.
📚 Ses œuvres principales
- De Purs Hommes 2018
- La plus secrète mémoire des hommes 2021
🏅 Distinctions
📍 Chevalier de l’Ordre du Mérite par le Président de la République du Sénégal, 2015
📍 Commandeur de l’Ordre national du Lion du Sénégal par le Président de la République du Sénégal, 2021
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10. Ali Zamir, celui qui écrit un roman en une seule phrase 🤯
Pour terminer notre sélection des écrivains africains connus, voici : Ali Zamir. Né en 1987, l’écrivain et chercheur comorien a réussi à effectuer son roman de 320 pages… en une seule phrase. Sacrée performance ! 😱 Un roman hors du cadre, des caractéristiques et des barrières de la littérature. Ali Zamir publie en 2016 Anguille sous Roche qui ne rentre dans aucune case. Pour autant, il fait gagner à l’écrivain quatre récompenses littéraires. Salué par la critique, le livre est considéré comme un phénomène.
📖 Résumé de l’œuvre
Quelque part dans l’océan Indien, une jeune femme se noie. Ses forces l’abandonnent mais sa pensée, tel un animal sur le point de mourir, se cambre : dans un ultime sursaut de vie et de révolte, la naufragée nous entraîne dans le récit de sa vie…
📚 Ses œuvres principales
- Aiguille sous roche (2016)
- Mon étincelle (2017)
- Dérangé que je suis (2019)

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Les origines et l’histoire de la littérature africaine 🌍
Les origines de cette prose remontent à – 4500 ans, avec les écrits de l’Égypte antique. Ses écrits retracent les épopées et les contes traditionnels provenant des traditions orales transmises de génération en génération. Malgré cela, c’est à partir du XXe siècle que la littérature évolue et se développe.
Avec la colonisation, les écrivains se mettent à l’anglais, au français ou encore au portugais et l’arabe pour faire connaître leurs histoires à travers les nations. Une chose est sûre, la grande majorité des ouvrages sont inspirés de faits réels, des différentes réalités qu’ils ont vécues.
👉 Tout d’abord, on peut découvrir la littérature dite “classique”. Elle prend place durant l’entre-deux-guerres et permet aux écrivains de développer des romans et des recueils remplis de contes et légendes traditionnelles.
👉 S’ensuit, de 1935 à 1941, la période coloniale. Les œuvres de cette période se veulent réalistes, dépeignant l’enfer que vivent les nations africaines sous la colonisation. Elles démontrent une modernisation –civile et technologique– qui n’est pas forcément en lien avec le traditionalisme. La quête d’authenticité des auteurs se poursuit dans leur volonté d’être moderne en continuant de partager leurs valeurs par le récit.
👉 De 1941 à 1974, émerge la période post-indépendance, ou post-coloniale. Les écrivains n’ont plus peur de dénoncer la colonisation comme de la déshumanisation. Des mouvements se dressent et les écrivains s’engagent politiquement dans leurs écrits. Problèmes d’identité, l’exil, l’aliénation culturelle, le métissage, le racisme et toutes les autres conséquences du colonialisme sont traités. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui utilisent la satire pour dénoncer des années de souffrance.
👉 Enfin, de 1974 à aujourd’hui, elle évolue vers le modernisme. On retrouve notamment :
📍 Une plus grande liberté d’expression,
📍 Une forme d’écriture moderne,
📍 Émergence des autrices noires qui s’imposent dans le domaine,
📍 Apparition des sujets auparavant controversés tels que : la place de la femme ou encore l’homosexualité.
Désormais, la littérature africaine est un sujet dont tu sauras débattre. Tu pourras même citer jusqu’à 10 noms d’écrivains africains connus si on te le demande ! On espère que cette découverte t’a conquis et que tu en ressors riche de connaissances –nous oui– ! 🥰
Les questions fréquentes
Qui est Chinua Achebe et pourquoi est-il considéré comme le père de la littérature africaine ?
Chinua Achebe (1930–2013), de son vrai nom Albert Chinualumogu Achebe, est un romancier et poète nigérian considéré comme la figure fondatrice de la littérature africaine moderne d’expression anglaise. Né à Ogidi au Nigeria, il passe toute sa vie à défendre une vision de l’Afrique radicalement opposée à celle véhiculée par la littérature occidentale.
C’est en 1958, avec son roman Tout s’effondre (Things Fall Apart), qu’il s’impose sur la scène internationale. L’œuvre dépeint une société africaine riche de valeurs et de traditions ancestrales, brutalement ébranlée par l’arrivée des colonisateurs occidentaux. En 1987, le roman avait déjà été tiré à trois millions d’exemplaires et traduit en 45 langues — un record pour un auteur africain.
Le titre de « père de la littérature africaine » lui est attribué pour plusieurs raisons. Il est l’un des premiers auteurs africains à raconter l’Afrique de l’intérieur, en donnant la parole aux Africains eux-mêmes, avec leurs propres valeurs et leur propre vision du monde. Il répond ainsi directement aux représentations coloniales qui dépeignaient les peuples africains comme des « sauvages », notamment dans les œuvres d’auteurs comme Ernest Hemingway.
Entre 1958 et 2012, Achebe publie près de 30 ouvrages couvrant tous les genres littéraires : romans, nouvelles, poésie, essais et littérature jeunesse. Nommé plusieurs fois au prix Nobel de littérature, il reçoit de son vivant six distinctions majeures, dont le Man Booker International Prize en 2007 et le Peace Prize of the German Book Trade en 2002.
Quels sont les grands thèmes récurrents de la littérature africaine du XXe siècle ?
La littérature africaine du XXe siècle est traversée par plusieurs thématiques majeures, étroitement liées à l’histoire du continent et aux bouleversements politiques, sociaux et culturels qu’il a traversés.
Le colonialisme et ses conséquences constituent le socle de nombreuses œuvres. Des auteurs comme Chinua Achebe, Ngugi wa Thiong’o ou Ahmadou Kourouma dépeignent la violence de la colonisation, la destruction des cultures traditionnelles et les tensions entre monde occidental et monde africain.
La quête d’identité est un autre fil conducteur. Nombreux sont les personnages tiraillés entre deux univers culturels, entre tradition et modernité, entre leur pays d’origine et l’exil. Ce déracinement se retrouve notamment chez Chimamanda Ngozi Adichie dans Americanah ou chez Alain Mabanckou.
La dénonciation politique marque profondément la littérature post-indépendance. Ahmadou Kourouma et Ngugi wa Thiong’o s’en prennent aux gouvernements corrompus issus de la décolonisation, à la tyrannie et à la pauvreté. Certains en paieront le prix fort : prison, exil, censure.
Le féminisme et la place des femmes émergent avec force à partir des années 1990–2000, portés par des autrices comme Chimamanda Ngozi Adichie et Léonora Miano, qui abordent sans détour les questions de genre, de sexualité et de corps féminin dans des sociétés souvent patriarcales.
Enfin, la langue elle-même devient un enjeu littéraire et politique : écrire en anglais, en français ou dans sa langue maternelle (comme le kikuyu pour Ngugi wa Thiong’o) est un acte de résistance ou d’ouverture, jamais neutre.
Qu’est-ce que la négritude et quel rôle Léopold Sédar Senghor a-t-il joué dans ce mouvement ?
La négritude est un mouvement littéraire, culturel et politique né dans les années 1930 à Paris, au sein de la communauté des intellectuels et étudiants noirs francophones. Il émerge en réaction à l’assimilation culturelle imposée par la colonisation française et à l’effacement des cultures africaines et antillaises.
Le mouvement repose sur une idée centrale : revendiquer et célébrer l’identité noire, l’histoire africaine et les valeurs culturelles propres aux peuples noirs, longtemps méprisées ou ignorées par la culture occidentale dominante. Comme le résume Senghor lui-même : « La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. »
Léopold Sédar Senghor (1906–2001) en est l’une des figures tutélaires, aux côtés d’Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Poète, intellectuel et homme d’État sénégalais — il fut le premier président de la République du Sénégal de 1960 à 1980 et le premier Africain à entrer à l’Académie française en 1983 — Senghor consacre toute sa vie à promouvoir la beauté et la richesse de la culture africaine par l’écriture.
Son œuvre la plus emblématique dans ce cadre est l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948), qu’il compile avec d’autres auteurs pour donner une visibilité inédite aux poètes noirs francophones. Ses propres recueils — Chants d’ombre (1945), Éthiopiques (1956), Nocturnes (1961) — illustrent cette quête d’une identité africaine affirmée et célébrée, jamais subie.
Pourquoi Ngugi wa Thiong’o a-t-il choisi d’écrire exclusivement en kikuyu plutôt qu’en anglais ?
Le choix de Ngugi wa Thiong’o d’abandonner l’anglais au profit du kikuyu, sa langue maternelle, n’est pas anodin : c’est un acte politique et culturel fort, profondément lié à sa vision de la décolonisation.
Jusqu’à la fin des années 1970, Ngugi écrit en anglais et connaît un succès international avec des romans comme Et le blé jaillira (1967) ou Pétales de sang (1977). Mais sa pensée évolue radicalement. Emprisonné en 1977 par le gouvernement kényan en raison de son engagement politique, il prend conscience, depuis sa cellule, de la portée symbolique de la langue comme outil de domination coloniale.
Dans son essai Décoloniser l’esprit (1986), il formule clairement sa position : écrire dans la langue du colonisateur, c’est perpétuer une forme de colonisation intellectuelle. Il interpelle d’ailleurs directement ses pairs : « Comment a-t-il été possible que nous, écrivains africains, fassions preuve de tant de faiblesse dans la défense de nos propres langues ? »
En choisissant le kikuyu, Ngugi renoue avec un public africain directement concerné par ses récits, celui qui vit les réalités qu’il décrit. Il affirme que la vraie décolonisation passe d’abord par la langue — avant même la politique ou l’économie. Ce geste radical lui vaut une reconnaissance internationale croissante et une place centrale dans les études postcoloniales, même si paradoxalement, ses œuvres en kikuyu sont souvent lues dans le monde entier en traduction anglaise.
Quelles autrices africaines contemporaines s’imposent dans la littérature mondiale aujourd’hui ?
La littérature africaine contemporaine est marquée par l’émergence de voix féminines puissantes, qui bousculent les conventions littéraires et sociales avec un retentissement mondial.
Chimamanda Ngozi Adichie est sans doute la plus connue à l’international. Cette autrice nigériane née en 1977 s’est imposée comme une figure incontournable du féminisme contemporain. Avec L’Hibiscus pourpre, L’autre moitié du Soleil et surtout Americanah, elle explore avec finesse les questions de race, de genre et d’identité culturelle entre l’Afrique et l’Occident. Son essai Nous sommes tous des féministes a été traduit en des dizaines de langues et lu à travers le monde entier.
Léonora Miano, écrivaine camerounaise installée en France, ose aborder des sujets longtemps tabous dans la littérature africaine : la sexualité féminine, la traite négrière, l’esclavagisme, la mondialisation. Son Anthologie du plaisir (2015), co-écrite avec d’autres autrices africaines, marque une rupture audacieuse dans un paysage littéraire encore largement dominé par les hommes. Récompensée par le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 2011, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des autrices les plus importantes de sa génération.
D’autres noms méritent d’être cités : Ama Ata Aidoo (Ghana), pionnière du féminisme africain ; Scholastique Mukasonga (Rwanda), dont les récits témoignent du génocide des Tutsi ; ou encore Fatou Diome (Sénégal), connue pour Le Ventre de l’Atlantique, roman sur l’immigration et le déracinement.
Comment la littérature africaine a-t-elle évolué de la période coloniale à la période postcoloniale ?
La littérature africaine a traversé plusieurs grandes phases historiques, chacune portant les empreintes des réalités politiques et sociales de son époque.
Avant la colonisation, la littérature africaine est essentiellement orale : épopées, contes, proverbes et légendes transmis de génération en génération. Ses origines écrites remontent à l’Égypte antique, il y a plus de 4 500 ans.
Durant la période coloniale (1935–1941), les auteurs africains adoptent les langues des colonisateurs — français, anglais, portugais — pour faire entendre leurs voix au-delà des frontières. Leurs œuvres décrivent une Afrique meurtrie, entre traditions ancestrales et modernité imposée. La littérature devient un espace de résistance et de témoignage.
À la période post-indépendance (1941–1974), le ton se durcit. Les auteurs dénoncent ouvertement la colonisation comme une déshumanisation systématique. Des mouvements politiques et littéraires émergent — comme la négritude — et les écrivains s’engagent sur des sujets jusqu’alors dangereux : l’exil, le racisme, l’aliénation culturelle, les dictatures post-coloniales. Certains, comme Kourouma ou Ngugi, le paient par l’emprisonnement ou l’exil.
À partir des années 1970, la littérature africaine entre dans une phase de modernisme : plus grande liberté d’expression, diversification des formes narratives, affirmation des autrices noires, traitement de sujets contemporains comme l’homosexualité, les migrations ou la mondialisation. Elle s’inscrit désormais pleinement dans la conversation littéraire mondiale, comme en témoigne le Prix Goncourt 2021 obtenu par Mohamed Mbougar Sarr.
Qu’est-ce qui distingue le style narratif d’Ali Zamir des autres écrivains africains ?
Ali Zamir, écrivain et chercheur comorien né en 1987, se distingue par une prouesse stylistique aussi radicale que singulière : son premier roman, Anguille sous roche (2016), est rédigé en une seule et unique phrase sur 320 pages.
Ce parti pris formel n’est pas un simple exercice de style. Il reflète une vision littéraire profonde : celle d’une conscience en flux continu, d’une pensée qui refuse les points d’arrêt, les cases, les frontières. Le roman raconte les derniers instants d’une jeune femme qui se noie dans l’océan Indien, et la phrase unique mime l’urgence, le vertige et la densité de cette vie qui défile.
Là où la plupart des auteurs africains s’inscrivent dans une tradition narrative engagée et thématique — colonialisme, identité, politique —, Zamir choisit d’abord une rupture formelle. Son propos est moins idéologique que phénoménologique : il s’agit de rendre compte de l’expérience intérieure d’un être humain à l’extrême limite de l’existence.
Ce faisant, il rejoint les grandes expérimentations de la littérature mondiale — on pense à Faulkner ou Bernhard — tout en ancrant son récit dans une géographie et une sensibilité profondément africaines et comoriennes. Anguille sous roche a reçu quatre récompenses littéraires et a été salué comme un phénomène par la critique internationale.
Quel est l’impact de Mohamed Mbougar Sarr sur la représentation des sociétés africaines contemporaines ?
Mohamed Mbougar Sarr, né en 1990 au Sénégal, est aujourd’hui l’une des voix les plus importantes de la nouvelle génération d’écrivains africains. Révélé dès ses 24 ans avec le Prix Stéphane Hessel pour sa nouvelle La Cale, il s’impose définitivement sur la scène internationale en 2021 avec La plus secrète mémoire des hommes, qui lui vaut le Prix Goncourt — une première pour un auteur africain subsaharien d’expression française aussi jeune.
Son impact sur la représentation des sociétés africaines contemporaines est double.
D’une part, il contribue à complexifier le regard porté sur l’Afrique, en refusant les représentations réductrices ou victimaires. Ses personnages sont des intellectuels, des artistes, des êtres humains aux prises avec des questions universelles : la création littéraire, la mémoire, la filiation.
D’autre part, il n’hésite pas à aborder des sujets sensibles dans le contexte africain. Son roman De purs hommes (2018) traite de l’homophobie en Afrique de l’Ouest à travers un fait divers réel. L’œuvre ne défend pas l’homosexualité au sens militant du terme, mais soulève un problème d’origine politique et sociale : la violence communautaire, la peur de l’autre, la construction des normes de genre. Ce faisant, Mbougar Sarr oblige son lectorat — africain comme occidental — à confronter des contradictions que beaucoup préféreraient ignorer.
Il incarne une nouvelle génération d’auteurs africains qui refusent d’être réduits à un seul registre, et qui revendiquent le droit à toute la complexité de la littérature.
Comment un cours particulier de français avec un Sherpas peut aider un élève à analyser une œuvre de littérature africaine au programme ?
La littérature africaine est encore peu enseignée dans les programmes scolaires français, ce qui peut la rendre intimidante pour les élèves : références culturelles moins familières, contextes historiques méconnus (colonisation, négritude, post-indépendance), registres de langue parfois déroutants. Un cours particulier de français avec un Sherpas permet de lever ces obstacles de façon ciblée et progressive.
Concrètement, un Sherpas peut aider à :
- Replacer l’œuvre dans son contexte historique et culturel : comprendre la colonisation, la négritude ou la période post-indépendance est indispensable pour analyser les textes d’Achebe, Senghor ou Kourouma avec pertinence
- Construire un commentaire de texte ou une dissertation sur un extrait d’auteur africain, en respectant la méthodologie attendue au brevet ou au bac
- Identifier les thèmes littéraires clés (colonialisme, identité, exil, résistance) et les mettre en relation avec d’autres œuvres du programme
- Préparer une lecture linéaire ou un exposé oral sur un auteur africain
- Développer une culture générale littéraire indispensable pour briller à l’écrit comme à l’oral
Les Sherpas sont des étudiants issus des meilleures grandes écoles françaises (ENS, HEC, Sciences Po, Polytechnique…), capables d’expliquer avec clarté des enjeux littéraires complexes, à chaque niveau scolaire. Le premier cours est offert, sans engagement.
Quelles œuvres de littérature africaine sont au programme scolaire en France, et comment les réviser efficacement avec un Sherpas ?
La littérature africaine reste encore sous-représentée dans les programmes officiels de l’Éducation nationale en France, mais elle y fait néanmoins une apparition croissante, notamment dans les listes d’œuvres complémentaires ou les sujets de bac.
Quelques œuvres fréquemment rencontrées :
- Tout s’effondre de Chinua Achebe — colonialisme, choc des cultures, tradition africaine
- Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma — guerre civile, enfants soldats, post-colonialisme (souvent au programme de lycée)
- Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie — racisme, féminisme, identité diasporique
- La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr — méta-littérature, mémoire coloniale, Prix Goncourt 2021
- Les poèmes de Léopold Sédar Senghor — négritude, identité africaine, poésie engagée
Comment les réviser efficacement ?
Ces œuvres exigent une double compréhension : littéraire d’un côté, historique et culturelle de l’autre. Réviser seul peut vite devenir complexe, surtout quand les cours n’ont pas suffisamment mis en contexte les enjeux propres à chaque texte.
Un Sherpas accompagne l’élève dans la construction de fiches de lecture synthétiques, la préparation aux questions de compréhension, la rédaction de commentaires composés et la mise en relation des textes africains avec d’autres courants littéraires mondiaux. Chaque séance est adaptée au rythme et aux besoins de l’élève, en ligne, partout en France. Et le premier cours est offert pour commencer sans pression.
Excellent sujet avec précisions sur les personnalités littéraires dont fait cas l’article. Cependant, pourriez vous aborder dans un prochain, les nouveaux auteurs africains qui se sont distingués ces deux dernières décennies?
Bonjour, oui, c’est une excellente idée. Nous veillerons à aborder dans un prochain article les nouveaux auteurs africains qui ont émergé au cours des dernières années. Merci pour votre recommandation ! À bientôt 😊
bonjour ,
j’ai beaucoup apprécié votre article. toutefois, le premier roman écrit par un africain est « L’âne d’or » de l’écrivain numide-berbère nommé Apulée de Madaure (né :125, dcd : 170).
Rendons à César …