Lorenzaccio est une Ćuvre importante, non seulement parce quâelle est au programme en prĂ©pa comme au lycĂ©e, mais en plus parce quâelle marque un tournant dans la littĂ©rature. Musset rĂ©invente le « drame romantique ». On va analyser ça ensemble. Ready? Letâs go! đ„

PrĂ©sentation de lâĆuvre đ
Fiche dâidentitĂ© đ
| Nom | Lorenzaccio |
|---|---|
| Genre | Théùtral |
| Auteur | Alfred de Musset |
| Date de publication | 1834 |
| Registre | Drame romantique |
| Mouvement | Romantisme |
| Composition | 5 actes, 36 scĂšnes |
Câest qui, Alfred de Musset ? đ€
On va dâabord jeter un Ćil Ă la biographie de lâauteur : Alfred de Musset.
Il naĂźt Ă Paris en 1810. Câest un Ă©lĂšve brillant qui fait sa scolaritĂ© Ă Henri IV, un petit lycĂ©e pas trĂšs connu (si). Tout ce qui lâintĂ©resse pendant sa jeunesse, câest la littĂ©rature ! Il aurait sĂ»rement adorĂ© suivre un bac littĂ©raire. Pour te dire, il commence Ă Ă©crire dĂšs lâĂąge de 14 ans. Enfant prĂ©coce, bonsoir. đ€

Ă 18 ans, il entre dans le CĂ©nacle. QuĂ©zaco ? Câest un cercle dâauteurs du mouvement du romantisme, créé par un certain Victor Hugo. Musset y rencontre plusieurs Ă©crivains dont de Vigny ou Lamartine, auteur du poĂšme « Le Lac ». Il est rapidement reconnu comme un enfant prodige du mouvement.
En 1833, il rencontre Georges Sand. Câest lâamour fou. Enfin fou⊠Le pauvre, câest pire quâune tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©. Ils partent ensemble en voyage. Ăa le dĂ©truit, car elle nâest pas fidĂšle de fou. Pour te dire, quand il est malade, elle le trompe avec le mĂ©decin. Bravo Georges ! đ€Ą
Le savais-tu ? đ
Georges Sand est un pseudonyme utilisĂ© par lâauteur pour ĂȘtre publiĂ©. Son vrai nom est Amantine Aurore Lucile Dupin. Pour en dĂ©couvrir dâautres comme J.K. Rowling ou Alain, lis notre article sur ces Ă©crivains qui ont Ă©crit sous pseudonyme ! đ
Cette relation pĂ©trit Musset dans une grande douleur. Il est H24 tourmentĂ©. Les tourtereaux passent leur temps Ă se sĂ©parer et Ă se remettre ensemble. Ăa se ressent dans la plupart des Ă©crits dâAlfred, en particulier dans On ne badine pas avec lâamour. Ses talents lui permettent nĂ©anmoins dâintĂ©grer lâAcadĂ©mie française en 1852.
Il est surnommĂ© « lâenfant terrible du romantisme ». Cette vie honorable un soir sâest terminĂ©e. ĂpuisĂ©, Musset meurt dâune maladie de cĆur en 1857, mĂ©connu. đ
Le contexte dâĂ©criture âïž
Bon, la vie sentimentale dâAlfred est passionnante, mais quand mĂȘme, tu dois te demander pourquoi on te raconte ça. On te le donne en mille⊠Câest Madame Sand qui a inspirĂ© Alfred ! Eh oui Jamy, elle lui remet en juin 1833 le brouillon dâune « scĂšne historique » de 1537, nommĂ© Une conspiration. Cela sert de point de dĂ©part Ă lâĂ©criture de la Lorenzaccio.
Il sâinspire de La storia fiorentina (Chroniques florentines) qui retranscrit l’histoire de Florence. Lorenzo de MĂ©dicis a effectivement existĂ© : il a mis fin Ă la tyrannie d’Alexandre. NĂ©anmoins, Musset transforme certains faits historiques, notamment Ă la fin du bouquin.
Incroyable mais vrai, le livre destinĂ© Ă ĂȘtre lu et non Ă ĂȘtre jouĂ© ! En effet, depuis La Nuit vĂ©nitienne qui a connu un Ă©chec retentissant en 1830, Musset Ă©crit des livres Ă lire « dans un fauteuil », refusant de les reprĂ©senter en tant que piĂšces. Cela explique le nombre de personnages (environ 400), les multiples lieux de lâintrigue (25), la durĂ©e de lâintrigue (3 jours) etc. Dâailleurs, la premiĂšre reprĂ©sentation nâa lieu quâen 1896, soit bien aprĂšs la mort de lâauteur. Lâactrice Sarah Bernhardt y joue le rĂŽle-titre. đ

Le savais-tu ? đ
Le texte est tellement long quâune version « courte » produite en 1976 dure plus de trois heures. đ
RĂ©sumĂ© dĂ©taillĂ© đ
Les protagonistes đ§âđ€âđ§
Bon, il y a beaucoup (trop) de personnages. Le but, câest que chacun dâentre eux apporte un Ă©clairage singulier sur les Ă©vĂ©nements.
Lorenzo, lâhomme aux multiples facettes đ
Surnom pĂ©joratif, Lorenzaccio (« le mauvais Lorenzo » en italien) est le personnage principal. Câest un hĂ©ros ambigu dont on ne comprend pas les intentions ni le caractĂšre tout de suite.
Il a de nombreux surnoms : Lorenzetta, Renzo, Renzino⊠DerriĂšre chacun dâeux se cache une personnalitĂ© diffĂ©rente. Par exemple, « Lorenzino » est empli d’idĂ©aux, alors que « Lorenzaccio » est un personnage corrompu et pervers que le peuple lui colle Ă la peau (on est loin de la vision de Balavoine qui en a marre dâĂȘtre vu comme un hĂ©ros).

Le duc Alexandre de MĂ©dicis, le politicien corrompu đ
Câest le dirigeant de Florence. Câest un personnage grossier, brutal et dĂ©sintĂ©ressĂ© de sa fonction. Il mĂ©prise tout le monde, la bourgeoisie comme le peuple. Libertin (pire que MylĂšne Farmer), il passe son temps dans le lit des femmes.
Lorenzo et Alexandre sont deux dépravés qui traßnent ensemble.

Philippe, le rĂ©publicain đ
Philippe est le patriarche des Strozzi. Câest une famille de rĂ©publicains qui voient en lui leur meneur. Il incarne des valeurs humanistes. Câest le confident du hĂ©ros.
La marquise Cibo, la femme de bonne vice đ
Elle rĂ©prouve la dĂ©chĂ©ance et lâatmosphĂšre corrompue de Florence et laisse entrevoir une sensibilitĂ© rĂ©publicaine. En cĂ©dant Ă Alexandre, elle croit se sacrifier afin dâorienter le tyran vers un assainissement de la citĂ©. Elle ne peut que constater lâĂ©chec de son entreprise.
Les ecclĂ©siastiques âȘïž
Les deux cardinaux reprĂ©sentent lâinfluence du Pape. Ils sont austĂšres et garants de lâautoritĂ© papale.
Le peuple, les gens lambda đšâđšâđ§âđ§
Le peuple florentin regroupe plusieurs figures : lâorfĂšvre, des Ă©coliers… Il confĂšre un caractĂšre vivant Ă la piĂšce. Ils sont prĂ©sentĂ©s comme des gens curieux, voire envieux de la vie des aristocrates. MalgrĂ© le dĂ©saccord avec le gouvernement, il reste spectateur et ne fait rien pour changer le systĂšme.
Marie, membre de la famille royale đžđ»
C’est la sĆur d’Alexandre. Elle est mariĂ©e au duc de Florence, mais elle est insatisfaite de son mariage. Marie est attirĂ©e par Lorenzaccio et entretient une relation ambiguĂ« avec lui.
LĂ©on Strozzi, le pote parfait đ«
C’est un noble florentin et un ami proche de Lorenzaccio. Il partage les mĂȘmes idĂ©aux que lui et est prĂȘt Ă se battre pour la libertĂ©. Câest un personnage courageux et dĂ©terminĂ©.
CĂŽme de MĂ©dicis, le mec qui arrive en retard Ă la soirĂ©e đ€Ž
CĂŽme nâapparaĂźt quâĂ la fin. Il devient le nouveau dirigeant. Câest un parent du duc qui a Ă©tĂ© mis sur le trĂŽne par lâĂglise afin quâelle puisse avoir encore un grand pouvoir dâaction de Florence.
Comme on te lâa dit, dâautres protagonistes existent. Mais on ne peut pas dĂ©tailler tout le monde. Malheureusement, il va falloir lire le livre pour les connaĂźtre !

Le rĂ©sumĂ© gĂ©nĂ©ral đ
L’action se dĂ©roule Ă Florence en janvier 1537, Ă la fin du rĂšgne dâAlexandre de MĂ©dicis. Câest un ĂȘtre mauvais et dĂ©bauchĂ©. Le gouvernement rĂšgne en tyran avec l’appui du Saint-Empire et du pape. Une garnison assure sa protection.
Lorenzo devient un fidĂšle serviteur du duc et son compagnon de dĂ©bauche. Il projette de le tuer pour renverser le systĂšme, estimant que les grandes familles rĂ©publicaines sont trop passives pour faire ça elles-mĂȘmes. Lâassassinat semble vouĂ© Ă l’Ă©chec, car il agit seul. Personne ne l’en croit capable. Parviendra-t-il Ă assassiner le duc, malgrĂ© sa conscience ? đ±
ParallÚlement, deux autres intrigues sont développées :
âłïž la marquise Cibo veut courtiser Alexandre pour renverser le systĂšme. đ«Š
âłïž cĂŽtĂ© rĂ©publicain, les familles sont bannies et essaient vainement de sâorganiser ; les Strozzi luttent pour prĂ©server lâhonneur de la fille de la famille, Louise. đ€ș
La thĂ©matique du double et du masque occupe tout le drame, surtout autour du personnage principal.đș
Le rĂ©sumĂ© de chaque acte dĂ©taillĂ© đ
Acte 1
Câest celui de lâouverture. Lâintrigue sâamorce avec une description de Florence en 1537.
Alexandre, qui dirige Florence en tyran, et Lorenzo, enlĂšvent une jeune fille sous les yeux de son frĂšre, impuissant Ă les arrĂȘter. Le jour suivant, tout le monde commente les potins.
Le cardinal Valori vient mettre en garde Alexandre contre Lorenzo. Le duc balaye ses inquiĂ©tudes en brossant de son cousin un portrait affectueux. Copains comme cochons, les deux. Pendant ce temps, Lorenzo, provoquĂ© en duel, sâĂ©vanouit Ă la vue dâune Ă©pĂ©e. Bref, le gars nâest vraiment pas valorisĂ© pour ses qualitĂ©s morales.

Dâautre part, deux intrigues secondaires font surface.
đ La marquise Cibo, espionnĂ©e par son beau-frĂšre le cardinal Cibo (oui, ils ont le mĂȘme nom), est courtisĂ©e par Alexandre et pourrait lui cĂ©der dans lâespoir dâinfluencer sa politique.
đ Un incident Ă©clate entre Julien Salviati, proche dâAlexandre, et LĂ©on Strozzi, une famille rĂ©publicaine, qui veut dĂ©fendre lâhonneur de sa sĆur, la jeune Louise, approchĂ©e par Julien.
Le soir, Marie Soderini, la mÚre de Lorenzo, évoque un passé vertueux de son fils, tandis que les citoyens bannis de la ville quittent Florence en la maudissant.

Tu arrives Ă suivre ? On dirait Le rouge et le noir de Stendhal tant se dĂ©roulent dâaventures en mĂȘme temps.Â
Acte 2
Philippe exprime son inquiĂ©tude face au dĂ©sir de vengeance et Ă la colĂšre de son fils Pierre. Peu aprĂšs, ce dernier annonce quâil a tuĂ© Julien Salviati. Sauf qu’il est seulement blessĂ© et vient demander vengeance au duc.
Le cardinal rĂ©vĂšle ses ambitions personnelles et, profitant du secret de la confession, engage sa belle-sĆur, la marquise, Ă cĂ©der aux avances dâAlexandre. đ

Lorenzo rencontre le peintre Tebaldeo qui accepte de faire le portrait du duc. Ce dernier veut sĂ©duire Catherine. Lorenzo lui dĂ©robe sa cotte de mailles. Pourquoi ? Le mystĂšre sâĂ©paissit encore⊠đ”ïž
Acte 3
Câest un coup de théùtre. On comprend enfin ce que veut le hĂ©ros : assassiner son cousin. Bah oui, on ne pouvait pas le deviner ! đ€Ż
Dans sa chambre, Lorenzo sâexerce au combat avec Scoronconcolo : ses entraĂźnements cachent le projet de tuer un ennemi. Chez les Strozzi, Pierre annonce Ă son pĂšre la conjuration qui se prĂ©pare avec les Pazzi contre les MĂ©dicis, mais les inquiĂ©tudes de Philippe se confirment lorsque deux de ses fils sont arrĂȘtĂ©s par des officiers. Lorenzo discute avec Philippe : il lui rĂ©vĂšle son projet de meurtre. Il apparaĂźt comme un « Brutus moderne », dont il se sent inspirĂ©.
Le savais-tu ? đ
Brutus est le fils adoptif de Jules CĂ©sar qui dĂ©cide de mener un complot pour assassiner son pĂšre. đȘ
Les Pazzi et les MĂ©dicis sont deux familles italiennes nobles. Elles jouent un rĂŽle central dans lâhistoire de Florence et sâopposent beaucoup.
Louise meurt empoisonnĂ©e, ce qui attise le dĂ©sir de vengeance des rĂ©publicains. đȘŠ
La marquise a cĂ©dĂ© Ă Alexandre. Toutefois, il se montre indiffĂ©rent aux discours politiques quâelle lui tient.
Acte 4
La marquise rĂ©vĂšle Ă son mari avoir cĂ©dĂ© Ă Alexandre. Quand les fils Strozzi sont libĂ©rĂ©s, ils apprennent la mort de leur sĆur. Ă lâenterrement de Louise, Pierre sâoppose Ă son pĂšre qui refuse de participer Ă lâaction de son fils.
Au palais du duc, Lorenzo donne rendez-vous Ă Alexandre avec Catherine dans sa chambre. Il expose son plan Ă Scoronconcolo et finalise les prĂ©paratifs. Dans les rues de la ville, il avertit les rĂ©publicains de son acte Ă venir pour les exhorter Ă prĂ©parer leur soulĂšvement. Bien sĂ»r, personne ne lâĂ©coute. Dans la chambre, Lorenzo assassine Alexandre.
Acte 5
Au palais, CÎme de Médicis, le choix du cardinal, est désigné pour succéder à Alexandre. La marquise et son époux sont réconciliés tandis que Pierre Strozzi décide de partir en France.
Le peuple commente à nouveau les événements. La situation semble identique au début.

Exilé à Venise, Lorenzo apprend deux (trÚs) mauvaises nouvelles :
â sa tĂȘte est mise Ă prix
â sa mĂšre est morte.
Il confie Ă Philippe son pessimisme et lâinutilitĂ© de son acte. Se sachant traquĂ© par des hommes du nouveau duc, il est assassinĂ©. CĂŽme de MĂ©dicis est couronnĂ©. Le meurtre nâa servi Ă rien.
Les thĂšmes principaux â
La fin justifie les moyensâ€ïžâđ„
La question principale est de savoir si un mal peut justifier un bien dans lâaction politique. Comme disait Machiavel, la fin justifie-t-elle les moyens ? Le dĂ©sir de libertĂ© peut-il justifier un crime ? Ces questions sont laissĂ©es au libre arbitre du lecteur. Le gĂ©nie de Musset, câest de dĂ©peindre une situation rĂ©elle Ă une autre Ă©poque dans un autre pays afin dâĂ©viter la censure.
Le conflit intĂ©rieur â
Lorenzaccio est tiraillĂ© entre ses aspirations nobles et idĂ©alistes et la rĂ©alitĂ© corrompue de la sociĂ©tĂ©. Il lutte avec ses propres contradictions et Ă©volue dans un monde oĂč les apparences trompeuses et la trahison sont monnaie courante. On le croirait presque aussi schizophrĂšne que Nina dans Black Swan.

La corruption et la morale đ°
Alors que les Médicis rÚgnent, Florence est minée par la corruption et la décadence morale. Musset critique la classe dirigeante et dénonce la faillite des valeurs aristocratiques.
L’idĂ©alisme et la dĂ©sillusion đ”â
Lorenzaccio incarne l’idĂ©alisme et la quĂȘte de justice. Cependant, il est confrontĂ© Ă la rĂ©alitĂ© et se retrouve finalement dĂ©sillusionnĂ© par la sociĂ©tĂ© et par lui-mĂȘme. La piĂšce explore les consĂ©quences de cette dĂ©sillusion et les sacrifices que l’on peut ĂȘtre amenĂ© Ă faire pour tenter de prĂ©server ses idĂ©aux.
L’amour et la passion đ
Lorenzaccio met en scĂšne des relations amoureuses complexes et passionnĂ©es. Bon, comme dâhabitude, Musset en fait des caisses et du coup, il aborde le sujet partout.
Le personnage principal est amoureux de sa cousine, Catherine. Il est Ă©galement attirĂ© par une libertĂ© sexuelle et s’implique dans des relations avec des femmes de la cour florentine⊠tout comme son cousin ! Dâailleurs, lâaime-t-il vraiment ? Quant Ă la marquise de Cibo, elle est prĂȘte Ă se dĂ©vouer pour une cause, quâelle regrette ensuite. La piĂšce explore les diffĂ©rentes facettes de l’amour et ses consĂ©quences. đ
La question de l’identitĂ© et du double âŒïž
Lorenzaccio est un personnage complexe qui joue diffĂ©rents rĂŽles pour atteindre ses objectifs, allant jusqu’Ă se travestir pour infiltrer les cercles du pouvoir. Des questions sont aussi soulevĂ©es sur l’authenticitĂ© de l’identitĂ© et les masques que les individus portent. Ainsi, le hĂ©ros est sans cesse cachĂ© derriĂšre son masque.
Le vide politique et la crise des idĂ©ologies đ
MalgrĂ© lâimpuissance populaire du rĂ©gime, il perdure puisque la mort dâun dirigeant nâentraĂźne que lâĂ©lection dâun nouveau. Peut-on simplement croire Ă des idĂ©aux ? Ăa veut dire quoi, faire la rĂ©volution ? Face Ă ce vide politique, Lorenzaccio semble demander Ă quoi servent les idĂ©ologies. Eh oui, le hĂ©ros a beau prĂ©venir quâil va tuer un tyran, il est tout simplement perçu comme un ignoble traĂźtre.
LâĆuvre fait aussi Ă©cho Ă lâhistoire française. Lâauteur exprime toute sa dĂ©ception envers la sociĂ©tĂ©. 1830, câest lâannĂ©e de journĂ©es rĂ©volutionnaires : Les Trois Glorieuses ! Musset sâinspire des tensions politiques en France. Il nâest pas content que Louis-Philippe soit Ă la tĂȘte du royaume de France, suite Ă lâautoritaire Charles X.
Ă lire aussi
« Ătre Ă la tĂȘte du royaume de France » est une mĂ©tonymie. Tu ne sais pas ce que câest ? Lis notre fiche pour le dĂ©couvrir ! đ§
Les notions de bien et le mal đđ
Les personnages sont trĂšs manichĂ©ens, câest-Ă -dire quâils sont tout blancs ou tout noirs. Alexandre est cruel, LĂ©on Strozzi est un homme courageux, sa sĆur Louise est pure⊠Câest le Harry Potter du XIXe (vive les chiffres romains). Quant Ă Lorenzo, il peut ĂȘtre trĂšs sympathique et bon (dĂ©livrer Scoronconcolo d’une condamnation Ă mort, tuer un tyran) comme moins cool (participer Ă une tentative de viol).

Lâexemple dâun drame romantique đ§©
Un drame romantique, câest quoi ? âïž
Tu dois te demander en quoi consiste un drame romantique. Câest Victor Hugo (encore lui) qui le thĂ©orise dans la prĂ©face de Cromwell en 1827.
Hugo définit cette nouvelle forme de théùtre : le drame romantique.
Les rÚgles établies sont remises en cause, à savoir :
â la rĂšgle des trois unitĂ©s : unitĂ© dâaction, de temps et de lieu,
â la rĂšgle de la biensĂ©ance,
â lâalexandrin,
â le non-mĂ©lange des genres.
Le savais-tu ? đ
La rĂšgle des trois unitĂ©s impose que les piĂšces recourent Ă trois rĂšgles : lâaction doit ĂȘtre unique, ne doit sâĂ©tendre que sur une journĂ©e et dans un seul lieu.
La biensĂ©ance est lâensemble des rĂšgles Ă respecter et des conduites Ă tenir afin de ne pas choquer les spectateurs.
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Découvre tout le vocabulaire du théùtre à connaßtre.
Hugo revendique aussi une plus grande libertĂ© littĂ©raire. En fait, le but est de dĂ©crire qui est rĂ©ellement l’homme. Cette nouvelle conception nâest pas acceptĂ©e tout de suite.đȘ§
Lorenzaccio comme drame romantique đ«¶
Lorenzaccio correspond typiquement aux caractĂ©ristiques du drame romantique. Tu ne nous crois pas ? Câest ce quâon va voir.
âïž Ăa se passe en Italie au XVIe siĂšcle, câest novateur.
âïž La biensĂ©ance est mise Ă la poubelle avec les morts sur scĂšne.
âïž Plusieurs intrigues et jours, vingt mille lieux⊠OĂč est la rĂšgle des trois unitĂ©s en fait ?
âïž Le livre est Ă©crit en prose.
âïž Le personnage de Lorenzo rĂ©pond aux caractĂ©ristiques des hĂ©ros romantiques. Il est Ă la fois idĂ©aliste, dĂ©bauchĂ©, victorieux, vaincu… On ne sait pas qui câest en fait.

Le savais-tu ? đ
Cette piÚce fait partie du cycle « comédies et proverbes ». Il est possible de repérer dans le texte plusieurs phrases avec des sortes de sentence :
« Parmi les hommes il y a plus de bons que de méchants. »
« Une femme qui nâa peur de rien nâest pas aimable »
« Celui qui est mordu par un serpent nâa que faire dâun mĂ©decin », etc.
Le drame romantique de Musset âïž
Ă partir des rĂšgles dâHugo, Musset crĂ©e des nouvelles rĂšgles quâon retrouve dans Lorenzaccio.
Il sâaffranchit de toutes les contraintes scĂ©niques. Grosso modo, ça reprend le bafouillement des rĂšgles classiques. Dâailleurs, il prĂ©fĂšre la comĂ©die Ă la tragĂ©die. Okay, le hĂ©ros meurt mais il y a des passages rigolos. Le registre comique de certaines scĂšnes crĂ©e des dĂ©calages grotesques.
Câest aussi une piĂšce de théùtre remplie de lyrisme, câest-Ă -dire des sentiments personnels de lâauteur. đ
Lâamour est le grand thĂšme avec quelques nuances. Dâailleurs, les deux cousins sâaiment-t-ils un tant soit peu ou nâest-ce quâune façade ? Musset se garde bien de nous donner la rĂ©ponse⊠đ
Lorenzaccio, reprĂ©sentation de la personnalitĂ© de son auteur đ«”
Pour conclure cette fiche de lecture, on te donne une derniĂšre piste de lecture que tu auras peut-ĂȘtre dĂ©jĂ comprise. Lorenzaccio, câest Musset ! Alors calme-toi, lâĂ©crivain ne dĂ©crit pas comment il a assassinĂ© un homme. Cependant, il est facile de retrouver des points communs entre les deux. đ

đ€ Le sens de lâidĂ©alisme et dĂ©sillusion : Musset Ă©tait connu pour son idĂ©alisme romantique, tout comme Lorenzaccio. Les deux personnages partagent une vision idĂ©alisĂ©e du monde et aspirent Ă un idĂ©al de justice et de libertĂ©. Cependant, ils sont confrontĂ©s Ă la dĂ©sillusion face Ă la corruption et Ă la dĂ©cadence de la rĂ©alitĂ© qui les entoure.
đ€ La dualitĂ© intĂ©rieure : Musset et Lorenzaccio sont des personnages tourmentĂ©s. Ils sont souvent en proie Ă des conflits intĂ©rieurs et balancent entre diffĂ©rents pans de leur personnalitĂ©.
đ€ La passion amoureuse : Les deux hommes sont attirĂ©s par des figures fĂ©minines et entretiennent des relations compliquĂ©es et passionnĂ©es. Les deux vivent des dilemmes Ă©motionnels intenses. đ
On espĂšre que cette fiche de lecture tâa plu ! NâhĂ©site pas Ă nous laisser un commentaire ou Ă prendre des cours particuliers de français avec un Sherpa si ça n’a pas suffit ! Bon courage. đ
