Minute interview: le Monde Musulman selon Yves Montenay đŸŽ™ïž

Francois Vuillerme - Mis Ă  jour le 19/11/2020
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Bonjour ! Je te prĂ©sente aujourd’hui un nouveau format que j’espĂšre pĂ©renniser sur le blog: la minute interview des Sherpas ! đŸŽ™ïž

Alors “la minute interview” au final, qu’est-ce que c’est ? Il s’agit d’articles sur un sujet prĂ©cis (une rĂ©gion du monde, un pays, un concept etc
) qu’il faut maĂźtriser que ce soit pour le bac, les concours d’entrĂ©es aux Grandes Écoles
 ou mĂȘme pour ta vie de tous les jours ! 😉

En donnant la parole Ă  des spĂ©cialistes de tous les horizons, on espĂšre t’informer de la situation actuelle sur certains termes qui font polĂ©miques ou sont utilisĂ©s aujourd’hui Ă  tort, tout en espĂ©rant te donner l’envie de l’étudier plus en profondeur. Se faire sa propre opinion sans rĂ©pĂ©ter des fausses informations et recentrer le dĂ©bat afin d’en comprendre les enjeux, voilĂ  ce qu’une personne informĂ©e doit savoir faire !

Aujourd’hui, pour dĂ©marrer ce format, on te propose de parler un petit peu du “monde musulman” avec Yves Montenay, confĂ©rencier et vulgarisateur sur le sujet. Ce “monde musulman” est au coeur de nombreuses polĂ©miques et est instrumentalisĂ© par tous les bords, bien souvent d’une maniĂšre biaisĂ©e. Qu’est-ce que le “monde musulman”? Quelles sont les limites de cette appellation? Quels sont les enjeux de cette rĂ©gion aujourd’hui? Comment Ă©volue la relation avec l’Occident? Tant de questions que l’on doit poser pour dĂ©cortiquer au mieux ce sulfureux sujet.

Tu trouveras donc ici les réponses de Mr. Montenay à certaines de mes questions ciblées, ainsi que des précisions de cours et de vocabulaires pour que tu puisses appréhender au mieux le sujet.
Maintenant, je laisse la parole Ă  notre cher spĂ©cialiste! 😄

Yves Montenay, concepteur des Echos du Monde Musulman 📃

yves montenay

Bonjour Mr Montenay, ravi de vous avoir pour cette premiĂšre chronique gĂ©opolitique qui sera dĂ©diĂ©e aux relations nord-sud et plus particuliĂšrement au monde musulman. PremiĂšrement, pouvez-vous prĂ©ciser quels sont vos liens avec ce sujet, qu’ils soient professionnels et/ou personnels ?

Mr. Montenay: De 1955 Ă  1985, c’était plutĂŽt des liens personnels, puisque j’étais rĂ©guliĂšrement invitĂ© chez mon oncle Louis Montenay, qui Ă©tait entrepreneur en Tunisie et qui est mort sur place. À son enterrement il y avait des milliers de Tunisiens, pratiquement tous musulmans, puisqu’il restait peu de français Ă  cette Ă©poque, devant l’église. Il Ă©tait donc parfaitement intĂ©grĂ© et m’a donnĂ© des renseignements tout Ă  fait pertinents.

À partir de la fin des annĂ©es 1970, cela s’est doublĂ© d’une activitĂ© professionnelle avec l’inspection d’entreprises au Moyen-Orient.

Plus tard j’ai validĂ© mes connaissances par un doctorat sur le Maghreb, qui m’a menĂ© Ă  enseigner l’histoire du monde arabe Ă  l’ESCP et Ă  participer Ă  des colloques universitaires sur ces questions. J’ai actuellement une activitĂ© de vulgarisateur dans ce domaine.

GĂ©ographie : Ă  quoi correspond le « Monde Musulman » đŸ—ș

Je commencerai par une question générale, afin de donner un peu de contexte et de géographie, car on ne peut parler du « monde musulman » sans établir de frontiÚres un tant soit peu tangibles. Pour vous, quelle est la limite du « monde musulman » ?

Mr. Montenay: Le monde musulman correspond géographiquement (et de maniÚre imprécise) :

  •  aux pays oĂč l’islam est religion d’État, du Maroc Ă  la Malaisie,
  • en y ajoutant d’une part l’IndonĂ©sie (plus de 300 millions d’habitants), musulmane Ă  peut-ĂȘtre 90 % mais oĂč l’islam n’est pas religion d’État,
  • et d’autre part la diaspora musulmane qui est prĂ©sente d’abord en Inde (180 millions ?) et accessoirement en Occident, Europe occidentale surtout.
monde musulman carte

Carte montrant la disposition de la population musulmane aujourd’hui

Finalement le monde musulman approche les 2 milliards de « croyants », et est d’abord centrĂ© sur l’Asie (Turquie, Iran, Pakistan, Inde, Bangladesh, Malaisie, IndonĂ©sie
), ce qui n’est pas bien connu en France oĂč l’on pense surtout aux Arabes qui ne font pourtant qu’environ 15 % des musulmans, et accessoirement aux Turcs, surtout prĂ©sents en Allemagne, mais de plus en plus nombreux en France (600 000 ?).

Le lien aujourd’hui entre l’Occident et le Monde Musulman đŸ€”

Que pouvez-vous dire du lien entre ce monde musulman, Ă  la fois rĂ©el et fantasmĂ©, et l’Occident ?

Mr. Montenay: Les liens entre l’Occident et le monde musulman sont limitĂ©s au niveau des masses. En particulier il y a trĂšs peu de traduction en arabe d’ouvrages en d’autres langues d’aprĂšs le Programme des Nations unies pour le dĂ©veloppement. Les mĂ©dias sont en gĂ©nĂ©ral aux mains des conservateurs, voire des islamistes.

Au niveau des Ă©lites, celles du Maghreb et du Liban sont francophones et celles des autres pays sont anglophones. Cela crĂ©e un lien culturel pour beaucoup, mais aussi un repoussoir pour d’autres, car les mĂ©dias du Sud illustrent la « dĂ©cadence des mƓurs occidentales » : pas de sacralitĂ© de la famille, tolĂ©rance d’orientations sexuelles choquantes, pas de respect de la religion, impression encore aggravĂ©e par les rĂ©centes caricatures religieuses.

Les Occidentaux étant en général en contact avec les anglophones et les francophones ne se rendent pas compte du fossé culturel avec les masses. Ce fossé est surtout profond dans le monde arabe, en Afghanistan et au Pakistan.

Du cĂŽtĂ© occidental, l’opposition est nette entre des Ă©lites Ă©rudites en matiĂšre musulmane et souvent charmĂ©es par ce que j’appelle « la
civilisation perso-arabe musulmane » (poĂ©sie, philosophie, progrĂšs scientifique jusque vers le Xe siĂšcle), et la masse des opinions publiques qui a plutĂŽt en mĂ©moire les atrocitĂ©s turques en Europe orientale et les razzias des Barbaresques en MĂ©diterranĂ©e, auquel s’ajoutent maintenant le traumatisme des Pieds-noirs et le terrorisme islamiste.

manifestation anti islam

Les marches anti-Islam, nouveau concept Ă  prendre en compte

Il y a aussi les relations de voisinage, touristiques, familiales ou d’affaires, notamment via la MĂ©diterranĂ©e pour les mondes arabes et turcs, et commerciaux notamment via le pĂ©trole.

Point de prĂ©cision: la place des manifestations anti-Islam aujourd’hui.

Alors que depuis quelques annĂ©es les “marches contre l’islamophobie” avaient un certains succĂšs dans les capitales europĂ©ennes, les tensions sĂ©curitaires et identitaires ont amenĂ© un nouveau type de marches: les “marches anti-Islam”.

Bien entendu, il s’agit de manifestations qui sont Ă  la fois hautement surveillĂ©es et qui sont des cas isolĂ©s qui pourraient ĂȘtre oubliables. Cependant, elle reprĂ©sente un rĂ©el malaise qui est prĂ©sent dans les sociĂ©tĂ©s du Nord et qui mĂ©rite d’ĂȘtre expliquĂ© car de plus en plus mis sur le devant de la scĂšne. Il est nĂ©cessaire aujourd’hui de comprendre ce point de vue alors que les partis extrĂȘmes et populistes gagnent en visibilitĂ©.

Pourquoi voit-on l’émergence de ces marches ?

La premiĂšre supposition est celle d’un malaise dĂ» Ă  la perte de repĂšres culturels et du choc provoquĂ©s par l’apparition d’un “autre”, d’un â€œĂ©trange Ă©tranger” dont la diffĂ©rence est autant physique que dans les mƓurs.

La deuxiĂšme supposition est celle d’un Ă©nervement collectif qui Ă©merge et qui est suscitĂ© par les mĂ©dias et rĂ©seaux sociaux aujourd’hui. Les bavures de certaines minoritĂ©s (comme le terrorisme) jettent le discrĂ©dit sur tout une population, et cela touche en prioritĂ© les personnes les moins armĂ©s pour comprendre totalement le dĂ©bat.

La troisiĂšme supposition est celle d’une peur sĂ©curitaire qui se double d’un refus du gouvernement d’expliquer les rĂ©els problĂšmes historiques liĂ©s au dĂ©bat. Si la “jeunesse maghrĂ©bine” (expression dĂ©nigrante englobant toute une population pour les mĂ©faits d’une minoritĂ©) est celle qui serait la plus Ă -mĂȘme de troubler la sĂ©curitĂ© de la population, ce n’est pas tant Ă  cause de leur “ethnie”, mais plutĂŽt Ă  cause d’une mise de cĂŽtĂ© de certaines populations qui reçoivent dĂ©sormais le contre-coup de cette mise Ă  l’écart.

Les facteurs socioĂ©conomiques sont donc les plus importants pour comprendre le dĂ©bat, les marches anti-Islam serait donc une interprĂ©tation biaisĂ©e basĂ©e sur une mĂ©connaissance des facteurs qui expliquent les difficultĂ©s qui apparaissent aujourd’hui en Occident.

 Un monde ou des mondes ? Entre unitĂ© et pluralitĂ© 🌎

Samuel Huntington parlait d’une « civilisation islamique » dans son ouvrage le Choc des civilisations. Cependant, quand on observe de plus prĂšs, il est difficile de faire une unitĂ©, de mettre dans un mĂȘme panier l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Turquie. Peut-on rĂ©ellement parler de monde musulman au singulier ? Aussi, pourquoi avoir choisi cette formule dans votre travail ?

Mr. Montenay: La dĂ©finition ci-dessus du « monde musulman » montre qu’il n’y a effectivement aucune unitĂ© : il y a trĂšs peu de points communs entre un Marocain, un Pakistanais et un IndonĂ©sien.
Au niveau des Etats il n’y a pas non plus de problùmes communs, sauf la lutte contre le terrorisme.
Il faut en effet rappeler que l’islamisme est en gĂ©nĂ©ral dans l’opposition et menace les gouvernements en place. Ces derniers sont donc souvent amenĂ©s Ă  faire des concessions aux courants radicaux, ce qui les Ă©loigne de l’Occident.

L’islam est-il un facteur d’unitĂ© ? Oui pour le voyageur musulman qui retrouve quelques repĂšres « de chez lui » : la mosquĂ©e, l’appel Ă  la priĂšre et quelques formules du Coran. Mais c’est limitĂ© par la variĂ©tĂ© des langues trĂšs diffĂ©rentes les unes des autres non seulement par leur vocabulaire et leur grammaire mais aussi par les alphabets : arabe, hindou, latin notamment en IndonĂ©sie et en Turquie.

De plus, l’islam lui-mĂȘme est profondĂ©ment divisĂ© entre chiites et sunnites, entre leurs diffĂ©rentes Ă©coles et entre modernistes et traditionalistes. Enfin il y a des variantes locales en gĂ©nĂ©ral liĂ©es aux religions qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l’islam : bouddhisme et hindouisme en IndonĂ©sie, animisme et maraboutisme en Afrique.

Au niveau des Etats, les intĂ©rĂȘts sont divergents :
Les uns ont du pétrole ou du gaz, les autres pas, certains ont un début industriel encourageant (Turquie, Bangladesh, Indonésie et dans une moindre mesure le Maroc),
D’autres sont largement agricoles ou totalement assistĂ©s sans production locale suffisante. C’est plus ou moins le cas de la Jordanie et de la Syrie. Et ce sera probablement bientĂŽt le cas de l’AlgĂ©rie oĂč une partie des recettes pĂ©troliĂšres sont dĂ©tournĂ©es et par ailleurs en forte baisse : le pĂ©trole ne permettra bientĂŽt plus de payer les importations nĂ©cessitĂ©es par la faiblesse de la production locale.

Alors pourquoi ai-je choisi la formule « Echos du monde musulman » ? Tout simplement parce qu’on me l’a demandĂ© : le regrettĂ© Jacques Plassard que j’estime ĂȘtre un excellent Ă©conomiste, mĂ©connu probablement du fait de son langage trĂšs simple, pensait que cette dĂ©nomination Ă©tait Ă  la fois attirante et Ă©clairante en ce qu’elle rappelait que le monde musulman n’était que trĂšs minoritairement arabe.

Erdogan et le cas de la Turquie aujourd’hui 💱

Parlons un peu de la Turquie. Vous avez Ă©crit rĂ©cemment un article sur le sujet, et qui est assez d’actualitĂ© avec le positionnement d’Erdogan face Ă  la France. Que pouvez-vous dire de la stratĂ©gie d’Erdogan aujourd’hui, entre son nationalisme de plus en plus exacerbĂ©, et sa volontĂ© de devenir un pilier du monde musulman ?

Mr. Montenay: La Turquie est un cas trĂšs particulier, notamment parce qu’elle succĂšde Ă  l’empire ottoman. Cet empire Ă©tait sous-dĂ©veloppĂ© par rapport Ă  l’Europe occidentale mais plus dĂ©veloppĂ© que les populations, notamment arabes, qu’il dominait. Et ce souvenir impĂ©rial musulman, symbolisĂ© par le califat, est une forte motivation pour le prĂ©sident Erdogan.

L’empire a Ă©tĂ© remplacĂ© par un Ă©tat uni-national, la Turquie, qui a bĂ©nĂ©ficiĂ© (ou subi, d’aprĂšs les musulmans traditionalistes) une dictature moderniste, celle de Kemal AtatĂŒrk qui lui a fourni un cadre Ă©tatique Ă  l’europĂ©enne.

Lui a succĂ©dĂ© avec le prĂ©sident Erdogan une dĂ©mocratie Ă©conomiquement libĂ©rale qui a accĂ©lĂ©rĂ© le dĂ©veloppement. Mais Erdogan a ensuite Ă©voluĂ© vers un islamisme autoritaire et ultranationaliste qui heurte environ la moitiĂ© de la population. Ce qu’il veut compenser par une politique extĂ©rieure agressive, et la France lui paraĂźt ĂȘtre une cible facile notamment du fait de l’affaire des caricatures.

Pour plus de dĂ©tail sur ce sujet, allez jeter un coup Ă  l’un des derniers articles de Mr Montenay : La Turquie ou les dĂ©gĂąts d’une histoire fantasmĂ©e

Erdogan et Macron

Point de précision: Erdogan, nouveau leader du monde musulman?

Les rĂ©cents Ă©vĂšnements ainsi que le retour d’un Islam politique fort en Turquie s’explique totalement par les rĂ©ussites d’Erdogan sur la scĂšne internationale. Issu de l’islam politique, Erdogan s’était rapidement dĂ©crochĂ© de l’idĂ©ologie des FrĂšres Musulmans afin de faire de la Turquie un “pays modĂšle” oĂč Islam et dĂ©mocratie auraient pu coexister. Jusqu’en 2011, l’originalitĂ© du modĂšle turc provenait justement de cette coexistence et de cette proximitĂ© qu’il y avait entre la politique islamique et les dĂ©bats dĂ©mocratiques, ouverts aux dialogues.

Cependant, grisĂ© par ses victoires Ă©lectorales et enlisĂ© dans la crise syrienne, Erdogan est en train de modifier la stratĂ©gie de son pays et met la religion au cƓur de son systĂšme afin d’obtenir une rĂ©elle visibilitĂ© et un vĂ©ritable soft-power sur les nations musulmanes proches. De plus, la perte de l’espoir d’entrer un jour dans l’Union EuropĂ©enne s’est soldĂ©e par un changement drastique de direction.

La stratĂ©gie de la Turquie aujourd’hui est tournĂ©e vers le monde musulman et vers l’Afrique, oĂč Erdogan entend bien jouer un rĂŽle de leader commercial et idĂ©ologique.

Enjeux et raisons des conflitsđŸ’„

Ce monde musulman est aujourd’hui inconstant et change de formes. L’Arabie se militarise de plus en plus, Erdogan s’intĂ©resse Ă  l’Afrique, et d’aprĂšs les rĂ©centes dĂ©couvertes d’IsraĂ«l, l’Iran n’est plus qu’à deux annĂ©es de la bombe nuclĂ©aire (source). Quels sont les composantes essentielles Ă  connaĂźtre qui nourrissent le conflit dans cette rĂ©gion aujourd’hui ?

Mr. Montenay: D’abord, cette situation conflictuelle n’a pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© dans une grande partie de la rĂ©gion, car, de l’Inde Ă  l’IndonĂ©sie, elle est beaucoup plus calme qu’ailleurs.

En Asie du Sud et du Sud-Est, seul le sud des Philippines a connu la violence, qui d’ailleurs semble aujourd’hui calmĂ©e. Dans ce pays, il y a eu une conjonction entre la poussĂ©e dĂ©mographique de la majoritĂ© catholique vers les terres musulmanes du Sud et l’influence d’Al QaĂŻda puis de l’État islamique. Une autonomie nĂ©gociĂ©e a calmĂ© le jeu pour l’instant.
L’essentiel de la violence a lieu dans la zone qui va du Pakistan Ă  l’AlgĂ©rie. Dans cet ensemble, les conflits sont de deux ordres, internes et externes.

Sur le plan intĂ©rieur, la population est souvent divisĂ©e profondĂ©ment en tribus ou communautĂ©s en profond dĂ©saccord : Pakistan, Afghanistan, « Asie centrale », Irak, Turquie, Syrie, Libye, Jordanie, BahreĂŻn et dans une moindre mesure AlgĂ©rie, Arabie et Iran (oĂč les Perses sont Ă  peine majoritaires). Seule l’Égypte (sauf au SinaĂŻ) et les Emirats semblent y Ă©chapper.
Il serait trop long de décrire la situation interne de chaque pays.

L’autre source de conflit interne est la violence de l’opposition islamiste et de sa rĂ©pression, particuliĂšrement en Afghanistan, Égypte, Irak et Syrie. En Afghanistan la guerre civile se poursuit entre le pouvoir et les islamistes talibans et maintenant de l’État islamique, qui par ailleurs n’est pas dĂ©finitivement Ă©radiquĂ© en Irak et Syrie

En Iran, les islamistes sont au pouvoir, au Pakistan, en Turquie et en AlgĂ©rie ils y participent de diverses façons, aprĂšs, pour l’AlgĂ©rie, une violente guerre civile qui a fait plus de 100 000 morts et oĂč les enseignants de français ont Ă©tĂ© particuliĂšrement visĂ©s.

Il y a aussi les conflits dĂ©rivant de l’hostilitĂ© entre chiites et sunnites : guerre Iran-Irak, appui des troupes iraniennes au rĂ©gime de Bachar al-Assad en Syrie, appui de l’Iran au Hezbollah libanais, ,
Les conflits externes sont Ă©galement frĂ©quents : guerres entre l’Inde et le Pakistan, entre le Maroc et l’AlgĂ©rie pour le Sahara occidental, invasion du KoweĂŻt par l’Irak, de la partie nord de Chypre par la Turquie. Cette derniĂšre, par miliciens interposĂ©s, guerroie contre la Syrie, contre le gĂ©nĂ©ral Haftar en Libye et aux cĂŽtĂ©s des Turcs azĂ©ris contre l’ArmĂ©nie


Ces conflits combinent souvent plusieurs des causes ci-dessus, auxquelles il faut ajouter des raisons Ă©conomiques, comme le dĂ©sir de Saddam Hussein de s’approprier le pĂ©trole du KoweĂŻt et les trafics entre l’État islamique et la Turquie.

Bref, dans cette partie du monde musulman, les raisons conflictuelles s’enchevĂȘtrent et on ne voit pas venir d’apaisement. Les États-Unis ont pour l’instant renoncĂ© Ă  leur rĂŽle local, tandis que la Russie et la Chine tentent de les remplacer

Point de précision: Narendra Modi, ou comment faire sa politique sur la confrontation avec le monde musulman.

narendra modi

Narendra Modi, brusque changement dans la politique laïque d’Inde?

MĂȘme si le monde musulman est le plus souvent reprĂ©sentĂ© (Ă  tort) comme ayant un Ă©cho belliqueux surtout au Moyen-Orient et en Afrique, toujours est-il que l’un des plus vieux conflits encore Ă©pineux se situe en Asie, et plus particuliĂšrement dans le Sud.
Il s’agit bien entendu du conflit entre l’Inde et le Pakistan qui formaient autrefois un mĂȘme pays. La scission date de l’époque de la dĂ©colonisation. Je n’aborderai pas spĂ©cialement ce conflit historique, mais sache qu’il est trĂšs important et qu’il explique encore certaines difficultĂ©s stratĂ©giques en Asie aujourd’hui.

Ce conflit est un conflit au dĂ©part religieux qui, rapidement, a laissĂ© place Ă  des questions de territoires. L’une de ces questions majeures est celle du Cachemire aujourd’hui.
Narendra Modi, du parti nationaliste hindous, est Ă©lu Premier Ministre de l’Inde en 2014. Il dĂ©fie aujourd’hui ouvertement les minoritĂ©s musulmanes de son pays et souhaite mĂȘme mĂȘler, dans la Constitution, la religion hindouiste avec l’identitĂ© indienne. Le souhait de Modi est clair: il dĂ©sire faire des musulmans d’Inde des apatrides, des hommes sans terre, sans aucune identitĂ© dans leur pays de naissance.

Bien entendu, Narendra Modi vise le monde musulman en visant les minoritĂ©s musulmanes de son pays. Il aura fait grossir son Ă©lectorat afin d’ĂȘtre Ă©lu grĂące Ă  une rhĂ©torique ami/ennemi basĂ© sur cette identitĂ© musulmane soi-disant “unique et non-miscible avec l’identitĂ© indienne”, ce qui est bien entendu faux.

Aujourd’hui, ce retournement contre les minoritĂ©s musulmanes en Asie pose un rĂ©el problĂšme Ă©thique et semble se gĂ©nĂ©raliser. Nous venons de voir cet aspect Ă  partir de la politique de Modi en Inde, mais on peut aussi penser aux camps OuĂŻghours en Chine ou aux violences envers les Rohingyas en Birmanie. Cette minoritĂ© musulmane en Asie pose un nouveau dĂ©fi, et la rĂ©ponse employĂ©e par les Etats est aujourd’hui dĂ©criĂ©e.

Le Liban : un lien encore fort avec la France ? ❀

DerniĂšrement, les mĂ©dias français ont beaucoup insistĂ© sur l’explosion qui a eu lieu au Liban, pourquoi cette si grande prĂ©sence au sein de nos mĂ©dias qui ne couvre gĂ©nĂ©ralement pas avec autant de ferveur les catastrophes internationales ?

Beyrouth

L’explosion Ă  Beyrouth du 4 aoĂ»t 2020

Mr. Montenay: Ce sont les chrĂ©tiens libanais qui ont demandĂ© Ă  la France du « mandat » (sorte de protectorat donnĂ© Ă  la France sur la Syrie par la SociĂ©tĂ© des nations, ancĂȘtre de l’ONU) de crĂ©er le Liban actuel en espĂ©rant qu’il deviendrait un dĂ©partement français.

Cette demande des chrĂ©tiens rĂ©sultait de la francophonie qui s’était implantĂ©e Ă  l’époque de l’empire ottoman dans leur communautĂ© ainsi que dans les Ă©lites sunnites et druzes. Les relations franco-libanaises sont donc anciennes et profondes.

Dans ces Ă©lites libanaises traditionnelles, il y a encore aujourd’hui une demande de retour au mandat, ou plutĂŽt un rĂȘve, car la rĂ©alitĂ© gĂ©opolitique ne s’y prĂȘte plus.

Pour commencer l’échec Ă©conomique a entraĂźnĂ© l’émigration d’une grande partie de ces Ă©lites, ce qui a rendu presque majoritaire la communautĂ© chiite encadrĂ©e par le Hezbollah, parti politique largement contrĂŽlĂ© par l’Iran.

Et on voit mal l’armĂ©e française dĂ©barquer au Liban oĂč l’appui d’une partie de la population ne suffirait pas face aux rĂ©actions iranienne, russe, saoudienne et probablement turque.

Entreprendre au Moyen-Orient : une Ă©volution ? đŸ§±

Entreprendre au Moyen-Orient, est-ce difficile aujourd’hui ? Comment ont Ă©voluĂ© les perceptions et reprĂ©sentations des Sud quant Ă  cela ?

Mr. Montenay: J’ai une expĂ©rience professionnelle du Moyen-Orient qui date des annĂ©es 1980

Depuis, les relations d’affaires se sont probablement rodĂ©es, mais la concurrence extĂ©rieure, qui Ă©taient surtout britannique et amĂ©ricaine, s’est considĂ©rablement Ă©largie avec l’arrivĂ©e des Turcs, des Chinois, des Indiens
 et la corruption est probablement toujours aussi prĂ©sente

Le cas de l’Iran et des Etats-Unis đŸ”„

L’Iran et les Etats-Unis sont-ils toujours condamnĂ©s Ă  ĂȘtre en conflit ? Quelles prospectives selon vous ?

Mr. Montenay: À long terme, il n’y a pas de raison fondamentale Ă  un conflit entre l’Iran et les États-Unis qui ont longtemps Ă©tĂ© des alliĂ©s proches.
Dans l’immĂ©diat, le pouvoir islamiste, bien que de moins en moins acceptĂ© par la population, est fermement en place et a fait de l’opposition aux États-Unis, en tant qu’alliĂ© d’IsraĂ«l, une partie de son fonds de commerce.

De plus, l’État iranien s’est organisĂ© autour d’une deuxiĂšme armĂ©e, « les gardiens de la rĂ©volution », chargĂ©e de la rĂ©pression et qui profite du systĂšme des sanctions internationales en organisant la contrebande.

Il est possible que la disparition physique du « guide suprĂȘme » ĂągĂ© et rĂ©putĂ© malade d’une part, et la nouvelle prĂ©sidence aux États-Unis d’autre part dĂ©bloquent la situation, d’autant que le conflit israĂ©lo-palestinien est de moins en moins mobilisateur dans le monde musulman.

 Al-Jazeera et le Qatar, problĂšme ou non ? đŸ“»

La place du Qatar et d’Al Jazeera dans le Moyen-Orient, une bonne chose pour la libertĂ© d’expression ? Et pour la paix ?

Qatar et iran

Sommaire

À quoi correspond le « Monde Musulman
Les liens entre l’Occident et le Monde Musulman
Un monde ou des mondes ? Entre unité et pluralité
Erdogan et le cas de la Turquie aujourd’hui
Enjeux et raisons des conflits
Liban : un lien encore fort avec la France ?
Entreprendre au Moyen-Orient : une Ă©volution ?
Le cas de l’Iran et des Etats-Unis
Al-Jazeera et le Qatar, problĂšme ou non ?
Ce que tu dois retenir

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