Terme assez mĂ©connu des Ă©lĂšves, « Les Grands Lacs » nâinspirent bien souvent pas grand-chose. Pourtant tu connais forcĂ©ment en partie les conflits que nous allons rĂ©capituler aujourdâhui.
Si on te dit « Rwanda », cela te parle-t-il plus ? Evidemment ! Le gĂ©nocide du peuple Tutsi au Rwanda en 1994 est lâun des moments les plus forts de cette deuxiĂšme partie du XXIe siĂšcle. AprĂšs la Shoah, le monde pensait quâun tel niveau de barbarie ne serait jamais atteint de nouveau ; difficile de croire quâun tel Ă©vĂ©nement puisse avoir lieu et sous la reconnaissance des pays occidentaux ! Si tu ne connais pas trop l’affaire, pas de panique. On va bien entendu revoir tout cela avec le plus de prĂ©cisions possibles. đ
Dans ce deuxiĂšme article du Monde en Fiche, nous nous intĂ©resserons aux Ă©vĂ©nements qui ont dĂ©stabilisĂ© la rĂ©gion des Grands Lacs en Afrique. Quels sont les causes historiques ? Quel en a Ă©tĂ© le rĂ©sultat ? OĂč en sommes-nous dĂ©sormais ? Tant de questions auxquelles nous allons tenter de rĂ©pondre dans cet article đ§
Ă quoi correspondent les Grands Lacs ? đ
Avant dâentamer lâobservation de cette rĂ©gion, il va forcĂ©ment falloir la dĂ©finir, surtout en sachant quâelle nâest gĂ©nĂ©ralement pas parfaitement connue du grand public. Si tu observes une carte de lâAfrique (et surtout de lâAfrique de lâEst), tu peux tâapercevoir quâil existe une rĂ©gion possĂ©dant plusieurs lacs assez consĂ©quents qui bordent diffĂ©rents pays. âL’Afrique des Grands Lacsâ catĂ©gorise ainsi les quatre pays qui entourent les diffĂ©rents lacs de cette rĂ©gion du monde.
Quels sont ces quatre pays ? đ€
đĄ Il sâagit du Rwanda, du Burundi, de lâOuganda, et de la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo. Ces pays ont une histoire plus ou moins commune et donc possĂšdent des ethnies qui se recoupent malgrĂ© de fortes diversitĂ©s culturelles (câest en tout cas vrai pour le Burundi, la RDC et le Rwanda). Cette question des ethnies sera source dâun intense conflit, mais on y reviendra plus tard.
Cette appellation est aussi politique et ne sâarrĂȘte pas Ă la simple gĂ©ographie. Effectivement si tu regardes une carte de lâAfrique, tu peux observer que la Tanzanie est proche du lac Tanganyka et le Kenya borde le lac Victoria ; ces deux pays ne font pas partie des Grands Lacs pour autant car ils nâont pas la mĂȘme histoire ni des difficultĂ©s gĂ©opolitiques communes.
Ici, les quatre pays des Grands Lacs vont faire face Ă des difficultĂ©s plus ou moins endĂ©miques qui vont se chevaucher : il sâagit d’Ătats assez poreux et dont les problĂšmes ne restent pas au sein des frontiĂšres, ce qui va accroĂźtre les risques et les consĂ©quences.

Histoire de la colonisation đŁ
đĄ Les quatre pays furent colonisĂ©s par lâEurope avant de reprendre leur indĂ©pendance. La RDC (anciennement appelĂ©e ZaĂŻre : retiens bien cela car jâutiliserai ce terme pour en parler dans la suite), le Burundi et le Rwanda ont appartenu Ă la Belgique. LâOuganda de son cĂŽtĂ© fut colonisĂ© par la Grande-Bretagne.
đđ»Cette colonisation, bien que terminĂ©e aujourdâhui, sera lâune des principales causes des chocs que rencontreront les pays. Les massacres que connaĂźtront les anciennes colonies belges vont ĂȘtre le reflet dâune politique ethnique totalement arbitraire. Pour faire assez simple, la Belgique a scindĂ© les populations des pays en leur donnant des ethnies officielles (qui ne recoupent parfois pas les vrais rapports ethniques de la rĂ©gion) et s’est appuyĂ©s sur certaines minoritĂ©s en leur donnant du pouvoir. De lĂ ( Câest ainsi que ) renaĂźt lâethnie Tutsi et lâethnie Hutu au Rwanda et au Burundi.

! Attention ! il est important que tu comprennes que ces deux ethnies existaient bien avant la colonisation MAIS elles ont Ă©tĂ© « figĂ©es » arbitrairement par les colons belges sur des critĂšres physiques et gĂ©ographiques. Ătre Hutu et Tutsi Ă partir de 1884 (quand les premiers EuropĂ©ens entrent sur le territoire) nâa pas du tout le mĂȘme sens que durant les siĂšcles prĂ©cĂ©dents. Ici on parlera de cette ethnie comme celle qui a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ©e par les Belges, câest-Ă -dire dans un souci de conquĂȘte et de maĂźtrise dâun territoire colonial.
đĄ Sous le colon, la diffĂ©rence entre Hutu et Tutsi va se jouer sur leur positionnement gĂ©ographique, leur activitĂ© professionnelle et leur « caractĂ©ristique raciale » :
Un Hutu dâune ethnie dâagriculteur et de paysans sera vu comme plus « mĂ©prisable » et « moins apte Ă coopĂ©rer et Ă diriger » pour les colons tandis quâun Tutsi est dâune ethnie dâĂ©leveur oĂč lâon pouvait y trouver de riches propriĂ©taires, comme une caste « noble ». Câest cette distinction fondamentale qui va diviser le pays en plusieurs ethnies dans une hiĂ©rarchie qui nâexistera quâĂ partir de cette colonisation des Belges. Et câest cette hiĂ©rarchie qui va amener les diffĂ©rents conflits et massacres que connaĂźtra la rĂ©gion.
đđ» Cette vision des colonisateurs amĂšnera des diffĂ©renciations injustes entre les Hutus et les Tutsis. Ces derniers auront un accĂšs privilĂ©giĂ© aux Ă©tudes et la gouvernance, tandis que les Hutus seront relĂ©guĂ©s au rang de subalterne. Plus loin encore, les colons vont aller jusquâĂ la crĂ©ation officielle dâun document dâidentitĂ© sur lequel lâethnie sera visible de tous. La rĂ©alitĂ© ethnique africaine qui peut ĂȘtre changeante et qui fonctionne principalement sur lâappartenance et le sentiment personnel en prioritĂ© va se retrouver piĂ©ger dans une case raciale dont on ne peut sortir officiellement. Les Hutus seront donc dâĂ©ternels « seconds couteaux » dâaprĂšs ce document dâidentitĂ© et cela explique le terreau de rancune qui va exploser quelques dĂ©cennies plus tard.
đđ» Les annĂ©es 1950 seront dĂ©cisives dans lâexplication de la guerre civile de 1990 dans la rĂ©gion. Durant cette pĂ©riode, les Tutsis Ă©duquĂ©s revendiquaient lâindĂ©pendance. Cette indĂ©pendance nâĂ©tait pas nĂ©gociable pour les colonisateurs qui justifieront cette volontĂ© des Tutsis par le rapprochement vers les idĂ©aux communistes. Nous sommes en pleine Guerre froide et la peur dâun communisme qui se propagerait en Afrique (comme ce qui a eu lieu au mĂȘme moment en Asie) poussera les pays colonisateurs Ă dĂ©stabiliser Ă tout prix les groupuscules pro-indĂ©pendance. Les europĂ©ens vont donc sâappuyer sur la majoritĂ© ethnique du pays, les Hutus, pour maintenir leur force et leur position dans Les Grands Lacs. Les Tutsis seront alors discriminĂ©s et certains sâexileront dans les pays aux alentours. Câest un retournement de situation et un changement de poids dans ses alliĂ©s de la part des pays colonisateurs : lâethnie Hutu Ă©tait celle qui les arrangeait alors dans la domination du territoire.
đĄ LâIndĂ©pendance sera tout de mĂȘme proclamĂ©e en 1962 au Rwanda aprĂšs plusieurs annĂ©es de guerre civile : câest la PremiĂšre RĂ©publique Hutu. Cela profite tout de mĂȘme aux colonisateurs car les Hutus leur semblent plus mallĂ©ables pour leurs propres intĂ©rĂȘts. Cette indĂ©pendance demandĂ©e par les Tutsis fut refusĂ©e uniquement car les EuropĂ©ens perdaient leur emprise sur la rĂ©gion ; lâindĂ©pendance Hutu nâĂ©tait pas le signe dâun affaiblissement des EuropĂ©ens dans la rĂ©gion, bien au contraire !
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Une indĂ©pendance qui signe le dĂ©but des massacresâ ïž

Comme expliqué précédemment, les Hutus obtiennent le pouvoir au Rwanda et une partie des Tutsis est persécutée : des milliers de Tutsis fuirent leur pays. Cependant dans les années 1963, les Tutsis tentent de rentrer de force au Rwanda mais échouent. Le premier massacre commença en décembre 1963 en réponse à ces tentatives de passage en force des Tutsis exilés : on compte entre 8 000 et 12 000 Tutsis massacrés. Pourtant, ils continueront leurs actions.
Pourquoi les Tutsis tentent de reprendre le pouvoir ?
đĄ Les Tutsis nâacceptent pas dâĂȘtre dirigĂ©s par les Hutus et rĂȘvent dâun retour de la monarchie tutsie. Ils souhaitent bien entendu redevenir lâethnie forte du pays car câest « historiquement leur place » sous la colonisation belge. Les Tutsis exilĂ©s souhaitent pouvoir rentrer chez eux.
Mais les Tutsis ne sont pas les seuls Ă subir le contrecoup de cette politique ethnique : en 1972 au Burundi, les Hutus sont massacrĂ©s par milliers Ă leur tour, ce qui obligea le gouvernement Hutu du Rwanda Ă rĂ©pondre Ă cela par une plus grande persĂ©cution dans son propre pays. Le conflit entre les deux ethnies devient global et prend en compte les Grands Lacs dans leur entiĂšretĂ© puisque ce conflit rythme la vie au Rwanda et au Burundi et les Hutus se retrouvent en grand nombre en Ouganda et au ZaĂŻre (lâex-RDC).
Ă lire aussi
â Si tu souhaites dĂ©couvrir un nouveau livre, on tâinvite Ă lire Petit Pays de GaĂ«l Faye, qui est un tĂ©moignage poignant du massacre au Rwanda.
Les sources du conflitđ„
1) La question ethnique
La question ethnique est une Ă©vidence dâaprĂšs tout ce que nous avons expliquĂ© plus tĂŽt. Câest cette fixation et cette instrumentalisation des ethnies dans la rĂ©gion des Grands Lacs qui va amener au gĂ©nocide quelques dĂ©cennies plus tard.
2) La question fonciĂšre ?
Certains spĂ©cialistes sâaccordent Ă dire quâen plus de cela, la question des difficultĂ©s fonciĂšres et de la surpopulation sur ce territoire a exacerbĂ© les conflits. Les structures sociales auraient Ă©clatĂ© Ă cause dâune augmentation de la pauvretĂ© dĂ» Ă la crise fonciĂšre, une grande partie de la population vivant principalement de la terre. Câest une maniĂšre de lire le conflit qui nâest pas au goĂ»t de tout le monde, mais cela montre que les sources dâun conflit peuvent ĂȘtre multiples et parfois insoupçonnĂ©es; la question ethnique cachant les potentielles autres raisons.
3) La religion ?
đđ» La religion nâa pas Ă©tĂ© en tant que telle lâune des sources du conflit mais a eu plus ou moins dâimpact quant Ă la transmission de lâinformation en dehors du pays ainsi que sur la stratĂ©gie mise en place pour aider lâun des deux camps.
Le territoire est ainsi parsemĂ© de rĂ©seaux religieux formĂ© par l’Ăglise catholique durant la colonisation, lorsque le rĂŽle des missionnaires Ă©tait prĂ©pondĂ©rant dans la maĂźtrise des peuples et du territoire.
On comptait 90% de chrĂ©tiens au Rwanda au dĂ©but des annĂ©es 90. Lâinfluence de la religion chrĂ©tienne Ă©tait considĂ©rable et il est donc difficile de ne pas croire Ă une potentielle participation indirecte des institutions religieuses dans le conflit. Cela est vrai initialement avec lâarrivĂ©e des colons et des missionnaires qui ont Ă©duquĂ© au dĂ©part uniquement les Tutsis et ont donc appuyĂ© cette diffĂ©renciation des peuples, mĂȘme si ce sont les Ă©ducateurs chrĂ©tiens Ă avoir Ă©tĂ© les premiers Ă remettre en cause le manque flagrant dâĂ©galitĂ© dans lâĂ©ducation des Rwandais. Cependant, il est difficile de ne pas admettre le rĂŽle de la DĂ©mocratie ChrĂ©tienne Belge durant les mouvements dâindĂ©pendances des Tutsis. Lâappui pour les Hutus a Ă©tĂ© impulsĂ© par le monde chrĂ©tien en partie.
đĄ LâEglise nâaura cependant pas appelĂ© Ă commettre le gĂ©nocide et dĂ©noncera dĂšs le dĂ©but les massacres (quâils soient hutus ou tutsis) mais elle aura appuyĂ© pendant une trentaine dâannĂ©e les thĂšses racialistes et a donc favorisĂ© la scission du peuple : la thĂ©orie des 3 races (Hutu, Tutsi et Twa) a Ă©tĂ© fondĂ© par un archevĂȘque.
1994-1997 : Des annĂ©es d’intenses conflits đĄïž
Commençons tout dâabord par lâĂ©vĂ©nement majeur qui explique le dĂ©part du gĂ©nocide au Rwanda : en avril 1994, un avion transportant le prĂ©sident Hutu Habyarimana (Rwanda) et le prĂ©sident Ntaryamira (Burundi) est abattu Ă Kigali, la capitale du Rwanda. Il sâen suivra un gĂ©nocide dont je parlerai plus amplement dans la prochaine partie.
đđ» Rapidement au Burundi le prĂ©sident intĂ©rimaire prend ses fonctions et sâefforce dâĂ©viter les risques de guerres civiles. Le gouvernement parviendra Ă maĂźtriser suffisamment son pays pour ne pas sombrer comme le Rwanda malgrĂ© de fortes tensions internes.
Le gĂ©nocide du Rwanda va amener un exode massif de rĂ©fugiĂ©s vers le ZaĂŻre. On parle de plus de 2 millions de rĂ©fugiĂ©s en quelques mois. Quelques semaines aprĂšs, le FPR (Front patriotique rwandais) forme un gouvernement avec comme prĂ©sident un Hutu, Pasteur Bizimungu, et un vice-premier ministre (et ministre de la dĂ©fense) Tutsi, Paul Kagame. Ce deuxiĂšme nom te dit peut-ĂȘtre quelque chose puisquâil sâagit du prĂ©sident actuel du Rwanda !

đđ» Les gĂ©nocidaires Hutus fuirent en grand nombre dans les pays voisins, câest-Ă -dire en Ouganda et au ZaĂŻre. Les Tutsis vont poursuivre et chasser les gĂ©nocidaires soit par vendetta, soit par justice. Des centaines de vĂ©hicules armĂ©s entrent au ZaĂŻre.
LâannĂ©e 1995 verra une augmentation importante des affrontements meurtriers au Burundi. Les Tutsis massacrent les Hutus et certains fuient Ă leur tour au ZaĂŻre rejoindre les poches de rĂ©fugiĂ©s hutus burundais dĂ©jĂ prĂ©sentes sur place. Durant la mĂȘme annĂ©e, une confĂ©rence a lieu au ZaĂŻre pour trouver un terrain dâentente avec les pays des Grands Lacs afin de rapatrier les exilĂ©s et sortir les Tutsis rĂ©calcitrants.
En 1996, la dĂ©stabilisation continue malgrĂ© le travail de lâONU qui Ă©tait de remettre de lâordre. Câest lâannĂ©e des exhumations, des rapatriements et des jugements des gĂ©nocidaires. LâarmĂ©e burundaise fomente un coup dâEtat et amĂšne le major Pierre Buyoya Ă prendre le pouvoir. Il faudra attendre de longues nĂ©gociations jusquâĂ septembre de la mĂȘme annĂ©e avant dâobtenir quelque chose de la part de la rĂ©bellion Hutu burundaise restĂ©e au pays.
đĄ Cependant, cette fin dâannĂ©e 1996 est marquĂ©e par le dĂ©but de la PremiĂšre guerre du Congo (donc au ZaĂŻre). 200 000 burundais et rwandais vont fuir les conflits entre lâarmĂ©e zaĂŻroise et les rebelles appuyĂ©s par les pays voisins. Le gouvernement zaĂŻrois accuse le Burundi et le Rwanda dâingĂ©rence et dĂ©sire renvoyer tous les rĂ©fugiĂ©s de son territoire. On assiste alors, le 15 janvier, aux premiers combats offensifs entre lâarmĂ©e zaĂŻroise et les rebelles Tutsis. Mais nous verrons cela plus loin lorsque lâon abordera les conflits au ZaĂŻre.
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Zoom sur le gĂ©nocide des Tutsis au Rwanda en 1994 â°ïž

đđ» Comme on l’a indiquĂ© un peu plus haut, lâattentat des prĂ©sidents rwandais et burundais est l’Ă©vĂ©nement-clĂ© qui a conduit Ă cette explosion de violence. On ne va pas te raconter jour par jour tout ce quâil sâest passĂ© mais plutĂŽt te donner quelques chiffres que tu peux rĂ©utiliser et qui valent mille mots :
- Le gĂ©nocide a durĂ© environ trois mois. On dĂ©nombre 900 000 Ă 1 million de Tutsis massacrĂ©s, ce qui correspond Ă ÂŸ de la population tutsi totale ! La grande majoritĂ© des meurtres ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©s Ă la machette et Ă la massue, ce qui montre le cĂŽtĂ© sanglant et violent des massacres.
- 93% des victimes du gĂ©nocide ont Ă©tĂ© tuĂ© parce quâelles Ă©taient identifiĂ©es comme Tutsies. Le reste concerne les Hutus tuĂ©s pendant les massacres ainsi que les Hutus qui avaient des liens de parentĂ© avec des Tutsis. Oui, on pouvait ĂȘtre dâethnies diffĂ©rentes dans une mĂȘme famille et certaines se sont entre-dĂ©chirĂ©es.
- 48% des victimes Tutsis sont des paysans. Le second secteur le plus touché est celui des étudiants de niveau lycée/supérieur (21%).
đĄ Aujourdâhui, le pays est en paix malgrĂ© des difficultĂ©s mĂ©morielles Ă©videntes. Les anciens gĂ©nocidaires et les rescapĂ©s vivent avec une rĂ©elle proximitĂ© et sont parfois mĂȘme voisins. Lâambiance a de quoi ĂȘtre rĂ©ellement Ă©trange, mais le pays a connu des miracles Ă©conomiques et sociaux majeurs qui font du Rwanda lâun des pays les plus dĂ©veloppĂ©s dâAfrique aujourdâhui.

Zoom sur le ZaĂŻre đ€
đĄ Les conflits dans les Grands Lacs ne sont pas isolĂ©s : ils se recoupent et se nourrissent mutuellement. Ainsi, le gĂ©nocide des Tutsis au Rwanda jouera un rĂŽle crucial dans la dĂ©stabilisation politique que le ZaĂŻre rencontrera.
En effet, il est important de mentionner que les Hutus gĂ©nocidaires ont dĂ» fuir le Rwanda lorsque le gĂ©nocide des Tutsis prit fin. Les rĂ©fugiĂ©s gĂ©nocidaires Hutus ont rejoint les poches dâimmigrations initiĂ©es par les Hutus burundais au fil des annĂ©es. On parle de millions de rĂ©fugiĂ©s politiques aprĂšs les exactions commises sur les territoires rwandais et burundais. Les Tutsis, nâacceptant pas ce manque de justice et craignant un retour de ces Hutus (qui ne se trouvent que dans le pays voisin qui plus est !), vont donc les prendre en chasse et traverser le territoire du ZaĂŻre avec des vĂ©hicules lourds et les armes aux poings.
Ces Tutsis vont commettre de nombreuses exactions Ă leur tour sur le sol zaĂŻrois et appuieront les mouvements indĂ©pendantistes. Contre cela, les congolais vont former des milices dâauto-dĂ©fense pour faire face et reprendre leur pays en main ; pays qui se trouve plongĂ© entre les difficultĂ©s politiques et sociales que le ZaĂŻre connaissait initialement et auxquelles viennent se greffer des guĂ©rillas entre Hutus et Tutsis.
đđ» Les Ă©vĂ©nements politiques au ZaĂŻre ont conduit Ă la PremiĂšre guerre du Congo entre 1996 et 1997 avec pour principal rĂ©sultat la chute du prĂ©sident Mobutu qui sera chassĂ© du pouvoir par les rebelles. Cette guerre nâest pas quâinterne au pays puisque les rebelles furent appuyĂ©s par le Rwanda, lâOuganda et lâAngola.
Pourquoi Mobutu a chuté ?

đĄ Mobutu est arrivĂ© au pouvoir en 1965 et dirigea le ZaĂŻre sous lâĂ©gide des Etats-Unis, souhaitant faire de ce pays un rempart contre le communisme en Afrique. Nous sommes en pĂ©riode de Guerre froide, et cette question idĂ©ologique demeurera lâun des fondamentaux de la construction du monde. Aujourdâhui, les vestiges de toutes les instabilitĂ©s politiques liĂ©es Ă cette question du modĂšle idĂ©ologique restent visibles dans de nombreuses rĂ©gions du monde : elle sera dĂ©terminante dans lâampleur que prendra le conflit dans les Grands Lacs. Mais revenons au ZaĂŻre :
Les annĂ©es 1990 et la chute du communisme vont amener une grande vague de dĂ©mocratisation sur le continent africain. Cette vague touchera effectivement le ZaĂŻre qui subira la pression intĂ©rieure des rebelles (et cela depuis plusieurs dĂ©cennies) mais aussi une pression extĂ©rieure de la part des instances supranationales. Mobutu promet des rĂ©formes mais garde la main plutĂŽt lĂ©gĂšre en ce qui concerne la dĂ©mocratisation tant souhaitĂ©e, et cela a fait redoubler les rĂ©voltes qui grondaient dĂ©jĂ dans le pays depuis sa prise de fonction dans les annĂ©es 60. Ces rebelles profiteront de lâinvasion du territoire par les Tutsis souhaitant rattraper les gĂ©nocidaires Hutus qui ont fui au ZaĂŻre.
đĄ Le ZaĂŻre changera son nom pour « la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo » en 1997 lorsque Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila en deviendra le nouveau chef de lâEtat.
Nous nâirons pas plus loin dans lâhistoire mouvementĂ©e de ce Congo fraĂźchement nĂ©, mais il est bon de rappeler que la DeuxiĂšme guerre du Congo eut lieu entre 1998 et 2002 et quâelle a Ă©tĂ© la plus grande guerre que connut lâAfrique : 9 pays furent impliquĂ©s et on dĂ©nombra 4 Ă 5 millions de morts (selon lâInternational Rescue Committee) en prenant en compte les famines et les maladies liĂ©es au conflit.
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Actuellement, oĂč en est-on ? đ§

En République Démocratique du Congo
đĄ La place des milices reste prĂ©pondĂ©rante au sein des sociĂ©tĂ©s rurales dans le Kivu (rĂ©gion tampon proche de lâOuganda, du Burundi et du Rwanda). On dĂ©nombre encore aujourdâhui entre 50 et 70 groupes armĂ©s congolais sur cette bande ; des groupes composĂ©s de chefs de guerre dictent leur loi et sont Ă la fois une protection et une menace pour la population. La rĂ©gion est donc comme figĂ©e dans une sorte de perpĂ©tuelle mĂ©fiance du ravivement dâun conflit : câest dâautant plus important aujourdâhui compte tenu de lâextrĂȘme richesse du sous-sol congolais qui peut reprĂ©senter une opportunitĂ© juteuse pour le gouvernement des diffĂ©rents pays des Grands Lacs, pour les milices, ou mĂȘme pour les superpuissances chinoises et amĂ©ricaines.
đđ» Le Kivu reste donc un endroit oĂč la loi est faite par les milices et oĂč lâEtat nâa aucun contrĂŽle. Il sâagit dâun territoire violent et dangereux, oĂč les combats armĂ©s et les viols restent quotidiens.

Au Rwanda
đĄ La situation sâest grandement stabilisĂ©e si bien que le pays est perçu comme une rĂ©fĂ©rence et un possible modĂšle pour tout le continent africain. La rĂ©gion est la plus soutenue au monde par lâaide publique au dĂ©veloppement (APD) et Paul Kagame a eu de belles rĂ©ussites au niveau Ă©conomique dans son pays. En 2004, le programme « One cow per poor family » qui vise Ă donner 1 vache Ă tous les agriculteurs du pays est un succĂšs : les agriculteurs bĂ©nĂ©ficient ainsi dâune sĂ©curitĂ© alimentaire (grĂące au lait) et dâune plus grande sĂ©curitĂ© Ă©conomique.
De plus, il existe une forte volonté de régler avec justice la question des bourreaux du génocide tutsi. Confronté aux victimes dans des tribunaux de village spécialement conçu pour le génocide de 1994, ces tribunaux (appelé tribunaux gacaca) sont des instants de jugements servant à punir les génocidaires, mais aussi à pardonner et à passer à autre chose.
đđ» Tout nâest cependant pas si rose : mĂȘme si la paix est revenue, la mĂ©moire reste fragilisĂ©e et la structure sociale plus compliquĂ©e. Des paysans Tutsis retrouvent leurs vaches massacrĂ©es et les vols sont frĂ©quents entre ethnies diffĂ©rentes. De plus, beaucoup des politiques mises en place par lâactuel prĂ©sident restent dans cette lignĂ©e prĂ©datrice bien connue en Afrique. Par exemple, la constitution du pays fut modifiĂ©e par Paul Kagame pour lui permettre de rester au pouvoir jusquâen 2034.
De plus, le Rwanda est lâun des pays qui a le plus commis dâassassinats politiques dans les pays voisins (que ce soit au Kenya, en Ouganda ou en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo). La bonne rĂ©ussite Ă©conomique du pays est entachĂ©e par certaines manĆuvres visant Ă garder les apparences : la profession dâagriculteur est souvent notĂ©e de facto sur les cartes dâidentitĂ©s, mĂȘme si lâon est au chĂŽmage⊠ou prostituĂ©.
Cela permet en outre de mentir sur le vĂ©ritable nombre de personnes en difficultĂ©s financiĂšres dans le pays. MĂȘme si les conditions de vie se sont nettement amĂ©liorĂ©es, le pays conserve des difficultĂ©s endĂ©miques liĂ©es aux maladies, Ă la pauvretĂ©, et Ă lâexploitation de minerais rares, le Rwanda Ă©tant actuellement le premier producteur de tantale (nĂ©cessaire dans lâaĂ©ronautique, la chimie ou encore lâoptique).

Au Burundi
đĄ La situation au Burundi se dĂ©grade depuis de nombreuses annĂ©es et les conflits redeviennent dramatiques. Les violences entre la population et le gouvernement actuel (et donc lâarmĂ©e) poussent les Burundais Ă fuir dans les pays voisins. Le dirigeant actuel, Pierre Nkurunziza, est Ă©lu pour la troisiĂšme fois consĂ©cutives et ce malgrĂ© les volontĂ©s du peuple. La population crie Ă la fraude alors que les tentatives de coup dâEtat pour reprendre la main sur le pays Ă©chouent.
Cette situation est devenue tendue Ă partir de 2015, annĂ©e oĂč le prĂ©sident sâest proposĂ© pour un troisiĂšme mandat. Les violences se sont alors exacerbĂ©es et ont repris de graves proportions. Les burundais sont ainsi confrontĂ©s Ă une crise humanitaire dans laquelle une rĂ©cession Ă©conomique, une insĂ©curitĂ© alimentaire extrĂȘme et une grave Ă©pidĂ©mie de paludisme se cumulent.
Cette crise du pays est lâune des plus sous-financĂ©e du monde, autant par les instances supranationales que par les diverses ONG.
LâOuganda
On a peu parlĂ© de lâOuganda malgrĂ© sa place dans ce qu’on appelle « les Grands Lacs ». Ce pays est perçu comme un paradis pour les rĂ©fugiĂ©s des Etats voisins, notamment pour les anciens citoyens de la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo, oĂč les conflits tribaux entre milices continuent de faire des ravages. Les rĂ©fugiĂ©s congolais sont aussi des preuves des difficultĂ©s que connaĂźt la RDC : ils ont fui une vie de meurtres, de viols et de tortures pour se rĂ©fugier dans le pays voisin quâest lâOuganda. Juste sur lâannĂ©e 2018, on compte prĂšs de 200 000 congolais qui sont venus se rĂ©fugier en Ouganda.
đĄ Il est important de savoir que lâOuganda pratique une politique dâaccueil trĂšs ouverte pour les rĂ©fugiĂ©s des Grands Lacs. Exemplaire, le pays offre une terre et une maison Ă chaque famille de rĂ©fugiĂ©s et leur offre une protection et un environnement qui se veut ĂȘtre le plus sain possible. Les rĂ©fugiĂ©s sont humanisĂ©s et ont accĂšs Ă de nombreux services : droit de travailler, droit Ă lâĂ©ducation et droit de se dĂ©placer dans tout le pays. LâOuganda est la premiĂšre terre dâaccueil (en tant quâasile) en Afrique.
Cependant, la vie des rĂ©fugiĂ©s nâest pas si enviable quâelle en a lâair sur le papier. Les maisons doivent bien souvent ĂȘtre construites par eux-mĂȘmes, sans aucune aide sur la construction et les immigrĂ©s doivent obligatoirement utiliser leur argent pour obtenir tout ce dont ils ont besoin pour travailler la terre.
En rĂ©alitĂ©, le gouvernement ougandais dĂ©sire une parfaite autonomie des rĂ©fugiĂ©s dans le pays mais les flux dâimmigrations sont tels quâil est devenu pratiquement impossible de soutenir efficacement lâinstallation et la rĂ©partition des congolais sur le sol ougandais. Cet exode massif pĂ©nalise donc tous les nouveaux rĂ©fugiĂ©s arrivant sur le territoire.
Petit rĂ©cap‘ đ
- Le Rwanda, le Burundi, la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo et lâOuganda sont les quatre pays qui composent le territoire des Grands Lacs en Afrique de lâEst
- La RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo sâappelait anciennement le ZaĂŻre, et a changĂ© de nom en 1997.
- Le terme âGrands Lacsâ permet avant tout de faire une unitĂ© gĂ©opolitique de la rĂ©gion : les conflits se superposent sur les 4 Ătats et ont donc des situations communes.
- Le gĂ©nocide des Tutsis au Rwanda eu lieu durant lâannĂ©e 1994. On dĂ©nombre prĂšs de 1 million de morts en quelques mois !
- Ce génocide avec la chasse aux génocidaires orchestrée par les Tutsis amÚnera la PremiÚre Guerre du Congo au Zaïre.
- Le Rwanda et lâOuganda sâen sortent aujourdâhui plutĂŽt bien malgrĂ© certaines difficultĂ©s Ă©conomiques et politiques. LâOuganda est par ailleurs un territoire oĂč les rĂ©fugiĂ©s de la RDC et du Burundi souhaitent vivre. Leur politique dâaccueil est la meilleure de la rĂ©gion. Le Rwanda fait face Ă sa mĂ©moire et parvient Ă stabiliser la paix.
- La situation au Burundi et en RDC est encore catastrophique. Dans le Kivu (en RDC donc) les milices continuent de se battre en toute impunité et commettent de nombreuses exactions.