La conquête spatiale et les débuts de la Guerre Froide 🌌

Thomas Gilbert - Mis à jour le 22/04/2022
La conquête spatiale

Le 12 avril, on commémore la première mission spatiale habitée : Vostok 1 qui a pris son envol en 1961. À son bord, Youri Gagarine, le premier homme à s’être envoyé en l’air au-delà de la stratosphère et mettre les pieds dans l’espace ! Tu te demandes peut-être ce qui a déclenché cette course aux étoiles entre les Soviétiques et les Américains ? Ou pourquoi ils ont dépensé « un pognon de dingue » dans la conquête spatiale ?

Dans cet article, on se penche sur un aspect de la guerre froide et on tente de décrypter les enjeux et les origines de la conquête spatiale !

Prêt ? Décollage !🚀

La guerre froide, moteur de la conquête spatiale ⚙️

Tu pensais que les Américains et les Soviétiques voulaient se décrocher la lune par amour ? Non, non, non, c’était simplement pour avoir un avantage stratégique ! Le but non-avoué de la conquête spatiale était d’être les premiers à disposer d’une plateforme militaire en orbite et d’y placer des missiles ! 

La course à l’armement 🏃‍♂️

Après la Seconde Guerre mondiale, deux blocs subsistent, le bloc soviétique avec l’URSS et le bloc des alliés avec les États-Unis en chef de file. Les deux blocs rivaux s’étaient lancés dans une course à l’armement afin d’obtenir l’arme ultime pour prendre l’avantage sur l’autre. C’est dans cette logique que s’était lancée l’Allemagne Nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Au milieu de la guerre, l’Allemagne dispose de nombreux scientifiques qui ont permis de nombreuses avancées technologiques, dans l’unique but de faire la guerre…

C’est notamment à ces derniers qu’on doit l’invention des premiers avions à réaction avec le tout premier modèle : Heinkle He 178

Le premier avion à réaction, le Heinkle He 178

Après cette première prouesse technologique, les Allemands se sont mis à développer de nouveaux types de bombes, cette fois-ci équipées de réacteurs et d’un système de guidage.

💡 Le Savais-tu ?

Les premières bombes étaient appelées « bombes stupides », elles n’étaient équipées d’aucune technologie, elles transportaient uniquement la charge utile, autrement dit l’agent explosif. On se contentait alors de les larguer par avion avec une précision un peu … hasardeuse. 😵

Réplique d’un missile V2.

Les scientifiques allemands ont eu l’idée d’utiliser le principe de moteur à réaction pour équiper des missiles qui seraient propulsés par eux-mêmes et non largués par un avion.
C’est ainsi qu’ont vu le jour les missiles V1 et V2.

C’est ce type de missile téléguidé qui a servi à l’Allemagne nazie pour bombarder les populations civiles en Angleterre et en Belgique.

Ils ne faisaient pas d’énormes dégâts comparés à la bombe atomique, mais leurs premières utilisations par les Allemands avaient surtout un impact psychologique. Voir arriver un missile indétectable, foncer sur soi à 3 fois la vitesse du son, ça a le mérite de faire peur ! 😬

Ces missiles sont les ancêtres des missiles intercontinentaux actuels utilisés aujourd’hui par plusieurs pays pour exercer la dissuasion nucléaire.

👉 Après l’armistice, les deux grandes puissances qui ont émergé du conflit se sont saisies du savoir-faire des scientifiques allemands pour développer leur arsenal. Par exemple, les Américains ont recruté l’ingénieur Wernher von Braun, l’inventeur des missiles allemands. Cela a conduit à l’escalade de la course à l’armement, au développement de l’arme nucléaire, créant des tensions politiques supplémentaires comme la crise des missiles de Cuba.

Les deux camps ont pris conscience des dégâts potentiels que pouvait causer une guerre nucléaire, ils se sont donc ravisés pour lever les yeux vers les étoiles. Leur nouvel objectif, asseoir leur domination grâce à leur puissance technologique !

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L’avance des Russes dans la conquête spatiale 🏆

En parallèle de son programme nucléaire, l’Union soviétique met au point son programme spatial à la suite de l’invention des missiles allemands. Alors que les Russes perdent l’avantage dans la course du nucléaire au début des années 50, ils prennent le large devant les États-Unis avec leurs prouesses spatiales.

Les Soviétiques ont débauché du goulag l’ukrainien Sergueï Korolev, ingénieur en aéronautique. Grâce à son expertise, l’URSS souhaitait créer un lanceur intercontinental capable de transporter une bombe atomique très encombrante. Lors de ses recherches, Sergueï obtient l’accord d’envoyer un premier lanceur dans l’espace le 4 octobre 1957 avec à son bord la première sonde spatiale Spoutnik 1.

C’est un immense succès pour les Russes et un terrible échec et une humiliation totale pour les Américains. En pleine guerre froide, c’est surtout une victoire psychologique pour les Russes, puisqu’ils ne manquent pas de vanter les mérites de leur régime communiste qu’ils présentent comme supérieur au système capitaliste américain. 

👉 Mais les Soviétiques ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Un mois plus tard, le 3 novembre 1957, l’URSS envoie en orbite le satellite Spoutnik 2 cette fois avec un pilote à son bord. La chienne Laïka, le premier être vivant envoyé dans le vide de l’espace. Une petite chienne ramassée dans les rues de Moscou devenue héroïne nationale.

Laïka Boss

Laïka fait alors le tour de la terre en 95 min et effectue 4 orbites complètes. Elle n’aura survécu que 7 heures au lancement. Des décennies après la mission, le docteur Dimitri Malachenkov qui avait travaillé sur la mission a révélé que la chienne est décédée à cause d’un défaut du régulateur de chaleur dans sa cabine.

Laïka a passé plusieurs heures sous 40° et serait décédée en raison d’un niveau de stress intense. Les Russes ont caché la vérité sur sa mort pour ne pas admettre qu’ils n’étaient pas encore prêts à envoyer un être humain dans l’espace. Par contre, envoyer un petit chien à la mort pour la science, pas de souci. 🙄

Face au programme Spoutnik, les Américains lancent le programme Mercury pour mettre au point les premiers vols habités. Pour faire dans l’originalité, ils envoient un singe en orbite, un chimpanzé nommé Ham en janvier 1961.

💡 Le savais-tu ?

Pour lui rendre hommage, une gravure de Laïka figure sur le bas-relief du Monument des Conquérants de l’Espace de Moscou. Une statue lui fut également consacrée au centre de recherche de Moscou où elle fut entraînée pour son vol dans l’espace.

La consécration de la puissance russe 🛰️

Après deux défaites consécutives, les États-Unis essaient de rattraper leur retard. Fin 1958, le président Eisenhower décide de créer la National Aeronautic Space Administration, tu la connais certainement sous le sigle NASA ! Malgré tout, les Russes conservent leur avance avec leur programme Luna qui vise à se poser sur la Lune.

  • Le 2 janvier 1959 la sonde Luna-1 sort de l’orbite terrestre et survole la lune.
  • Le 13 septembre, la sonde Luna-2 se pose à sa surface.
  • Le 22 octobre de la même année, la sonde Luna-3 transmet les premières images de la face cachée de la lune.

Après cette nouvelle série d’exploits, c’est le coup de massue pour les États-Unis. Le 17 avril 1961 les Soviétiques lancent en orbite leur premier vaisseau habité Vostok-I avec à son bord le premier cosmonaute Youri Gagarine, âgé de 27 ans, il est le premier homme de l’histoire à être allé dans l’espace ! 

Le cosmonaute passe près de deux heures en apesanteur et effectue plusieurs orbites autour de la terre à une altitude avoisinant les 250 km !

Portrait de Youri Gagarine

Les États-Unis parviennent toutefois à rattraper le retard le 5 mai 1961 avec le vol d’Alan Shepard, premier Américain dans l’espace, mais il n’arrive pas à atteindre la même altitude que son compère russe et ne reste là-haut que 15 minutes.

👉 Toujours à des fins de propagande en pleine guerre froide, l’image de l’Union soviétique se devait d’être impeccable. C’est pour ça que les Russes ont choisi Youri Gagarine, il fallait qu’il soit beau puisqu’il serait le porte-parole du régime soviétique à l’échelle du monde entier. Il devait être aussi fils d’ouvrier pour prouver au monde que le régime communiste était meilleur que celui des capitalistes. 😏

Le succès de Gagarine a (évidemment) été utilisé à des fins de propagande pour rallier le peuple russe derrière ses dirigeants et de leur faire oublier leurs problèmes du quotidien sous un régime autoritaire. 

💡 Le savais-tu ?

Les Soviétiques étaient si fiers de cet exploit, qu’ils ont carrément rebaptisé sa ville natale à son nom, mais ils ne se sont pas arrêtés là, ils ont aussi baptisé le musée de l’aéronautique de Moscou, un centre d’entraînement de cosmonautes, un cratère de la Lune ainsi qu’un astéroïde !

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La revanche de la conquête spatiale américaine 👨‍🚀

Après une décennie à la traîne derrière les Russes, le 35ème président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy donne son célèbre discours le 25 mai 1961.

We choose to go to the Moon

John Fitzgerald Kennedy

35ème président des États-Unis

Le président annonce publiquement le lancement des programmes Apollo et Gemini. Le premier programme a pour objectif d’emmener des Américains sur la lune quand le second doit mener des expériences de vols habités en orbite terrestre.

👉 À ce stade de la course, l’enjeu pour les deux pays rivaux est d’être le premier à poser un homme sur la lune.

💡 Et la France dans tout ça ? 

À cette époque, la France fait ses balbutiements dans la conquête spatiale, se remettant à peine du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Pour autant le 26 novembre 1965, la France lance son premier satellite « Astérix » à partir d’une fusée Diamant de conception française, cette réussite fait de la France la troisième puissance spatiale à l’échelle internationale ! 🇫🇷

En juin 1966, la NASA réussit à faire alunir la sonde Surveyor 1, elle prendra les premiers clichés américains de la surface de la lune, une mission très importante puisqu’elle permet de prospecter les éventuels sites d’alunissage pour les futures missions habitées.

Pendant ce temps, les programmes Gemini et Mercury permettent aux scientifiques de la NASA de mettre au point les capsules d’amerrissage. Ce sont les modules qui abritent la cabine de pilotage, permettant aux astronautes de faire leur rentrée dans l’atmosphère à leur retour sur terre. 

💡 Le point science

👉 Pour faire une rentrée atmosphérique, le vaisseau ne peut se contenter d’un angle aléatoire. Imagine que tu lances une pierre plate sur la surface de l’eau : avec un certain angle, elle va rebondir, avec un autre, elle va couler à pic.

👉 Pour un vaisseau, c’est pareil ! Avec un angle aigu et une trop grande vitesse, il va rebondir sur les couches les plus denses de l’atmosphère : c’est l’effet de ricochet. À l’inverse, si l’angle d’arrivée est trop obtus, il plongera à toute vitesse à cause de la force de gravité terrestre. La compression de l’air contre le vaisseau lancé à plus de 47km/s va dégager une chaleur si intense que le vaisseau s’embrasera en vol comme une allumette.

Eh oui, la conquête spatiale n’est pas sans danger ! Lors du premier lancement du programme Apollo le 27 février 1967, la fusée de la mission Apollo 1 explose au sol à cause d’un incendie pendant un entraînement en condition réelle sur le pas de tir. Les missions Apollo 2 à 6 ont donc été inhabitées pour éviter de mettre en danger les astronautes.

Les missions Apollo 8 et 10 ont permis d’effectuer les premières orbites autour de la Lune et une répétition des procédures d’alunissage avec une série de tests du Modulaire d’atterrissage Lunaire (LM).

Le succès américain 🌚

Le 16 juillet 1969, une fusée Saturn V décolle de Cap Canaveral en Floride avec à son bord l’équipage de la mission Apollo 11 composé de Neil Armstrong, Edwin (Buzz) Aldrin et Michael Collins.

Le 20 juillet, la capsule du LM se pose à la surface de notre petit satellite naturel dans le cratère baptisé “Mer de la Tranquillité”. Neil pose le premier pas à la surface de la Lune et prononce ces célèbres mots :

C’est un petit pas pour l’Homme, mais un grand pas pour l’humanité.

Neil Armstrong

Premier homme sur la Lune

💡 L’anecdote

À la suite de succès mondial, les trois astronautes de l’équipage entreprirent une tournée mondiale pour célébrer leur exploit. À cette occasion ils ont pu rencontrer la famille royale britannique, la reine Elisabeth II qui avait alors 42 ans et son mari le prince Philip. Au moment de cette rencontre, Neil Armstrong souffrait d’un rhume qu’il avait attrapé lors de la tournée, les témoins de la rencontre se rappellent qu’il avait ainsi éternué par accident sur… la reine 🤧

De son côté Buzz Aldrin se remémore autre chose ! Lors de la rencontre, Michael Collins a manqué de tomber dans les escaliers pour ne pas tourner le dos à la reine comme le veut la règle ! Difficile, le retour à la gravité ! 😁

Les États-Unis devançaient enfin l’URSS. La NASA réussit à reproduire l’exploit jusqu’à la mission Apollo 17, à l’exception d’Apollo 13 qui a subi une malfonction. Jusqu’à aujourd’hui, les Russes ni aucun autre pays n’a réussi à envoyer des hommes sur la Lune.

Le déclin de l’URSS 💣

Cette compétition acharnée entre le bloc soviétique et le bloc américain leur a permis de poser les armes et de s’affronter sur le terrain de la science. Pour autant, les coûts exorbitants des deux programmes spatiaux étaient très mal perçus par les populations des deux pays qui avaient d’autres priorités.

Du côté russe, beaucoup d’historiens s’accordent sur le fait que les énormes dépenses pour le programme spatial sont un des facteurs qui ont conduit à l’effondrement de l’URSS en 1991.

Après leur triomphe, les citoyens américains subissent de plein fouet la crise économique liée au choc pétrolier de 1970. Les tensions de la guerre froide ayant disparu, il n’y avait plus de raison de financer de telles missions au coût astronomique, c’est pourquoi la NASA mit un terme au programme Apollo.  

La fin de la guerre froide : vers une coopération scientifique 🔬

On appelle « la détente » le contexte de relâche à la fin de la guerre froide. Cette détente s’illustre par une série de coopérations scientifiques  entre Russes et Américains avec la combinaison des deux programmes : Apollo-Soyouz.

👉 En 1972, les deux vaisseaux se rencontrent en orbite terrestre pour effectuer un arrimage. Le vaisseau russe Soyouz est encore aujourd’hui le seul vaisseau de manufacture russe à envoyer des hommes dans l’espace !

👉 En 1976, les États-Unis élaborent une navette spatiale leur permettant de faire plusieurs aller-retour en orbite tandis que du côté russe, les scientifiques planchent sur l’élaboration de la première station spatiale habitée. La station Saliout est mise en orbite en 1971. C’est un nouveau moyen, pour les Russes d’asseoir leur domination sur l’espace.

Du côté américain, la NASA lance son projet Skylab en 1973, le projet n’a pas duré longtemps puisqu’elle subit un orage solaire en 1979 et se désintègre dans l’atmosphère. S’ensuivit la construction de la station spatiale MIR en 1986 par les Russes, suivit en novembre 1998 de la mise en orbite de l’ISS, la célèbre station spatiale internationale sur laquelle 11 pays (dont la France) collaborent. 

💡 La station spatiale internationale

L’ISS est un chantier pharaonique de plus de 400 tonnes qui orbite au-dessus de nos têtes à plus de 400 km d’altitude pour une vitesse de 27600 km/h. C’est aujourd’hui un grand laboratoire d’expériences et de recherche sur les conditions en apesanteur. Les expériences menées à bord ont pour but d’étudier le comportement du corps humain pendant une longue période passée en apesanteur dans l’idée d’un futur voyage sur Mars !

Pour aller plus loin ✨

Si le sujet t’intéresse, on te recommande deux super films qui retracent l’histoire de la conquête spatiale avec une grande fidélité !

First Man : sorti en 2018.

Le film revient sur la compétition avec les Russes et les événements qui ont permis l’élaboration de la mission Apollo 11. L’histoire est adaptée de la biographie officielle de Neil Armstrong, First Man – Le Premier Homme sur la Lune.

Apollo 13 : sorti en 1995.

Le film retrace l’accident survenu pendant le voyage de la capsule Apollo 13 qui a empêché l’équipage d’alunir. C’est un film catastrophe issu d’une histoire vraie. Il a l’avantage de montrer à quel point les ordinateurs de bord étaient rudimentaires… et qu’ils ont tout de même permis d’envoyer des hommes sur la lune.

Histoire de la conquête spatiale 📚

4 octobre 1957Lancement de la première sonde spatiale Spoutnik 1.
3 novembre 1957L'URSS lance le satellite Spoutnik 2 avec Laïka à son bord.
Le 2 janvier 1959La sonde Luna-1 survole la Lune.
Le 13 septembre 1959La sonde Luna-2 se pose à la surface de la Lune.
Le 22 octobre 1959La sonde Luna-3 transmet les premières images de la face cachée de la Lune.
Le 17 avril 1961 Youri Gagarine est le premier homme envoyé dans l'espace.
5 mai 1961 Alan Shepard, premier Américain dans l’espace.
20 juillet 1969Neil Armstrong pose le pied sur la Lune.
19 avril 1971La station Saliout est mise en orbite.
19 février 1986La station MIR est mise en orbite.
20 novembre 1998Mise en orbite de l'ISS.
15 octobre 2003Lancement de la capsule chinoise "Shenzhou"
6 février 2018 SpaceX envoie une voiture Tesla dans l'espace pour le vol inaugural de sa fusée Falcon Heavy
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