La place des filles dans les filières scientifiques 🔬

Thomas Gilbert - Mis à jour le 16/02/2022
Pourcentage de filles dans les filières scientifiques

La mixité à l’école en France, ça peut te paraître normal aujourd’hui, mais pendant longtemps l’école a laissé les filles de côté. Aujourd’hui encore, l’égalité avec les hommes semble encore loin. Dans cette enquête, on te propose de faire le point sur le pourcentage de filles dans les filières scientifiques ! 👇

Quelques chiffres 📊

Au début de son mandat Emmanuel Macron avait déclaré faire de l’égalité femme-homme, la grande cause de son quinquennat, ses principaux engagements étaient notamment en faveur de la place des femmes dans les filières scientifiques. Cinq ans après, si on regarde les chiffres du gouvernement, la parité se creuse dans les milieux scientifiques en France. Et ce, même au-delà des bancs de l’école, que ce soit dans le corps enseignant ou dans les entreprises.

  • La part des femmes chez les étudiants de l’enseignement supérieur atteint les 56 %, mais elles restent toujours minoritaires dans bon nombre de filières scientifiques.
  • D’après les estimations, en 2019, 39% de la part des enseignants-chercheurs dans les filières scientifiques sont des femmes.
  • Sur les dix dernières années, la part des femmes dans les filières d’ingénieurs et technologiques a connu une augmentation de 2,3 points, mais le pourcentage dans ces domaines dépasse difficilement les 30%.
  • Dans le monde de l’entreprise, les femmes chercheuses représentent seulement 20% des effectifs. 

Quel pourcentage de filles dans les filières scientifiques ? 🧪

Au lycée, les minorités de genre persistent, notamment dans les enseignements de spécialité Numérique et Sciences de l’Informatique (NSI) et Science de l’Ingénieur (SI) où la part des filles ne constitue respectivement que 10 et 13% des inscrits au Bac contre une majorité de garçon.

Pour l’université publique, d’après les statistiques du gouvernement, 45,9% des étudiants en licence sont des femmes et 43,5% pour les Master. La parité chez les étudiants dans le supérieur se rapproche de l’égalité, ce qui peut sembler prometteur, mais le détail des effectifs dans l’enseignement scientifique est encore loin d’atteindre les mêmes proportions.

Selon une enquête sur l’insertion professionnelle des diplômés de l’université menée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, entre décembre 2019 et avril 2020 : les femmes sont toujours minoritaires dans les formations scientifiques.

👉 L’enquête souligne notamment que trois ans après la fin de leur formation, le taux de chômage des femmes est plus élevé que celui des hommes pour le même niveau de diplôme.

En ce qui concerne les écoles d’ingénieurs et les CPGE (Classe Préparatoire aux Grandes Écoles), c’est une tout autre histoire. Selon un rapport de l’Institut des Politiques Publiques paru en janvier 2021, qui propose une analyse de l’origine des étudiants de 234 écoles entre 2006 et 2016 ; la part des filles dans ces filières représente 26% des effectifs, un chiffre qui n’a pas bougé depuis près de 10 ans ! 😱

La même année, un sondage Ipsos révèle que seulement 37% des filles candidates au baccalauréat envisage de s’orienter vers des filières scientifiques.

Avec tous ces chiffres en tête, il est légitime de se demander quelle est la cause de cette faible parité dans les milieux scientifiques.

Pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses ? 🤔

D’après un rapport paru en 2017, l’UNESCO mets en évidence que le faible pourcentage de filles dans les filières scientifiques en France n’est pas le fruit du hasard ! C’est une conséquence directe de notre environnement culturel. Les valeurs de notre société représentent un héritage ou un patrimoine social qui regroupe nos comportements et nos croyances, deux facteurs qui influencent nos choix.

Les stéréotypes ont la vie dure ! 🤦‍♀️

La persistance des stéréotypes est sans aucun doute la source du faible pourcentage de filles dans les filières scientifiques. Néanmoins, à ce jour aucune étude n’a jamais affirmé : « les filles ne sont pas faites pour les maths »

Pas faites pour les Maths ? Répète un peu pour voir

Pourtant, l’idée que les sciences sont un domaine pour les hommes règnent encore dans notre société. Selon le sondage Ipsos qu’on évoquait plus haut, seulement 33% des filles sont encouragées par leurs familles à se diriger vers les métiers et les formations du numérique !

Dans son article « Pourquoi y a-t-il si peu de femmes en science ? » le chercheur Thomas Breda, explique :

La carence de femmes en sciences dures ne peut venir que de l’offre : les filles choisissent d’elles-mêmes moins souvent que les garçons les études et les métiers scientifiques.

Thomas Breda

Professeur à PSE et chargé de recherche au CNRS

👉 Dans cette étude, il démontre notamment que les différences de niveau en mathématiques entre filles et garçons au lycée ne sont pas capables de justifier le faible pourcentage de filles dans les filières scientifiques post-bac.

Disparition des filles : un symptôme du sexisme 😠

Alors comment expliquer la désertion de filles dans l’enseignement numérique ? Data scientist, développeur logiciel, ingénieur développement, ingénieur d’affaires et ingénieur système, ce ne sont pourtant pas les métiers qui manquent ! En un mot : le sexisme. 

La petite anecdote 💡

Dans le monde de la Tech et du Numérique, on a vite oublié que le premier programme informatique a été inventé par une femme. Et oui !  C’est la comtesse anglaise Ada Lovelace qui a écrit le tout premier programme informatique en 1843.

D’après une enquête menée par Social Builder, 53% des femmes en école d’informatiques ont déjà subi du sexisme. Le constat de l’enquête est sans équivoque :

7 femmes sur 10 ont déclaré avoir déjà été la cible d’agissements sexistes pendant leur formation, sous la forme de remarques sexistes ou de blagues au sujet de leurs compétences, allant parfois même jusqu’au harcèlement sexiste, voire sexuel.

Selon Brigitte Grésy, Secrétaire générale du Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle :

« Les stéréotypes et le sexisme associé font des ravages redoutables, quand on sait qu’il y a vingt ans, certains métiers de l’informatique étaient largement occupés par des femmes. La culture geek, les conditions de travail qui ne pensent pas la mixité et la prise en compte de la parentalité ont un effet repoussoir sur les filles et les femmes alors que ce secteur est un gisement d’emplois sans précédent. »

On comprend tout de suite qu’il peut être difficile pour les filles de se projeter dans la filière scientifique avec une ambiance pareille… 😞 Dans d’une interview accordée au Figaro, une étudiante en informatique témoignait :

Quand je suis arrivée à Epitech pour la « piscine », je pensais que les autres filles étaient dans d’autres groupes. Très vite, j’ai compris qu’il n’y en avait que très peu.

Dipty

Étudiante Epitech

Le point Def’ 💡

La « piscine » est un concours d’entrée pour certaines écoles d’informatique comme Epitech ou 42. L’épreuve tient son nom d’une épreuve d’endurance de l’armée américaine où les recrues doivent nager avec leur équipement. Les étudiants plongent dans une compétition intense, dépassant parfois 80 heures par semaine. Cette sélection drastique, permet de passer de 4000 candidats à moins de 1000.

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Si tu veux en savoir plus sur cette école d’informatique nous lui avons consacré un article ici 👉 : L’école 42

Manque de filles dans les filières scientifiques : une orientation précoce ? 🤷‍♀️

Laisser les hommes sauver le monde ? Je crois pas non.

Dès 2007, un rapport sur la filières scientifique commandé par le ministère de l’Éducation Nationale démontrait l’effet néfaste que peut avoir un choix de filière trop précoce chez les élèves de seconde.

D’après ce rapport, ce qui fédère le choix d’orientation, c’est surtout le goût pour les études envisagées et la représentation plus ou moins exacte des filières chez les élèves.

Il y aussi d’autres paramètres qui rentrent en jeux comme les procédures d’affectation (on connaît tous les galères de Parcoursup ou d’APB pour les anciens 😐 ).

👉 Les stéréotypes et nos normes sociales influencent beaucoup les filles et donc les matières qu’elles choisissent d’étudier !

Si on rajoute ça au manque de conseils d’orientation et d’informations, on comprend que les filles soient tentées de bouder les filières scientifiques au moment du choix de leur orientation.

Au-delà du lycée, toujours selon ce rapport, les filles seraient victimes d’une discrimination indirecte lors du recrutement aux CPGE sur Parcoursup. La sélection sur dossier exige le suivi des enseignements de spécialités en Mathématique et en Physique Chimie, des enseignements de spécialité où elles sont minoritaires.

Le savais-tu ? 💡

Seulement 16 femmes ont remporté un prix Nobel de Physique, en Chimie ou en Médecine depuis Marie Curie en 1903, contre 572 hommes.

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Si tu veux en apprendre plus sur cette femme nous lui avons consacré un portrait ici  👇

Une femme de science, la biographie de Marie Curie

Pourquoi est-ce si important d’établir la parité ? 🤔

Le manque de femmes dans les STIM (Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématique) est une problématique urgente. Les STIM sont essentielles pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés pour le développement durable et combattre le changement climatique.

Ce sont ces domaines qui permettent de trouver des solutions innovantes aux problèmes du 21ᵉ siècle, qu’ils soient liés aux enjeux climatiques ou au domaine de la santé comme avec la pandémie que nous traversons. La parité est aussi un enjeu majeur pour le numérique, puisque aujourd’hui, il rythme notre économie.

💡 Le digital est synonyme d’avenir : selon Pôle emploi l’informatique est le secteur qui recrute le plus. Plusieurs études s’accordent pour dire qu’environ 80% des métiers qui recruteront en 2030 n’existe pas encore.

Les nombreuses enquêtes sur les filles dans les filières scientifiques s’accordent pour dire que l’égalité femmes-hommes est aujourd’hui une nécessité. Elle est notamment encouragée par l’évolution de notre économie et la digitalisation du travail.

👉 Si on veut pouvoir accompagner cette évolution, il faut que les étudiants des jeunes générations s’adaptent à ces changements ! Pour cela il faut préparer l’ensemble de la population, et pas seulement les garçons.

Le point Histoire 💡

C’est aussi 19ᵉ siècle qu’on admet les filles au collège et au lycée, toujours séparées des garçons. Mais pendant que les garçons apprenaient les Maths et la Physique indispensables pour passer le Bac, elles étaient formées aux langues, à la couture ou au dessin. C’est seulement en 1924 que les programmes devenaient les mêmes pour tout le monde et que les filles ont été préparées à passer le baccalauréat pour la première fois.

Comment faire augmenter la place des filles dans les filières scientifiques ? 👩‍🔬

💡 Les mesures prises pour inciter les filles

En 2018, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Banquer met en place la réforme du lycée qui supprime les trois filières du baccalauréat général L, ES et S pour les remplacer par un système de 13 spécialités. La réforme avait pour objectif de rééquilibrer la répartition des élèves qui plébiscitaient trop les filières scientifiques alors considérées comme élitistes au détriment des autres.

Dans un rapport remis à Jean-Michel Blanquer en juillet dernier, la rectrice de l’­académie d’Occitanie expliquait :

Malgré des résultats scolaires meilleurs que ceux des garçons, les filles restent très en retrait ou insuffisamment présentes dans les filières scientifiques, industrielles et numériques

Sophie Béjean

Rectrice de l’­académie d’Occitanie

En résumé, ce rapport indique que cinq années après, les choix genrés persistent. La réforme n’a pas changé les inégalités de répartition. Seul le temps permettra de vérifier une véritable évolution. Néanmoins, l’étude mets l’accent sur la SVT qui attire de plus en plus de filles, en 2020 elle représentait 63% des inscrits dans cette spécialité.

Une étude du conseil économique et social des nations unis propose quelques pistes :
📌Renforcer la formation des professeurs dans les sciences et les technologies

📌Accroître considérablement la présence de femmes dans le corps enseignant.

L’étude établie également qu’une fille qui choisit d’étudier les STIM est trop souvent considérée comme peu « féminine ».

👉 Il faut donc mener un combat pour faire changer les mentalités sur le rôle des femmes. Ces mesures sont indispensables pour augmenter le pourcentage de filles dans les filières scientifiques.

Les pistes qu’il faut explorer 🔍

Pour améliorer la parité femmes-hommes et le pourcentage de filles dans les filières scientifiques, il existe tout de même des solutions qui pourraient permettre d’améliorer la situation :

💡 Des programmes de sensibilisation dans les écoles le plus tôt possible pour améliorer la quantité et la qualité des informations qu’on transmet aux élèves et changer les mentalités, le meilleur moyen pour lutter contre le sexisme, les stéréotypes et les discriminations, c’est l’éducation et la sensibilisation !

💡 Améliorer les conseils d’orientation pour offrir plus de perspectives de carrière aux moments où les élèves doivent faire leur choix ! Avec tous ces enchaînements de réformes, les conseillers d’orientation ne sont pas forcément à jour sur toutes les opportunités associées aux nouvelles spécialités du bac ou aux nouvelles formations !

💡 Développer la pratique du mentorat ! Par exemple faire intervenir des femmes scientifiques qui ont réussi dans des milieux majoritairement masculins. Cela permettrait d’inspirer les étudiantes à poursuivre une carrière dans les sciences et à braver les stéréotypes !

💡 Réorganiser le système éducatif : Encore une réforme tu vas te dire ? Oui, mais pour ne pas faire intervenir la spécialisation de manière trop précoce. Ça permettrait d’éviter que les filles ne délaissent les sciences trop tôt ou de la même façon que les garçons abandonnent les lettres !

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