L’eau douce : une ressource stratĂ©gique 🌊

Francois Vuillerme - Mis Ă  jour le 21/05/2021
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Indispensable Ă  la vie et Ă  la santĂ© des hommes, l’eau est une ressource d’une importance cruciale pour le bon dĂ©veloppement des pays. Nous ne parlerons dans cet article que de l’eau douce et sa place dans la gĂ©opolitique des territoires et des Etats. Ainsi Ă  chaque fois que tu verras le terme « eau », pense directement qu’il s’agit de l’eau douce. 😉

💡 Cette question de l’eau recoupe d’autres interrogations, notamment celles sur la santĂ© (la question de l’eau potable), celles sur le dĂ©veloppement Ă©conomique et social ou encore celles sur la loi. L’eau possĂšde ainsi de nombreux enjeux qu’il faut avoir en tĂȘte pour apprĂ©hender au mieux ce sujet :

          đŸ‘‰đŸ» Un enjeu social et environnemental tout d’abord. La question de l’accĂšs Ă  une eau potable et l’évitement de tous les problĂšmes sanitaires liĂ©s Ă  la pollution de l’eau sont des prĂ©occupations que connaissent tous les pays quel que soit leur dĂ©veloppement.

          đŸ‘‰đŸ» Un enjeu Ă©conomique transparaĂźt clairement. L’eau est une ressource indispensable pour l’agriculture, pour l’industrie ou encore le tourisme.

          đŸ‘‰đŸ» Un enjeu gĂ©opolitique majeur et non nĂ©gligeable Ă  l’heure actuelle dans certaines parties du monde. L’eau est vectrice de coopĂ©ration rĂ©gionale et est Ă  la source de nombreux enjeux locaux plus ou moins conflictuels.

A travers cet article, nous allons tenter de répondre à diverses questions :

  • L’eau est-elle un bien commun de l’humanitĂ© ? Dans quelle mesure est-elle privatisĂ©e ?
  • L’eau est-elle source de conflits intra et extra-Ă©tatiques ? Peut-elle ĂȘtre au contraire un moyen de rapprochement entre Etats ?
  • Comment faire face Ă  la rarĂ©faction de l’eau et aux difficultĂ©s sanitaires que rencontrent certains pays ?đŸ€”

L’eau douce : un or bleu

un or bleu

Deux définitions importantes :

💡 Eau potable : C’est un Ă©lĂ©ment indispensable Ă  la vie et Ă  la santĂ© des hommes et des Ă©cosystĂšmes et une condition fondamentale au dĂ©veloppement des pays. Cette dĂ©finition est celle donnĂ©e par le forum mondial de l’eau de La Haye dans les annĂ©es 2000.

💡 Ressource naturelle : Il s’agit d’une substance prĂ©sente dans la nature et qui, une fois transformĂ©e (ou non), permet de satisfaire un besoin. Ce besoin peut ĂȘtre d’origine alimentaire, Ă©nergĂ©tique ou mĂȘme un besoin « d’agrĂ©ment » (construction de bĂątiment, de vĂȘtement, de vĂ©hicule etc
).

 

L’eau est donc une ressource naturelle qui rĂ©pond Ă  la demande de plusieurs besoins distincts : boire pour survivre, irriguer des champs, rĂ©cupĂ©rer des minerais par injection, refroidir le cƓur d’une centrale nuclĂ©aire
 tant d’applications qui rendent l’eau douce indispensable au bon dĂ©veloppement d’une sociĂ©tĂ©. Le problĂšme qui va se poser est celui de la rarĂ©faction de cette eau :  l’eau est une ressource finie dans laquelle nous puisons toujours plus afin de rĂ©pondre aux besoins du monde entier. De cette rarĂ©faction vient naturellement la question d’une hausse des prix de cette ressource. Ces deux interrogations suffisent Ă  amener une dimension gĂ©opolitique Ă  l’eau et Ă  voir naĂźtre de nombreux conflits pour les territoires oĂč cette ressource est prĂ©pondĂ©rante.

đŸŒĄïž Ces conflits vont tout d’abord naĂźtre Ă  l’issue d’une premiĂšre affirmation : l’eau est une ressource inĂ©galement rĂ©partie sur terre. Seulement 2,5% de l’eau sur terre est utilisable, ce qui est vraiment peu pour une ressource aussi convoitĂ©e ! L’inĂ©galitĂ© peut ĂȘtre interĂ©tatique (En fonction de la taille des territoires et du climat), intraĂ©tatique (Plusieurs territoires d’ariditĂ© diffĂ©rentes comme en Inde par exemple), ou mĂȘme temporelle : cette inĂ©gale rĂ©partition de l’eau Ă©volue temporellement avec l’augmentation de la dĂ©mographie et l’essor de son utilisation : En effet, depuis les annĂ©es 1950, l’eau disponible/an/habitant a Ă©tĂ© divisĂ©e par 3 !

Si nos pays dĂ©veloppĂ©s ne ressentent pas le contrecoup de cette surexploitation (il suffit de regarder le prix d’un pack d’eau en magasin), c’est uniquement car d’autres États en portent tout le poids sur leurs Ă©paules ! Selon l’ONU, 1 milliard de personnes n’ont pas accĂšs Ă  un point d’eau protĂ©gĂ©. De plus, nous pouvons ajouter qu’actuellement 4 personnes sur 10 sont touchĂ©es par la rarĂ©faction de l’eau Ă  travers le monde. Cette question de l’eau reflĂšte les clivages Nord-Sud existants. Certains pays restent Ă©pargnĂ©s tandis que d’autres connaissent dĂ©jĂ  de grandes difficultĂ©s : en 2018, les autoritĂ©s de l’Afrique du Sud proclament l’état de catastrophe naturelle dans tout le pays alors que le Cap a atteint son « jour 0 », c’est-Ă -dire le jour oĂč la ville a Ă©tĂ© totalement privĂ©e de ses ressources personnelles en eau. Encore aujourd’hui, le Cap doit rationner de maniĂšre drastique son eau.

En plus de cette inĂ©gale rĂ©partition de l’eau, on assiste Ă  de nombreux conflits pour son usage. Au sein d’un mĂȘme Etat, des conflits entre les diffĂ©rents secteurs peuvent avoir lieu puisqu’ils ne sont pas tous aussi gourmands en eau : l’agriculture utilise actuellement 70% des ressources en eau contre 23% pour l’industrie et seulement 7% pour le tourisme. Ces conflits entre secteurs peuvent devenir rapidement des conflits entre zones puisqu’il existe des divergences de consommations entre les villes et les campagnes. Mais bien plus que des conflits au sein d’un mĂȘme État, cela peut dĂ©gĂ©nĂ©rer entre plusieurs : le cas d’école classique est celui du conflit liĂ© au Nil entre l’Egypte et l’Ethiopie, mais nous en reparlerons lorsque nous observerons la question de l’eau en Afrique.

Face Ă  toutes ces inĂ©galitĂ©s et cette surexploitation, quel avenir possĂ©dons-nous au milieu de tout cela ? La pĂ©nurie semble impossible Ă  contrer Ă  l’heure actuelle : Ă  cause du rattrapage des pays en voie de dĂ©veloppement, dont certains (comme l’Inde ou la Chine) dĂ©passent le milliard d’individus, on ne peut qu’y voir une hausse de la demande en eau pour l’agriculture, l’industrie et les infrastructures. Les prĂ©lĂšvements sont inquiĂ©tants alors que les aquifĂšres (nappes d’eau naturelles) se tarissent. Cela reprĂ©sente alors un dĂ©fi puisque la ressource est trĂšs fragile. Il s’agit d’un dĂ©fi gĂ©opolitique tout d’abord, puisque la question de l’eau amĂšne des mouvements armĂ©s importants pour protĂ©ger les rĂ©serves les plus importantes (comme avec l’Indus dans le Cachemire). Le dĂ©fi sanitaire aussi sera important Ă  prendre en compte : 8% des maladies dans les pays les moins dĂ©veloppĂ©s sont liĂ©es Ă  l’eau qui n’est pas assainie. Enfin, le dĂ©fi environnemental sera non nĂ©gligeable et pourra aussi se rapporter dans une certaine mesure au dĂ©fi sanitaire.

Depuis la prise de conscience de toutes ces problĂ©matiques, l’homme a-t-il trouvĂ© des solutions ? La rĂ©ponse sera Ă  la fois oui
 et non. De nouvelles pratiques s’imposent afin de freiner cette utilisation d’eau massive et le monde cherche Ă  obtenir la formation d’un modĂšle mondial de gestion de l’eau : le Conseil mondial de l’eau naĂźt en 1994, le Forum mondial de l’eau apparaĂźt en 1997
 Cependant, le bilan reste mitigĂ©. On y a appris qu’il fallait mĂ©nager la ressource et la traiter efficacement, mais rien n’a Ă©tĂ© mis en place officiellement : tout se joue sur le bon-vouloir des Etats. En 2010, l’ONU dĂ©clare l’eau comme un bien mondial car fondamentale pour l’homme mais la ressource reste payante et devient un marchĂ© de plus en plus juteux.

L’eau en Afrique

💡 L’Afrique est le seul continent oĂč le pessimisme est bien ancrĂ© dans notre reprĂ©sentation. Quand je souhaite parler de l’eau en Afrique, trois fois sur quatre, mes interlocuteurs vont penser directement Ă  un manque. Des zones arides, des dĂ©serts, peu de pluies, des sĂ©cheresses mortelles
 oui, l’Afrique c’est tout cela, mais pas que !

eau en Afrique

L’eau en Afrique, c’est avant tout 10% des ressources mondiales pour 16% de la population. Rien que sur ce chiffre, on voit que la pĂ©nurie n’est pas forcĂ©ment le souci ! Le continent se trouve en rĂ©alitĂ© entre abondance et raretĂ© : effectivement il existe des zones sĂšches qui vont couvrir des territoires gigantesques tel le dĂ©sert du Sahara mais on peut apercevoir quelques rares zones humides : la Turquie (avec le Delta du Gediz) ou les Grands Lacs.

💡 En rĂ©alitĂ©, les principaux soucis de l’Afrique concernent la dĂ©mographie explosive de certains pays ainsi que les dĂ©fauts structurels que le continent connaĂźt. La croissance dĂ©mographique et urbaine va poser le problĂšme d’un Ă©chec du dĂ©veloppement des infrastructures, ainsi que celui du manque d’approvisionnement des villes.

La réalité en chiffre :

          đŸ‘‰đŸ» 1/3 des habitants de Madagascar ne sont pas approvisionnĂ©s en eau potable.

          đŸ‘‰đŸ» 1/3 de l’eau Ă  Lagos (Nigeria) est perdue Ă  cause des dĂ©fauts structurels du systĂšme d’assainnissement.

          đŸ‘‰đŸ» DĂ©mographie : la population du NigĂ©ria est de 198 millions d’habitants. En 2050, elle dĂ©passera les 400 millions ! Comment donc les politiques vont pouvoir amĂ©liorer cet approvisionnement en eau dans une ville dĂ©jĂ  saturĂ©e ?

Nous en sommes donc dĂ©jĂ  Ă  un stade avancĂ© dans ce marasme structurel qui ne peut se dĂ©velopper aussi vite que la population. Les villes connaissent le mĂȘme sort : les bidonvilles se dĂ©veloppent bien plus rapidement que les structures solides, les entreprises de BTP Ă©tant incapables de construire suffisamment rapidement pour contrer l’exode rural.

💡 Dans les milieux ruraux, les structures manquent et sont bien souvent le dĂ©part de nombreux problĂšmes. Les maladies se dĂ©veloppent et demeurent un problĂšme endĂ©mique du continent (notamment sur la Corne de l’Afrique et dans l’Ouest de l’Afrique Subsaharienne) qui passe par un manque d’assainissement de l’eau.

đŸŒĄïž L’eau est aussi un facteur de compĂ©tition entre les diffĂ©rents Etats africains. Les fleuves allochtones (c’est-Ă -dire ceux qui traversent plusieurs pays) sont bien souvent sources de discordes entre les pays en amont et en aval.

đŸŒĄïž C’est le cas de l’Egypte qui est en conflit avec l’Ethiopie : le Nil est important pour l’Ethiopie et la construction de barrage en amont comme souhaitĂ© par l’Etat Ă©gyptien amĂšne immanquablement une rarĂ©faction de l’eau du Nil pour les pays en aval. L’ex-prĂ©sident Ă©gyptien Anouar El-Sadate (aux commandes du gouvernement entre 1970 et 1981) a insinuĂ© que « Le seul mobile qui pourrait conduire l’Egypte Ă  entrer de nouveau en guerre est l’eau ». Et cela est un fait ! En 2013 l’ex-prĂ©sident Mohammed Morsi a laissĂ© prĂ©sager une guerre de l’eau face Ă  l’Ethiopie. On ne rigole pas avec les besoins en eau des Etats.

đŸŒĄïž Les enjeux environnementaux et sanitaires sont cruciaux en Afrique quand on aborde la question de l’eau. Les villes et l’utilisation de l’eau dans l’agriculture polluent les fleuves et l’ingestion d’une eau impure apporte de nombreuses maladies graves (le cholĂ©ra pour n’en citer qu’une). De plus, le paludisme se dĂ©veloppe lorsque les moustiques sont en contact avec une eau impropre.

OĂč en est-on aujourd’hui ?

Nous avons parlĂ© des enjeux environnementaux et gĂ©opolitiques, il nous reste Ă  dire deux mots sur l’enjeu Ă©conomique. Comme dit prĂ©cĂ©demment, l’eau est une ressource fortement liĂ©e au dĂ©veloppement et Ă  la mise en valeur des territoires. Par l’agriculture ou encore l’industrie, l’Afrique devra se dĂ©velopper en puisant davantage dans ses rĂ©serves. L’industrie Ă©tant peu dĂ©veloppĂ©e, une forte hausse des activitĂ©s industrielles dans les prochaines annĂ©es en Afrique supposera donc un Ă©puisement drastique des aquifĂšres africains. Et cela amĂšnera encore plus d’inĂ©galitĂ©s.

Car effectivement, puisque l’Afrique possĂšde des rĂ©serves d’eau, les problĂšmes liĂ©s Ă  cette derniĂšre sont surtout liĂ©s aux questions des fortes inĂ©galitĂ©s que connaĂźt l’Afrique. Depuis les annĂ©es 1990, les pays africains possĂšdent de meilleurs systĂšmes et de plus grandes sources d’approvisionnements, pourtant une part toujours plus importante de personnes n’ont pas accĂšs Ă  tout cela. Les PAS (Programmes d’Ajustements Structurels) conçus par le FMI pour faire face Ă  la crise des Etat Africains dans les annĂ©es 1990 vont amener des privatisations qui n’apporteront qu’une hausse des inĂ©galitĂ©s malgrĂ© un renforcement effectif des structures.

💡 Pourtant, l’Afrique est consciente de l’importance de l’eau. En 1990, les Etats africains s’engagent Ă  fournir en eau leur population quelle que soit la difficultĂ© des mesures prises selon la Charte d’Addis-Abeba. De mĂȘme en 1994, l’Afrique du Sud proclame le droit Ă  l’eau. L’Afrique a une conception publique de l’eau qui devient un droit mais cela est pour le moment un Ă©chec et le privĂ© a Ă©tĂ© trouvĂ© comme solution. Aujourd’hui, de grands groupes dĂ©tiennent les quasi pleins pouvoirs sur les eaux de nombreux pays africains (Suez et VĂ©olia pour ne citer que les deux principales entreprises).

Un exemple probant : le Lac Tchad

đŸŒĄïž Le Lac Tchad est un lac qui est vital pour de nombreux pays d’Afrique : le Cameroun, le Niger, le NigĂ©ria, et bien entendu le Tchad. Ce lac doit permettre d’éviter la dĂ©sertification des terrains du Sahel. Aujourd’hui, 22 millions de personnes vivent sur ses rives. Ce lac a perdu 80% de sa superficie durant les 40 derniĂšres annĂ©es Ă  cause de l’action de l’homme et de la sĂ©cheresse. C’est donc tout un Ă©cosystĂšme qui risque de s’effondrer. Cela amĂšnera donc une migration massive dans les prochaines dĂ©cennies si rien n’est fait.

L’eau en tant que progrĂšs : les barrages Inga

💡 Les barrages Inga correspondent Ă  plusieurs barrages de grandes envergures en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo. Il n’existe pour le moment que les barrages Inga I et Inga II ayant respectivement une capacitĂ© de 300 MW et 1400 MW. Inga III est en projet et devrait dĂ©livrer 4500 MW. Un quatriĂšme barrage beaucoup plus massif devrait aussi faire son apparition un jour : il s’agit du « Grand Inga » ayant une capacitĂ© de 39 000 MW !

đŸŒĄïž Ces barrages sont actuellement des Ă©checs : Inga I et Inga II ne sont en rĂ©alitĂ© qu’Ă  20% de leur potentiel car ils sont en constantes rĂ©novations, ce qui gaspille l’argent de la RDC (environ 1 milliard d’euros est perdu Ă  cause de ces deux barrages). Il s’agit donc d’un Ă©chec Ă©conomique, mais aussi d’un Ă©chec de dĂ©veloppement : seulement 9% des Congolais possĂšdent de l’électricitĂ© puisque le rĂ©seau de distribution coĂ»te encore beaucoup trop cher. DerriĂšre ce projet d’envergure, Mobutu (ancien prĂ©sident de la RDC) souhaitait mettre en place un autre projet pharaonique visant Ă  attirer l’attention et le prestige sur son pays, aprĂšs une politique spatiale dĂ©sastreuse et trĂšs coĂ»teuse.

Bien que les barrages soient aujourd’hui inefficaces, cela n’en reste pas moins un grand rĂȘve et un bel espoir pour le dĂ©veloppement congolais. Si les barrages tournaient Ă  plein rĂ©gime, on estime que la RDC pourrait crĂ©er 40% de la consommation Ă©lectrique africaine Ă  elle-seule.

Le projet est-il rĂ©alisable ? La question du Grand Inga reste en suspens (la RDC est loin de pouvoir mettre au point de maniĂšre rentable un barrage de 39 000 MW). Nous pouvons cependant observer la mise en place de Inga III : l’Afrique du Sud a promis d’acheter 50% de la production d’Inga III dĂšs que le barrage sera opĂ©rationnel, ce qui pourrait rendre le barrage potentiellement rentable. La crĂ©ation et l’exploitation du barrage Inga III pourrait ĂȘtre une solution au dĂ©veloppement de la RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo.

L’eau au Moyen-Orient

💡 L’eau au Moyen-Orient est trĂšs rare : seulement 0,7% de l’eau douce mondiale totale pour 4% de la population. Les climats sont arides ce qui explique que l’eau manque sur le territoire. Il s’agit d’une ressource cruciale pour le dĂ©veloppement de la rĂ©gion, et son manque pĂšse cruellement et pousse les Etats Ă  trouver de nouvelles solutions. En Arabie Saoudite, le dessalement de l’eau de mer reprĂ©sente un juteux marchĂ© puisqu’il s’agit d’une action incontournable pour le pays. Pour le moment, le dessalement en Arabie Saoudite est contrĂŽlĂ© par la Saline Water Conversion Corporation (SWCC) qui est une entreprise publique. Cependant, en juin 2020, elle a lancĂ© un appel aux entreprises dans le but de privatiser l’usine de Ras al-Khair, la plus grande usine de dessalement au monde.

usine de dessallement eau de mer

Avec les projets pharaoniques qui se construisent au Moyen-Orient, les pays ont besoin d’une quantitĂ© d’eau douce phĂ©nomĂ©nale et ont donc recours aux usines de dessalement. Il n’est donc pas Ă©tonnant de retrouver toutes les plus grandes usines de dessalement dans cette rĂ©gion. 22% de l’activitĂ© mondiale de dessalement se passe en Arabie Saoudite, 20% au Emirats Arabes Unis, 6,6% au KoweĂŻt et 5,8% au Qatar. Cela s’explique par cette hausse du besoin en eau depuis quelques annĂ©es (l’exemple le plus probant reste le projet NEOM, une mĂ©galopole futuriste, conçue par l’Arabie Saoudite) ainsi que par le climat aride loin d’ĂȘtre clĂ©ment pour les peuples vivant dans la rĂ©gion.

Une eau au cƓur de problĂ©matiques conflictuelles : l’eau et IsraĂ«l

đŸŒĄïž Comme dit prĂ©cĂ©demment, la rĂ©gion est en dĂ©ficit hydrique. Cependant, le dĂ©veloppement d’IsraĂ«l demande des quantitĂ©s importantes d’eau douce pour satisfaire sa population et afin de dĂ©velopper son Ă©conomie. IsraĂ«l compte sur son agriculture qui s’exporte dans le monde entier, et qui est l’une des principales mannes Ă©conomiques du pays. Cette agriculture nĂ©cessite beaucoup d’eau, qui ne se trouve que dans certains points stratĂ©giques de la rĂ©gion : le Golan et la Cisjordanie. Ces deux territoires ont donc une forte valeur stratĂ©gique qui ralentissent le processus de paix avec les Palestiniens puisqu’il s’agit de territoires qui sont vitaux pour IsraĂ«l.

Rendre les territoires annexĂ©s semble donc compromis pour IsraĂ«l de ce fait. Le plateau du Golan a Ă©tĂ© administrĂ© par IsraĂ«l (puis annexĂ©) depuis la Guerre des Six Jours en 1967, face aux troupes arabes. Pour la Cisjordanie, cela semble encore plus compliquĂ© : la CommunautĂ© Internationale considĂšre que la Cisjordanie appartient Ă  IsraĂ«l mais les heurts face aux Palestiniens dans la rĂ©gion montre que le territoire est en rĂ©alitĂ© disputĂ© entre le gouvernement israĂ©lien et les troupes palestiniennes. RĂ©cemment, les violences en Cisjordanie et Ă  Gaza se sont multipliĂ©es et donnent des indications claires quant Ă  la stratĂ©gie d’IsraĂ«l sur les territoires : IsraĂ«l dĂ©sire sĂ©curiser ses approvisionnements en eau et garder la mainmise sur les territoires, tout en refoulant les Palestiniens. Ce refoulement des Palestiniens mĂšne Ă  son tour une vĂ©ritable inĂ©galitĂ© liĂ©e Ă  l’eau : les colons israĂ©liens en Cisjordanie consomment en moyenne 400 litres par jour, contre seulement 70 par jour au mieux pour les Palestiniens.

💡 La colonisation d’IsraĂ«l, les lois de sĂ©paration des territoires, la construction de murs, le renforcement des dĂ©crets contre les antisionistes et le constant lobbying ne sont pas uniquement des consĂ©quences liĂ©es Ă  cette volontĂ© de protĂ©ger les points d’eau. Que l’on ne s’y trompe pas, la question de l’eau dans la rĂ©gion n’est pas la seule explication du conflit israĂ©lo-palestinien : il s’agit d’UNE maniĂšre de lire le conflit. Les conflits ont des causes qui s’entremĂȘlent, et qui ne s’expliquent jamais par une seule cause. Cela est important Ă  savoir quand il faut Ă©tudier un conflit et, de la mĂȘme maniĂšre, le conflit israĂ©lo-palestinien n’est PAS uniquement un conflit religieux.

L’eau en Asie

la pollution de l'eau

💡 MalgrĂ© quelques territoires dĂ©sertiques (Ă  l’exemple du plateau de Deccan en Inde), l’eau est plutĂŽt abondante en Asie. Entre les nombreux fleuves et les moussons, les civilisations asiatiques sont effectivement des « civilisations de l’eau et du vĂ©gĂ©tal » : la culture du riz est fortement liĂ©e au dĂ©veloppement des Etats le long des fleuves et les villes les plus riches et qui ont connu l’expansion la plus pĂ©renne sont celle dans les plaines irriguĂ©es si bien que les plateaux des montagnes furent considĂ©rĂ©s comme des zones marginales oĂč seuls les citoyens ayant fui leur pays peuvent vivre. La richesse des territoires est donc plutĂŽt proportionnelle Ă  leur irrigation. Cette eau est maĂźtrisĂ©e par la prĂ©sence de barrage (Les Trois Gorges sur le Yangzi) et possĂšde un vĂ©ritable intĂ©rĂȘt gĂ©opolitique pour la rĂ©gion.

đŸ‘‰đŸ» Cependant, cette abondance est peu suffisante devant les dĂ©fis du dĂ©veloppement actuel. L’eau est une ressource polluĂ©e et en pĂ©nurie sur de nombreux territoires : il s’agit donc d’une prĂ©occupation majeure pour les pays asiatiques. Ainsi, les deux problĂšmes que connaĂźt l’Asie sur ce sujet proviennent essentiellement d’un manque criant d’infrastructures (car le spectaculaire dĂ©veloppement des pays asiatiques ne s’est pas toujours accompagnĂ© d’une parfaite connexion des eaux) ainsi que l’explosion dĂ©mographique (qui est l’un des principaux risques que rencontre l’Asie).

Une ressource conflictuelle : l’exemple de l’Indus

đŸŒĄïž L’Indus est l’une des grandes raisons qui font du Cachemire une rĂ©gion oĂč le conflit reste encore vif de nos jours. La moitiĂ© des systĂšmes d’irrigation et la moitiĂ© de l’électricitĂ© pakistanaise est fournie par l’Indus. Le problĂšme majeur pour le Pakistan provient du fait qu’il ne maĂźtrise absolument pas ce fleuve : l’Indus commence sa course dans les montagnes de l’Inde. Cela signifie que la moitiĂ© de l’eau et de l’électricitĂ© du Pakistan se trouve actuellement entre les mains de l’Inde, un rival historique non-nĂ©gligeable pour le Pakistan. Pour pallier les risques d’une potentielle fermeture du « robinet pakistanais » par l’Inde, un traitĂ© a Ă©tĂ© mis en place en 1960.  

MalgrĂ© ce traitĂ©, l’Inde continue de menacer le Pakistan afin de les faire plier sur des questions stratĂ©giques. En septembre 2016, 10 soldats indiens ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans le Cachemire, l’Inde a donc menacĂ© le Pakistan d’accĂ©lĂ©rer la construction des barrages sur l’Indus en reprĂ©sailles.

đŸŒĄïžCette question de l’eau dans le Cachemire reste donc clivante : l’Indus est nĂ©cessaire pour le Pakistan mais la crĂ©ation de barrages par l’Inde est aussi une opportunitĂ© Ă©nergĂ©tique intĂ©ressante. Il s’agit un peu de la mĂȘme problĂ©matique que rencontrent l’Egypte et L’Ethiopie.

💡Si tu veux plus d’infos sur le Cachemire, on t’a fait un super article dessus ici 💡

Des fleuves pollués : le Gange indien et le Huang He chinois (fleuve jaune)

Une eau polluĂ©e n’est pas simplement un manque Ă  gagner pour l’humanitĂ© : cela a des rĂ©percussions nĂ©gatives sur la santĂ© et donc, Ă  long-terme, sur le dĂ©veloppement des civilisations. L’impressionnant essor du dĂ©veloppement asiatique depuis le siĂšcle dernier amĂšne nĂ©cessairement des problĂšmes structurels importants. En privilĂ©giant certains domaines et certaines rĂ©gions plus productives, de nombreuses pĂ©riphĂ©ries apparaissent proche des nappes phrĂ©atiques ou des fleuves et riviĂšres. La pauvretĂ©, le manque d’éducation, de structures, le manque de politiques de protection, d’aides de la part des communautĂ©s et des Etats poussent immanquablement Ă  la pollution.

En 2018, on estime que le Gange reçoit, chaque jour, trois milliards de litres d’eau impropres. Le taux de pollution du fleuve est trois mille fois supĂ©rieur aux normes promulguĂ©es par l’OMS (Organisation Mondiale de la SantĂ©). La question de la pollution de l’eau en Inde est directement liĂ©e Ă  l’agriculture qui consomme 90% de l’eau extraite. De plus, les forages de puits surexploitent cette ressource et les habitants retournent les dĂ©chets directement dans les sources, ce qui a pour consĂ©quence une pollution maximale qui a un impact sur la santĂ© des habitants indiens.

đŸŒĄïž Cette question de la pollution touche aussi la Chine, qui a connu les mĂȘmes problĂšmes dus Ă  l’exceptionnel dĂ©veloppement qu’on lui connaĂźt aujourd’hui. Le « Fleuve Jaune » (le Huang He) est polluĂ© sur 1/3 de sa longueur. Cela est problĂ©matique puisqu’il fournit l’eau potable Ă  des millions d’habitants au nord de la Chine. La qualitĂ© des eaux du Fleuve Jaune, 2e plus grand fleuve de Chine avec ses 5400 km de long, s’est dĂ©tĂ©riorĂ© durant cette dĂ©cennie. La cause principale : les rejets industriels qui sont en constante augmentation. Ce phĂ©nomĂšne se couple avec une baisse du niveau du fleuve Ă  cause de l’urbanisation et de la prĂ©dation sur la ressource par la population. D’aprĂšs les derniers Ă©chantillons prĂ©levĂ©s, seulement 16% de l’eau serait sans risque pour la consommation.

Une ressource source de conflit : les paysans indiens face Ă  Coca-Cola

L’eau en AmĂ©rique latine

💡 A contrario du Moyen-Orient, l’eau en AmĂ©rique latine est abondante et ne manque absolument pas. 1/3 des rĂ©serves d’eau du monde se situe en AmĂ©rique latine pour seulement 9% de la population ! 4 des 25 plus grands fleuves du monde se situent en AmĂ©rique Latine et cela explique donc cette grande prĂ©sence d’eau douce : il s’agit de l’Amazone, du ParanĂĄ (BrĂ©sil), de l’OrĂ©noque (Venezuela) et du Rio Magdalena (Colombie). N’oublions pas que l’AmĂ©rique Latine possĂšde de gigantesques aquifĂšres tels Guarani entre le BrĂ©sil, le Paraguay et l’Argentine.

 Cette eau est alors un atout pour le dĂ©veloppement et dans plusieurs domaines :

           đŸ‘‰đŸ» L’agriculture utilise 75% des ressources en eau et peut ĂȘtre privilĂ©giĂ©e grĂące aux abondantes ressources et Ă  la faible population. La taille des espaces agricoles est aussi l’une des forces du continent.

          đŸ‘‰đŸ» Les transports peuvent ĂȘtre facilitĂ©s : les fleuves sont navigables sur des milliers de kilomĂštres et permettent de couvrir de grandes distances en peu de temps.

          đŸ‘‰đŸ» Le secteur Ă©nergĂ©tique peut profiter de cette manne. On dĂ©nombre plus de 200 barrages hydrauliques au BrĂ©sil.

💡 MalgrĂ© cette grande abondance, les problĂšmes se succĂšdent et 1/5 de la population souffre de stress hydrique ! Cela provient de l’inĂ©gal accĂšs Ă  l’eau pour les habitants de la rĂ©gion. A l’échelle nationale on peut apercevoir de fortes divergences entre les rĂ©gions comme au BrĂ©sil oĂč le Nordeste est souvent frappĂ© par la sĂ©cheresse, ou encore au PĂ©rou dans le dĂ©sert Atacama (nord).

Cette inĂ©gale rĂ©partition de l’eau se retrouve Ă  l’échelle locale, oĂč la situation peut ĂȘtre totalement diffĂ©rente entre les habitants des beaux quartiers ou des favelas. Cette scission entre deux mondes, et surtout deux accĂšs Ă  l’eau potable totalement diffĂ©rents, peut se prĂ©senter sous la forme d’un simple mur qui sĂ©pare de quelques mĂštres des habitants ayant un accĂšs facilitĂ© Ă  l’eau, et des habitants qui se battent pour pouvoir boire : c’est le cas du « Mur de la Honte » Ă  Lima (PĂ©rou) qui sĂ©pare les habitants des favelas et les ultras riches pĂ©ruviens.

Ce problĂšme de mauvaises rĂ©partitions se double d’un souci de vĂ©tustĂ© des infrastructures. Le BrĂ©sil possĂšde 20% des rĂ©serves d’eau douce mondiale et pourtant le pays continue d’essuyer de rĂ©currentes pĂ©nuries comme en 2014 Ă  Sao Paulo. 20% des BrĂ©siliens n’ont toujours pas accĂšs Ă  l’eau potable aujourd’hui. On estime que 37% de l’eau est, de nos jours, gaspillĂ©e dans les rĂ©seaux de distribution.

L’eau comme source de conflits : l’exemple de Cochabamba en Bolivie

đŸŒĄïž En 1999, la gestion du rĂ©seau de distribution et du traitement des eaux de Cochabamba, en Bolivie, se retrouve confiĂ©e Ă  un groupe amĂ©ricain, Bechtel. Il s’agit d’une privatisation de l’eau par le gĂ©ant amĂ©ricain qui va augmenter les tarifs Ă  des prix si Ă©levĂ©s que la majoritĂ© de la population ne peut plus se fournir en eau potable. Cette augmentation, ainsi que la destruction des puits clandestins (conçus par la population pour contourner le problĂšme) par les forces de l’ordre de la ville va provoquer une rĂ©volte des habitants. Des affrontements sanglants eurent lieu face Ă  l’armĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 2000. Finalement, le contrat de Bechtel est annulĂ©, le gouvernement local rĂ©tropĂ©dale et la gestion de l’eau Ă  Cochabamba est confiĂ© Ă  SEMAP, une entreprise publique.

Des exemples probants de coopérations

💡 L’eau n’est pas uniquement source de conflit, elle peut aussi ĂȘtre vecteur de coopĂ©ration. Voici quelques exemples qui appuient cette affirmation :

 đŸ‘‰đŸ» En 1944, les Etats-Unis se sont engagĂ©s Ă  garantir chaque annĂ©e un approvisionnement minimal de 2 milliards de mĂštres cubes d’eau au Mexique. Le contrat liant les deux pays traite aussi d’une assistance technique et d’une gestion commune des nappes phrĂ©atiques se situant entre les deux pays voisins.

 đŸ‘‰đŸ» CrĂ©ation de barrages binationaux : Le barrage Itaipu Ă  la frontiĂšre entre le BrĂ©sil et le Paraguay ou encore le barrage Yacireta entre l’Argentine et le Paraguay.

 đŸ‘‰đŸ» Fondation d’une banque de l’eau au sein du Mercosur dans le but de protĂ©ger l’aquifĂšre de Guarani.

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