- Dates : 27 octobre 1946 (Constitution) → 4 octobre 1958 (promulgation de la Constitution de la Vᵉ)
- Nature du régime : république parlementaire où l’Assemblée nationale domine l’exécutif
- Caractéristique principale : instabilité ministérielle, avec 24 gouvernements en 12 ans
- Réussites majeures : reconstruction économique, création de la Sécurité sociale, naissance de la construction européenne (CECA, CEE)
- Ce qui la fait tomber : l’incapacité à résoudre la guerre d’Algérie et la crise du 13 mai 1958, qui ramène de Gaulle au pouvoir
- Surnom : « la mal-aimée » (expression de l’historien Maurice Agulhon)
La IVᵉ République, c’est un peu le parent pauvre des cours d’histoire. Tout le monde connaît la Révolution, tout le monde connaît de Gaulle et la Vᵉ République. Mais ce qui se passe entre 1946 et 1958 ? C’est souvent le flou. Et pourtant, c’est un passage incontournable pour le bac. 🏛️
En seulement 12 ans, ce régime reconstruit un pays dévasté par la guerre, pose les bases de l’Europe, crée des institutions qui existent encore aujourd’hui (Sécurité sociale, EDF, CEE)… et finit par s’effondrer sous le poids de l’instabilité politique et de la guerre d’Algérie.
Dans cet article, on reprend tout depuis le début : comment elle naît, comment elle fonctionne, ce qu’elle réussit, et pourquoi elle tombe.
Comment naît la IVᵉ République ?
La Libération et le GPRF
À la Libération, la France est dans un état catastrophique : 50 % du potentiel industriel détruit, des infrastructures en ruines, un pays à reconstruire de fond en comble. Le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), dirigé par le général de Gaulle, prend les choses en main.
Les réformes du GPRF sont massives et posent les bases de la France d’après-guerre :
- Nationalisations des secteurs clés : énergie (EDF, GDF, Charbonnages de France), transports (Air France, RATP), banques et assurances
- Création de la Sécurité sociale (1945)
- Droit de vote des femmes : elles votent pour la première fois aux élections municipales d’avril 1945 🗳️
- Mise en place de la planification économique (Commissariat au Plan, confié à Jean Monnet)
- Épuration légale : les collaborateurs sont jugés. Pétain et Laval sont condamnés à mort
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De Gaulle vs. les partis : le divorce
De Gaulle veut un pouvoir exécutif fort. Les partis politiques, eux, veulent un régime parlementaire où l’Assemblée domine. Le désaccord est total. De Gaulle démissionne le 20 janvier 1946. Il ne reviendra au pouvoir que 12 ans plus tard, dans des circonstances pour le moins dramatiques.
Deux constitutions, un accouchement difficile
Un premier projet de Constitution, très favorable à l’Assemblée, est rejeté par référendum en mai 1946. Un second projet, légèrement amendé, est adopté en octobre 1946… mais vraiment sans enthousiasme.
💡 Le savais-tu ?
Le référendum d’octobre 1946 est adopté avec 9,3 millions de oui contre 8,1 millions de non… et 8,5 millions d’abstentions. Autrement dit, la IVᵉ République naît avec le soutien d’à peine un tiers des inscrits. Pas exactement un plébiscite. Un départ fragile qui annonce la suite. 😬
Comment fonctionne le régime ?
La IVᵉ République est un régime parlementaire dans lequel l’Assemblée nationale concentre l’essentiel du pouvoir. C’est la source de sa force démocratique, mais aussi de son instabilité chronique.
| Institution | Rôle | Mode de désignation |
|---|---|---|
| Président de la République | Rôle essentiellement représentatif. Nomme le président du Conseil. Peut dissoudre l'Assemblée (conditions très strictes). | Élu par le Parlement (les deux chambres réunies) pour 7 ans |
| Président du Conseil | Chef du gouvernement. Conduit la politique du pays au quotidien. | Proposé par le président de la République, doit obtenir l'investiture de l'Assemblée à la majorité absolue |
| Assemblée nationale | Chambre basse, détient l'essentiel du pouvoir législatif. Investit et peut renverser le gouvernement. | Élue au suffrage universel direct pour 5 ans (scrutin proportionnel) |
| Conseil de la République | Chambre haute, rôle consultatif uniquement (beaucoup moins puissant que le Sénat actuel). | Élu au suffrage indirect pour 6 ans |
L’instabilité ministérielle : le vrai problème
Le scrutin proportionnel multiplie les partis et empêche la constitution de majorités stables. Résultat : les gouvernements se font et se défont au rythme des alliances. Le président du Conseil doit en permanence négocier sa survie avec une Assemblée fragmentée.
Les coalitions se succèdent à un rythme effréné :
1946-1947 : le tripartisme. PCF (communistes), SFIO (socialistes) et MRP (démocrates-chrétiens) gouvernent ensemble. La coalition éclate en mai 1947 quand les ministres communistes sont renvoyés du gouvernement.
1947-1951 : la Troisième Force. SFIO, MRP, radicaux et modérés s’allient contre le PCF à gauche et le RPF gaulliste à droite. Coalition fragile, mais qui tient.1951-1958 : glissement à droite. Les majorités se recomposent autour du centre-droit. Pinay, Mendès France et Guy Mollet marquent la période, mais aucun ne parvient à stabiliser durablement le régime.
💡
Selon une étude de la RAND Corporation (Constantin Melnik), la IVᵉ République connaît en moyenne un jour de crise ministérielle sur neuf. Et quand il faut élire le président René Coty en 1953, il faut six jours et treize tours de scrutin pour y arriver. L’instabilité n’est pas un mythe, c’est un mécanisme structurel du régime. 🤯
Les réussites de la « mal-aimée »
La IVᵉ République a mauvaise réputation. Pourtant, c’est sous ce régime que la France se transforme en profondeur. Et quand on regarde le bilan, c’est loin d’être honteux.
La reconstruction économique
Grâce au plan Marshall (aide américaine) et à la planification de Jean Monnet, la France se reconstruit à un rythme spectaculaire. La production industrielle retrouve son niveau d’avant-guerre dès 1947, puis le dépasse largement. C’est le début des Trente Glorieuses, une période de croissance économique forte et continue qui durera jusqu’en 1973. 📈
L’emprunt Pinay de 1952, indexé sur l’or et défiscalisé, rétablit la confiance des épargnants et freine l’inflation. Un coup de maître qui fait date.
La construction européenne
C’est l’une des grandes réussites de la période, et on l’oublie souvent. La France est à l’initiative de deux projets fondateurs :
- La CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) en 1951, imaginée par Jean Monnet et Robert Schuman
- La CEE (Communauté économique européenne), créée par le traité de Rome le 25 mars 1957, qui réunit six pays et pose les bases de l’actuelle Union européenne 🇪🇺
La modernisation sociale
Les réformes sociales de la Libération, confirmées par la IVᵉ République, transforment la vie quotidienne des Français : Sécurité sociale, allocations familiales, extension du droit du travail.
L’instabilité qui favorise la modernisation
La Sécurité sociale, EDF, GDF, la RATP, Air France, le Commissariat au Plan et la CEE : toutes ces institutions naissent sous le GPRF ou la IVᵉ République. Certaines existent encore aujourd’hui. L’historien Jean-François Revel a même suggéré que l’instabilité gouvernementale avait paradoxalement favorisé la modernisation : les hauts fonctionnaires (Monnet, Schuman) pouvaient travailler dans la durée, même quand les gouvernements tombaient. Pas bête comme analyse.
Ce qui fait tomber la IVᵉ République
La guerre d’Indochine (1946-1954)
Dès décembre 1946, le Viêt-minh de Hô Chi Minh se soulève contre la présence française. La guerre dure huit ans et se termine par la défaite de Diên Biên Phu (7 mai 1954), un véritable choc national. Pierre Mendès France, nommé président du Conseil en juin 1954, négocie les accords de Genève et met fin au conflit. Mais le traumatisme colonial est profond.
La guerre d’Algérie (1954-1962) : l’engrenage fatal
Le 1ᵉʳ novembre 1954, le FLN (Front de libération nationale) lance une série d’attentats en Algérie. C’est la « Toussaint rouge ». La France s’enlise dans un conflit qui divise profondément le pays : partisans de l’Algérie française contre partisans de la négociation, armée contre pouvoir civil, opinion métropolitaine contre colons.
Les gouvernements successifs sont incapables de trancher. Guy Mollet, président du Conseil de janvier 1956 à mai 1957 (le gouvernement le plus long de la IVᵉ), donne les pleins pouvoirs au général Massu pour mener la « bataille d’Alger ». Mais les révélations sur la torture discréditent le pouvoir.
Le 13 mai 1958 : la chute
Le 13 mai 1958, des partisans de l’Algérie française prennent d’assaut le bâtiment du gouvernement général à Alger. Un comité de salut public est créé. La France est au bord de la guerre civile.
Le 15 mai, de Gaulle fait savoir qu’il est « prêt à assumer les pouvoirs de la République ». Le 1ᵉʳ juin, il est investi président du Conseil par l’Assemblée nationale. Le 28 septembre, les Français approuvent par référendum (à près de 80 %) une nouvelle Constitution. Le 4 octobre 1958, la IVᵉ République prend officiellement fin. Rideau. 🎭
| Date | Événement |
|---|---|
| Août 1944 | Libération de Paris, installation du GPRF |
| Octobre 1945 | Rejet de la IIIᵉ République par référendum, premier vote des femmes |
| Janvier 1946 | Démission de de Gaulle |
| Octobre 1946 | Adoption de la Constitution de la IVᵉ République |
| Janvier 1947 | Élection de Vincent Auriol, premier président de la IVᵉ |
| Mai 1947 | Renvoi des ministres communistes → fin du tripartisme |
| 1948 | La France bénéficie du plan Marshall |
| 1951 | Création de la CECA |
| Mars 1952 | Antoine Pinay président du Conseil → rétablit la confiance économique |
| Mai 1954 | Défaite de Diên Biên Phu |
| Juin 1954 | Mendès France président du Conseil → accords de Genève |
| Novembre 1954 | « Toussaint rouge » → début de la guerre d'Algérie |
| Mars 1957 | Traité de Rome → création de la CEE |
| 13 mai 1958 | Insurrection d'Alger |
| 1ᵉʳ juin 1958 | De Gaulle investi président du Conseil |
| 28 septembre 1958 | Référendum → adoption de la Constitution de la Vᵉ République |
| 4 octobre 1958 | Fin officielle de la IVᵉ République |
FAQ
Pourquoi la IVᵉ République est-elle instable ?
Le scrutin proportionnel multiplie les partis à l’Assemblée nationale, ce qui empêche la constitution de majorités stables. Le président du Conseil doit en permanence négocier sa survie avec des coalitions fragiles. Le droit de dissolution existe mais ses conditions sont si restrictives qu’il n’est utilisé qu’une seule fois (en 1955). Résultat : 24 gouvernements en 12 ans.
Quelles sont les réussites de la IVᵉ République ?
Malgré son instabilité, la IVᵉ République reconstruit l’économie française (début des Trente Glorieuses), crée la Sécurité sociale, nationalise les secteurs stratégiques, et lance la construction européenne avec la CECA (1951) et la CEE (traité de Rome, 1957). C’est aussi sous ce régime que les femmes votent pour la première fois.
Qui sont les présidents de la IVᵉ République ?
Deux présidents se succèdent : Vincent Auriol (1947-1954) et René Coty (1954-1958). Leur rôle est essentiellement représentatif. Le vrai pouvoir exécutif est entre les mains du président du Conseil.
Quel est le rôle de la guerre d’Algérie dans la chute du régime ?
La guerre d’Algérie (1954-1962) est la cause directe de l’effondrement de la IVᵉ République. L’incapacité des gouvernements successifs à résoudre le conflit provoque la crise du 13 mai 1958 à Alger, qui ramène de Gaulle au pouvoir et conduit à l’adoption d’une nouvelle Constitution fondant la Vᵉ République.
Pourquoi la IVᵉ République est-elle surnommée « la mal-aimée » ?
L’expression vient de l’historien Maurice Agulhon. La IVᵉ République souffre d’une image négative liée à son instabilité ministérielle et à son échec colonial. Pourtant, son bilan économique et social est considérable : c’est sous ce régime que la France entre dans la modernité d’après-guerre.