GHB, seringues et agressions : un été sous tension ?

Marion Watier - Mis à jour le 04/07/2022
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Alors que l’été approche et que la vie nocturne s’intensifie, on recense de plus en plus d’agressions dans les boîtes, les évènements de grande envergure tels que les concerts ou les festivals, et parfois même dans la rue. De nombreux cas d’agressions à la seringue ont notamment été rapportés dans toute l’Europe, ce qui inquiète aussi bien les autorités que les fêtards. 

Tu as probablement vu passer des posts sur les réseaux sociaux à ce sujet et tu es inquiet à l’idée de sortir ? Tu as peut-être toi-même été témoin, voire victime d’une agression à la seringue ? On fait le tour du phénomène et on t’explique les bonnes pratiques à adopter pour passer un été en toute sécurité. 👇

Merci à Priscilla, fondatrice de l’association THE SORORITY, de nous avoir éclairés à propos de ce phénomène.

 

👉 THE SORORITY est une communauté bienveillante de protection, d’entraide et de partage comptant à ce jour plus de 34 000 femmes et personnes issues des minorités de genre prêtes à agir au quotidien pour assurer leur sécurité et leur épanouissement. Pour faire face ensemble, notamment aux violences conjugales, intra-familiales et à toutes les formes de harcèlement.

Agression à la seringue : l’état des lieux 🗣

Un phénomène récent qui prend de l’ampleur 

Depuis début 2022, une vague d’agressions à la seringue frappe les établissements nocturnes et les évènements français. À ce jour, plusieurs enquêtes ont été ouvertes aux quatre coins de la France – près de 350 plaintes ont été déposées depuis fin mars, selon France Inter

Même si le phénomène reste relativement naissant chez nous, d’autres pays voisins ont déjà fait face à ce fléau. En automne 2021, de nombreuses plaintes ont été déposées au Royaume-Uni, suite auxquelles 175 000 personnes ont signé une pétition demandant l’obligation de fouiller les clients à l’entrée des boîtes de nuit.

👉 Alors, qu’est-ce qu’une agression à la seringue ? Il s’agit de piqûres inopinées dont la motivation reste peu claire. Le produit contenu dans les seringues reste, lui aussi, difficilement identifiable.

La majorité des cas recensés pointent toutefois vers le GHB (aussi appelée drogue du violeur) mais il n’est pas exclu que des seringues vides, voire de banales aiguilles, soient utilisées dans le simple but de semer la panique dans les établissements.

Au-delà de mettre en danger les victimes ponctuellement en leur administrant un psychotrope puissant, le phénomène devient rapidement cent fois plus inquiétant en sachant que ces attaques à la seringue peuvent avoir des séquelles très graves. En effet, elles favorisent la transmission de certaines maladies, notamment les hépatites B et C ou encore le VIH, virus du Sida. 

La piqûre est-elle aveugle ?

Alors qu’en règle générale, les agressions au GHB ou toute autre substance touchent majoritairement les femmes, force est de constater que les piqûres, elles, ne semblent pas cibler un genre particulier

On note dans les cas recensés une hétérogénéité presque étonnante : sur les réseaux sociaux, hommes et femmes prennent la parole après une agression à la seringue. Les plaintes se multiplient, peu importe le profil de la victime.  🗣

C’est d’ailleurs ce qu’explique Damien, piqué à son insu en boîte de nuit, au Média Brut.

Je pensais que les personnes qui piquaient, c’étaient des fous qui veulent forcément abuser de certaines femmes, mais non. On était trois garçons à se faire piquer ce soir-là.

Damien

Victime d’une agression à la seringue

La réponse face aux agressions 

Les établissements de nuit et festivals 

Si les motivations des agresseurs restent encore trop floues, une chose est sûre : face à ce phénomène anxiogène, tous les regards se tournent vers les gérants des lieux festifs et leurs équipes de sécurité. 

La responsabilité leur revenant en grande partie, la riposte ne tarde pas à s’organiser. Pour rassurer leurs communautés, les établissements de nuits et autres organisateurs mettent un point d’honneur sur la sécurité de leurs évènements. 

👉 En prévision de l’été et des rassemblements à venir, les festivals annoncent tour à tour un renforcement des mesures avec notamment la mise en place de caméras, d’équipes de la Croix Rouge ou encore de brigades chargées de la prévention et de la médiation

Les boîtes de nuit, elles, font l’objet de fouilles systématiques et bien plus poussées… En théorie. Si certains établissements redoublent de vigilance, d’autres expliquent ne pas prendre de mesures spécifiques pour le moment. 

Les artistes eux-même se mobilisent comme ils peuvent pour sensibiliser au phénomène… Pas toujours de manière politiquement correcte, mais on apprécie la démarche. 🙃

Les intervenants extérieurs

À cela s’ajoutent de nombreuses associations intervenant concrètement sur le terrain, et proposent des dispositifs de prévention et de sensibilisation.

👉 On compte parmi elles : Plus Belle La Nuit, Sexy Soucis, et Fêtez Clairs, ou encore THE SORORITY, qui se met notamment au service de plusieurs festivals cet été. Priscillia Routier Trillard, à l’origine de l’association, nous explique dans quel but sa communauté opère :

« Nous assurons présence, communication et entraide sur les festivals partenaires pour lutter ensemble face aux agressions, harcèlement et cas de soumissions chimiques et de piqûres.« 

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Les réseaux sociaux 

Tu n’as pas pu les louper : entre les threads Twitter, les vidéos TikTok et les carrousels Instagram… les posts sur les réseaux sociaux à propos de ce phénomène se multiplient

Qu’il s’agisse d’explications ou de témoignages, tous servent le même but : prévenir et sensibiliser au danger. 

Selon Priscilla ; « Les réseaux sociaux permettent de communiquer massivement sur le fait que les personnes ne sont plus seules face à ces phénomènes. Quand on prend conscience du pouvoir du collectif pour y faire face, la peur se réduit, la volonté d’agir et de s’entraider croît, et on peut faire avancer les choses significativement.« 

👉 Le faire par le biais des réseaux sociaux permet, en outre, de briser les tabous et la solitude qu’une victime peut ressentir suite à une agression, quelqu’en soit sa nature.

En communiquant, en s’entraidant et en agissant, nous sommes capables de les contourner et combattre.

Priscillia Routier Trillard

Fondatrice THE SORORITY

Comment savoir si on a été piqué à la seringue ? 💉

Attention aux effets 

Alors, dans tout ça, comment savoir si on a subi une agression à la seringue ? Les victimes rapportent plusieurs symptômes :

  • Sensation vive et douloureuse sur le membre piqué (bras, jambe, dos…) 
  • Sensations de malaise, 
  • Tête qui tourne,
  • Maux de crâne,
  • Bouffées de chaleur, 
  • Nausées,  
  • Amnésie, voire blackout total… 

Toutefois, les effets sont variables. Ils dépendent du produit injecté, de la dose administrée et sont donc propres à chaque individu.

Comme si tout ça n’était pas assez déroutant, les symptômes peuvent aussi se confondre avec ceux d’un fort état d’ébriété. En effet, lorsqu’on a trop bu, il n’est pas rare d’avoir la tête qui tourne ou des nausées… 

En revanche, si tu carbures à l’eau, il est très peu probable que tu sois un peu pompette. Si cet état ne semble pas lié à ta consommation d’alcool, c’est alarmant.  

D’ailleurs…

Inutile de préciser que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Bois de manière responsable, car la gueule de bois n’est pas toujours très agréable. 😉

Garde un œil ouvert 👀

D’autant que de nombreuses victimes confient ne pas avoir senti la piqûre, ni ressenti d’effets secondaires. Pour la plupart, ce n’est que le lendemain qu’ils découvrent un bleu sur le bras ou la jambe avec, en son centre, une trace rouge de piqûre.

👉 Tu l’auras donc compris : lorsque tu rentres d’un lieu festif tel qu’un festival ou une boîte de nuit, prends quelques instants pour t’examiner et vérifier que tu n’as pas de traces suspectes

Voici la marche à suivre si tu détectes un hématome ou une trace rouge sur ton corps 👇

Les bonnes pratiques à adopter en cas de piqûre 

Chaque minute compte ! 

Tu es victime d’une agression à la seringue. Que faire ? C’est simple : il faut réagir tout de suite. Le plus vite tu prends des mesures, le moins de risques tu encours. 

  • D’abord, tu minimiseras le risque infectieux, puisque, comme mentionné précédemment, les piqûres favorisent la transmission de certaines maladies. 
  • Ça te permettra aussi d’éviter la disparition des preuves, qui seront cruciales dans le cadre de l’enquête si tu déposes plainte. La trace de piqûre et la potentielle substance dans ton sang pourront aider les enquêteurs à y voir plus clair sur cette vague…  

👉 Pense donc à prendre des photos de ta blessure, qui pourra servir aux médecins et aux policiers en cas de dépôt de plainte. N’hésite pas à noter l’heure, afin de pouvoir donner le plus d’informations possibles aux autorités. 

Alerter ⚠️

La première chose à faire va donc être d’alerter ton entourage. Demande à quelqu’un de confiance (tes amis avec qui tu es sorti, par exemple) ou le personnel de sécurité du bar, de la boite ou du festival de rester avec toi. 🫂 

🆘 Si tu es lucide, tu peux appeler les urgences au 112 ou les pompiers au 18. Sinon, quelqu’un peut s’en charger pour toi. 

Préviens les autres 👇

La fondatrice THE SORORITY nous explique comment alerter grâce à l’application éponyme.

 

 « L’application permet d’immédiatement lancer l’alerte pour tenir informées les personnes autour de nous, et rapidement ne plus être seul.e (évite ainsi les attouchements, viols, actes malveillants en cas de perte de connaissance). Ces personnes restent à nos côtés, contactent pour nous les services de sécurité et les équipes médicales pour une prise en charge immédiate. Grâce à l’alerte lancée, elles peuvent également prouver qu’elles étaient bien en situation de danger dans le cadre de dépôt de plainte/poursuite. »

 

📍 Cet été, tu peux retrouver l’équipe de THE SORORITY au Delta Festival, au Festival interceltique de Lorient, et au Festival de la Paille à date.

Fonce aux urgences ou au CEGIDD

Maintenant, te rendre aux urgences va être ta priorité number one. Pourquoi ?

  • D’abord, parce que c’est primordial d’établir un bilan toxicologique très rapidement après la piqûre, idéalement dans les premières heures. Le type de substances utilisées (le GHB notamment) disparaît rapidement du système sanguin : seulement 10 à 12h. Pour trouver des traces de drogues, le médecin devra donc faire une prise de sang pour confirmer ou non que tu as été drogué.
  • Ensuite, cet examen pourra (ou non) déboucher sur un traitement prophylactique contre le VIH

Dépose plainte

Une fois l’analyse sanguine effectuée, tu peux choisir de porter plainte en te rendant auprès d’un commissariat ou d’une gendarmerie. Pour cette démarche, tu dois préciser l’ensemble des éléments permettant aux enquêteurs de retrouver l’auteur de l’infraction.

Toutes les victimes ne souhaitent pas porter plainte, mais celles-ci peuvent permettre d’apporter des informations cruciales sur cette vague d’agressions. Encore une fois, c’est ton choix. Si tu ne t’en sens pas la force, ce n’est pas grave. Prends simplement soin de toi et de ta santé mentale. Surtout, ne t’isole pas ! 💖

Les sanctions pour les agresseurs 👇

En droit, l’article 222-30-1 du Code pénal qui dispose que :
 
“Le fait d’administrer à une personne, à son insu, une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes afin de commettre à son égard un viol ou une agression sexuelle est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.”
 
👉 Les peines peuvent être aggravées selon les circonstances.

SOS : faut-il avoir peur de sortir cet été ? ✋

Non, mais bien s’entourer 👥

On te l’a déjà probablement dit une centaine de fois : ne bois pas dans le verre d’un inconnu, fais attention à ta boisson, et ne laisse personne s’en approcher. 

👉 Lorsque vous sortez entre potes, restez groupés, et surveillez-vous les uns les autres. Il est aussi toujours recommandé de désigner un “sam” qui va rester sobre pendant que vous vous torpillez. Allez Baptiste, la prochaine fois ce sera toi qui boira, promis. 😬

Mais dans le cas précis des piqûres à la seringue, faire attention à son verre ne suffit pas. D’où l’importance de sortir avec des gens de confiance, de toujours rester proche de ses amis, et de ne pas se désolidariser. 

Un monde à fuir ou à repenser ? 

Après la vague d’agression au GHB et la recrudescence d’agressions sexuelles dans le cadre festif, le monde de la nuit est confronté à un énième phénomène mettant en danger ses aficionados. Si certains parlent de psychose, d’autres estiment que le problème doit être traîté à la source.

👉 Une question se pose alors : et si ces agressions étaient le reflet d’un monde de la nuit à refaire ?

Alors que l’été et son lot de sorties s’offrent aux jeunes (et aux moins jeunes) désireux de faire la fiesta all night long, nombreux sont les réfractaires. Faut-il se forcer à rester chez soi, de peur de se mettre en danger ?  

L’émergence des différents mouvements tels que #metoo ou #balancetonbar nous a en effet montré que le monde de la nuit n’est manifestement pas un endroit safe.

Il n’est, de ce fait, pas étonnant que certains soient découragés. De nombreuses victimes refusent de sortir à nouveau, de par les séquelles psychologiques que les agressions peuvent leur laisser

Les témoignages (TW)

Témoignage sur le compte @balance_ton_bar_paris

Témoignage sur le compte @balance_ton_bar_paris

Témoignage sur le compte @balance_ton_bar_paris

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T’en penses quoi ? 🤔

Certaines initiatives reflètent d’ailleurs l’inquiétude ambiante. Si tu n’en as pas entendu parler, Clarisse Luiz (@clarisseluiz) propose le concept de “bringue”, soirées à succès, qui regroupent de plus en plus de convives d’éditions en éditions. Leur spécificité ? Une soirée 100% filles, en toute convivialité et bienveillance… Mais surtout, en non-mixité.

👉 Le nombre de témoignages croissant permet sans aucun doute de mettre en lumière des phénomènes récurrents, de plus en plus sérieux et dangereux. Il semble que plus la parole se délie, plus le monde de la nuit et le cadre festif sont remis en question

Alors, que ce soit par une sécurité renforcée, par la prévention, les applications de signalement ou les soirées non-mixtes, toutes les solutions sont bonnes à prendre pour pouvoir se déhancher en sécurité. 

Si tu sors cet été, prends soin de toi et fais attention à tes proches. 🌞

Si tu as besoin de parler…

Voici quelques numéros utiles :

  • 39 19 : Numéro d’écoute gratuit destiné aux femmes victimes de violences.
  • 0 800 08 11 11 : Numéro gratuit pour répondre à toutes les questions sur les sexualités, la contraception et l’IVG.
  • 0800 05 95 95 : Numéro gratuit destiné aux femmes victimes de viol ou d’agressions sexuelles, à leur entourage et aux professionnels concernés.

 

La fondatrice de THE SORORITY rappelle aussi que chaque personne peut à tout moment utiliser l’application pour trouver une écoute bienveillante, de l’aide, du soutien ou encore un lieu sûr pour fuir en cas de danger immédiat. 💫

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